XXI
— « Sauve-toi, fils d'Alexis ! sauve-toi, fils de Jean! « les beys de l'est ont tué mon mari; ils vous tueront « aussi! » Ainsi a parlé Thérèse Gelin.
Mais le vieux bey a dit « Je suis trop vieux pour « courir.» Il lui a dit : « Sauve Alexis, c'est le dernier « de son nom ! » Et Thérèse Gelin a dit : « Oui, je le « sauverai. »
Les beys de l'est ont vu Jean Veliko. «A mort!» ont-ils crié. Leurs balles ont volé toutes à la fois, et leurs sabres tranchants ont eouné ses cheveux gris.
DE VELIKO. 329
— « Thérèse Gelin , ce garçon est-il le fils de Jean? » Mais elle répondit : « Vous ne verserez pas le sang « d'un innocent'.» Alors ils ont tous crié : « C'est le fils « de Jean Veliko! »
Joseph Spalatin voulait l'emmener avec lui , mais Fédor Aslar lui perça le cœur de son yatagan8, et il tua le fils de George Estivanicb , croyant tuer Alexis Veliko.
Or, dix ans après, Alexis Veliko était devenu un chasseur robuste et adroit. Il dit à Thérèse Gelin : « Mère , pourquoi ces robes sanglantes suspendues à la « muraille9! »
— «C'est la robe de ton père, Jean Veliko, qui « n'est pas encore vengé ; c'est la robe de Jean Esti- « vanich, qui n'est pas vengé, parce qu'il n'a pas laissé « de fils. »
Le chasseur est devenu triste ; il ne boit plus d'eaude-vic de prunes; mais il achète de la poudre à Segna : il rassemble des heiduques et des cavaliers.
Le lendemain de la Pentecôte, il a passé la Mresvizza , et il a vu le lac noir où il n'y a pas de poissons : il a surpris les trois beys de l'est tandis qu'ils étaient à table.
330 l'aubépine
— «Seigneurs! seigneurs! voiei venir des cavaliers « et des heiduques armés: leurs chevaux sont luisants; « ils viennent de passer à gué la Mresvizza : c'est Alexis « Vol i ko. »