LA SORTIR
11A1HLET.
Dead , for a ducat ! dead !
Shakspf.are.
Une pluie fine et froide, qui était tombée sans interruption pendant toute la nuit, venait enfin de cesser au moment où le jnur naissant s'annonçait dans le ciel par une lumière blafarde du côté de l'orient. Elle perçait avec peine un brouillard lourd et rasant la terre, que le vent déplaçait çà et. là en y faisant comme de larges trouées ; mais ces flocons grisâtres se réunissaient bientôt, comme les vagues séparées par un navire retombent et remplissent le sillage qu'il vient de tracer. Couverte de cette vapeur épaisse que perçaient les cimes de quelques arbres, la campagne ressemblait à une vaste inondation.
Dans la ville, la lumière incertaine du matin, mêlée à la lueur des torebes, éclairait une troupe assez nombreuse de soldats et de volontaires rassemblés dans la rue qui conduisait au bastion de l'Évangile. Ils frappaient le pavé du pied, et s'agitaient sans changer de place comme des gens pénétrés par ce froid humide et perçant qui accompagne le lever du soleil en hiver. Les jurements et les imprécations énergiques n'étaient point épargnés contre celui qui leur avait fait prendre les armes de si grand matin ; mais, malgré leurs injures, on démêlait dans leurs discours la bonne humeur et l'espérance qui anime des soldats conduits par un chef estimé. Ils disaient d'un ton moitié plaisant, moitié colère :
— Ce maudit Bras-de-Fer , ce Jean-qui-ne-ùorï ', ne saurait déjeuner qu'il n'ait donné un réveille-matin à nos tueurs de petits enfants! — Que la fièvre le serre! Le diable d'homme! avec lui on n'est jamais sûr de faire une bonne nuit. — Par la barbe de feu M. l'Amiral ! si je n'entends ronfler bientôt les arquebusades, je vais m'endormir comme si j'étais encore dans mon lit. — Ah! vivat! voici le brandevin qui va nous remettre le cœur au ventre, et nous empêcher de gagner des rhumes au milieu de ce brouillard du diable.
Pendant que l'on distribuait du brandevin aux soldats, les officiers, entourant La Noue debout sous l'auvent d'une boutique, écoutaient avec intérêt le plan de l'attaque qu'il se proposait de faire contre l'armée assiégeante. Un roulement de tambours se fit entendre ; chacun reprit son poste; un ministre s'avança, bénit les soldats, les exhortant à bien faire, sous la promesse de la vie éternelle s'il leur arrivait de ne pouvoir, et pour cause, rentrer dans la ville et recevoir les récompenses et les remercîments de leurs concitoyens. Le sermon fut court, et La Noue le trouva trop long. Ce n'était plus le même homme qui, la veille, regrettait chaque goutte de sang français répandu dans cette guerre. Il n'était plus qu'un soldat, et semblait avoir hâte de revoir une scène de carnage. Aussitôt que le discours du ministre fut terminé et que les soldats eurent répondu Amen, il s'écria d'un ton de voix ferme et dur : — Camarades! Monsieur vient de vous dire vrai; recommandons-nous à Dieu et à Notre-Dame de Frappe-Fort. Le premier qui tirera avant que sa bourre n'entre dans le ventre d'un papiste, je le tuerai, si j'en réchappe.
— Monsieur, lui dit tout bas Mergy, voilà un discours bien (liftèrent de ceux d'hier.
— Savez-vous le latin? lui demanda La Noue d'un ton brusque.