C.-Zéphirin Rousseau, Ptre., vicaire
Thomas- Aubert Degaspé, Ptre., vicaii'e... . 1849 1850
Cyprien Tanguay, Ptre., curé 1850 1859
Jacob Côté, Ptre., vicaire ^..1856 1858
Patrick Kelly, Ptre., vicaire 1858 1859
Michel Forgues, Ptre,, curé 1859 1861
Georges Potvin, Ptre., vicaire 1859 1863
DE A
Epiphane Lapointe, Ptre., curé 1861 1862
Pierre-Léon Lahaye, Ptre,, curé 1862 1867
P.-O. Alaire, Ptre., vicaire 1863 1864
Mgr. Jean Langevin, premier évêque de
Eimouski t .•..1867
M. Edmond Langevin, Vicaire-Général 1867
Jean-Baptiste Blouin, Ptre., curé 1867 1869
Magloire Moreau, Ptre., vicaire 1867 1868
Jessé Pérusse, Ptre., vicaire 1868 1869
Charles-Alphonse Winter, Ptre., curé 1869
Jos.-Octave Simard, Ptre., vicaire. 1869 1870
Charles Guay, Ptre., vicaire 1870
Amand Laçasse, Ptre., vicaire 1872
M. Jacob Gagné, en 1870, fut 6 mois vicaire, et en 1871, M. Cyprien Gagné, fut vicaire 3 mois, en remplaçant l'Abbé Chs. Guay, pendant ses missions de rintercolonial, dans la vallée Matapédiac.
Le Eévd. A. Ladrière, alors curé de St. Fabien, nous disait, le jour de l'Installation de Mgr. de Eimouski :
" Le 31 août 1701, une frêle embarcation déposait sur la rive sauvage de Eimouski un homme béni, venant au nom du Seigneur, le père Bernardin Leneuf. Les quelques blancs du lieu, les ftimilles -
Lepage et St.-Laurent, suivis de la tribiie des Micmacs dont les wigioams étaient groupés des deux côtés de la rivière, venaient s'agenouiller devant le dévoué missionnaire. Plus d'un siècle et demi plus tard, le 1(5 mai 1867, Sa Grandeur Monseigneur Langevin, entouré d'une pompe extraordinaire, acclamé de tous côtés, venait prendre possession de son nouveau diocèse. Entre ces deux dates, la fondation d'une paroisse et la fondation du siège épiscopal à Eimouski, que d'événements ! Si Saint-Germain, comme bien d'autres paroisses, a végété longtemjDs, un nouvel horizon s'ouvrit j^our elle par l'établissement d'un district judiciaire en cet endroit, et la paroisse commença à compter parmi les grandes paroisses dès que les paroissiens y eurent élevé une superbe cathédrale. Puis vient l'érection d'un évèché, la construction d'un collège et d'un couvent." (1)
Le père Amable-Ambroise Eouillard, KécoUet, fut ordonné prêtre, à Québec, par Mgr. de St.-Yalier, en décembre 1723, et fui nommé, l'année suivante, missionnaire de Eimouski et des Trois-Pistoles. Il passa près de quarante ans dans ces deux missions, ayant sa résidence principale aux Trois-Pistoles, chez le seigneur Eioux.
(1) M. J.'M, Lemoine.
En hiver, pendant cotte rigoureuse saison, il ne visitait la petite colonie de Kimouski qu'une ou deux fois, vu les difficultés excessives du trajet qui ne pouvait s'effectuer qu'à la raquette et à travers la forêt. Si la tempête le surprenait en chemin, force lui était imposée de faire halte, de se dresser un abri en sapin, et de passer ainsi quelquefois deux ou trois jours, avec des provisions à peine suffisantes.
Il n'est guère possible de comprendre la misère, les privations et les souffrances qu'endurèrent nos premiers missionnaires, dans leurs courses apostoliques.
Durant la belle saison d'été, le bon Père venait régulièrement à Eimouski, quatre ou cinq fois, y donner les exercices de la mission ; la seule voie de communication alors était celle par mer.
En juin 1768, par une des magnifiques matinées de ce beau mois, ce saint prêtre se rendait comme d'habitude à Eimouski pour la mission, à bord d'une frêle embarcation, montée par deux jeunes gens des Trois- Pistoles. (1) Au moment du départ, tout promettait un heureux voyage : la mer calme, l'air serein, le ciel
(1) Ces deux jeunes gens étaient .J.-Bte. Vincent et J.-Bte. Rioux.
pur, annonçaient une belle journée. Le frêle esquif, poussé par deux vigoureux avirons, descendait le fleuve avec rapidité et semblait voler sur la surface unie des eaux. Nos trois heureux voyageurs accompagnaient leur marche accélérée de joyeuses chansons, et rien ne troublait leur course précipitée, si ce n'était que le bruissement des flots sur les flancs de la léi^èro pirogue, le murmure lointain et cadencé de la mer expirant mollement sur la rive, et le chant monotone de quelques oiseaux aquatiques.
Déjà ils se réjouissaient dans la pensée d'accomplir le voyage avant la chute du jour, et aussi plus de la moitié du trajet était effectué lorsque quelques nuages s'annoncèrent à l'horizon. Cependant nos voyageurs n'en continuèrent pas moins leur route ; et, en quelques instants, ces nuages se répandirent avec tant de rapidité dans l'espace, qu'ils se trouvèrent dans la plus profonde obscurité. Ils comprirent alors toute leur témérité d'avoir longé de trop loin la rive, ils essayèrent, mais eu vain, de regagner à force d'avirons le rivage trop éloigné.
L'ouragan se déchaîna avec tant de fureur, que soudain la mer devint furieuse, et semblait, dans sa rage, vouloir les engloutir.
Les deux jeunes gens, loin de perdre courage, sentaient leurs forces se ranimer par les paroles pleines de bonté du missionnaire, et luttaient avec énergie contre la tem2:)ête pour atteindre une des pointes do V Ilet-au-Flacon. Ils ne leur restaient plus qu'une minime distance à franchir, lorsqu'une lame furieuse engloutit le vaisseau, et le vénéré missionnaire disparut à l'instant, pendant qu'il récitait son chapelet.
Les deux jeunes gens, plus forts que le saint religieux, luttèrent de nouveau dans ce danger, et ne parvinrent, cramponnés au canot, sur la rive de l'Ilet, qu'après bien des efforts et une peine inouïe.
Quelques heures plus tard, ils mettaient en sûreté les restes inanimés de leur infortuné compagnon, et apportèrent dès le lendemain la nouvelle du sinistre à la petite colonie de Eimouski.
Les restes furent exposés pendant trois jours dans la maison du seigneur Lepage ; et la paroisse, tout en larmes, lui rendit les derniers devoirs, et pleura longtemps la perte prématurée de ce vénérable et saint prêtre.
Il nous est impossible de constater le jour précis de
sa sépulture, car les registres de cette paroisse présentent une lacune de près de dix ans. (1)
M. J.-C. Taché, dans, ses "Forestiers et Voyageurs," nous dit :
" Après la mission, le père Ambroise, étant sur le point de partir pour Bimouski, dit au seigneur Rioux :
— Mon bon monsieur Rioux, pourriez-vous me donner un vieux gobelet de ferblanc pour mes voyages, j'ai eu le malheur de perdre celui que j'avais, je ne sais trop comment ?
— Mon père, reprit le seigneur Rioux, en prenant sur la table un gobelet d'argent, faites-moi le plaisir d'accepter celui-ci en souvenir de moi.
— Ah ! je ne puis faire cela, donnez-moi, je vous prie, un gobelet de ferblanc. «
— Mon père, vous ne me refuserez pas le bonheur de vous offrir un petit cadeau, j'en serais peiné.
— Mon cher monsieur Rioux, vous savez que je ne
(1) Nous croyons que le père Ambroise a été inhumé dans la première église de Rimouski, près de son ami l'hermite Toussaint Cartier, et que les restes de ces deux serviteurs de Dieu ont été ensuite transportés dans la seconde église où ils doivent encore se trouver.
poitrraii=5 accepter ce gobelet qu'A la condition de vous le rendre, et si j'allais le ]^erdre.
— Eh bien ! mon père, vous allez le prendre et il reviendra à moi ou à ma famille, après votre mort : si v^ous le perdez, le bon Dieu me le rendra.
— Ainsi soit-il, reprit le père Ambroise, et que le bon Dieu vous récompense, avec votre famille, de toutes les bontés que vous avez eues pour son humble serviteur.'
" Le lendemain matin, madame liioux, en faisant son ménage, trouva le gobelet d'argent sur la table de la chambre de compagnie, à la môme place où il était quand le seigneur Rioux l'avait pris pour le donner au bon Père.
" On se dit de suite : le père Ambroise est mort ; il l'avait bien dit que son portrait était le portrait d'un noyé. Nous perdons gros ; mais il y a un saint de plus au ciel.
" Il prit envie au seigneur Eioux et aux autres gens des Trois-Pistoles de faire prendre le portrait du père Ambroise. Le Père ne s'en souciait pas trop ; comme on lui dit que ça ferait plaisir à tout le monde, il y consentit. Mais dans ce temps-là ce n'étaient pas de' petits portraits dans de petites boîtes comme
aujourd'hui, c'étaient des portraits f^iïs en peinture et grands comme on voulait. (1)
" Quand le portrait fut fini, on le mit dans la chambre de compagnie, et les gens vinrent le voir. Chacun s'extasiait, et on trouvait le portrait bien ressemblant. 11 y avait sa robe, son bréviaire sous le bras ; en un mot, tout y était, et on ne pouvait pas s'y méprendre.
" Pour moi, dit le père Ambroise, quand le peintre fut parti, je trouve que je ressemble à un noyé dans ce portrait.
•' La ressemblance malheureusement ne fut que trop frappante."
Après la mort du père Ambroise, les habitants de Rimouski furent privés pendant quelque temps de la visite du prêtre, et M. Lepage, de St.-Barnabé, adressa les deux lettres suivantes à Mgr. Olivier Briand.
Monseigneur,
C'est avec la plus grande révérence et soumission que je prends la liberté de vous écrire pour avoir l'honneur de vous informer de l'ennuy où nous
(1) Il passait dans ce temps-là des tireurs de portraits qui parcouraient les campagnes.
sommes réduit de n'avoir eu ancun secours des religieux depuis que Dieu nous a retire notre pasteur, c'est pourquoi Monseigneur sachant que Dieu nous a fait la grâce de vous choisir pour notre père protecteur de la foy catholique, apostolique et romaine, il vous plaise nous accordé un pasteur telle que vous jugerez à propos pour n'occassionner pas les âmes à s'égarer d'avantage qui ont été sy bien conduites dans par ce jour par les pasteurs du passé. C'est ce que nous espérons avec une grande impatience et espérance de Votre Grandeur, Monseigneur, de soutenir la véritable foi dans toute l'étendue de votre diocèse, et sommes toujours Monseigneur, les plus chétifs et les plus obéissants do Votre Grandeur,
Monseigneur, Votre très-humble et * Très respectueux serviteur,
(Signé) Lepage de St.-Barnatîé.
St.-Barnabé, ce 27 octobre 1769.
Monseigneur,
Vous voudrez bien me permettre après m'être humilié devant vous pour vous demander votre sainte
bénédiction pour nio}' ci m;i petite lUmille que je me fîissc l'honneiu' de vous informer que j'iiy eu l'honneur do recevoir votre lettre le cinq d'octobre, datte du vingt-sept avril, un jour après l'arrivée du père Labrosse, nous avons eu le bonheur de sa visite quy a été courte raport à la saison avancée pour la mission d'en bas, ce quoy nous a causé la plus grande paine, car son arrivé nous a fait grande joye et son départ grande tristesse, car il serait bien à souhaité pour nous d'avoir toujours la compagnie d'un sy grand homme pour notre salut. Mais puisqu'il est vrai qu'il était presque comme imjjossible que sa compagnie nous fut davantage. Nous avons toujours recours à Votre Grandeur, Monseigneur, et à sa charité pour les âmes du révérend père Labrosse que sa visite l'été prochain sera plus longue. C'est la grande espérance en laquelle nous vivons et sommes avec tous les respects et soumission possible.
De Votre Grandeur, Monseigneur, Le plus humble et le plus obéissant sujet,
(Signé) Lepage de St.-Barnabé.
St.-Barnabé, ce 12 décembre 1771.
Le père Jean-Baptiste De Labrosse, Jésuite, né à Trémouille, en Poitou, arriva en Canada le 24 septembre 1754. (1)
Le père Labrosse est peut-être le missionnaire qui eut la plus grande étendue de territoir à parcourir. Il fut plus de seize ans employé à donner successivement des missions à Kimouski (2), dans l'Acadie et sur la côte nord.
Il mourut à Tadoussac, le 11 avril 1782, à l'âge de soixante-dix ans, et fut inhumé dans la chapelle du lieu par M. Compain ; son corps a été depuis transporté à Chicoutimi. Le nom de ce saint religieux est encore en grande vénération parmi les anciens de Rimouski et les sauvages Montagnais de la côte nord. On le considérait comme un saint.
La tradition fidèlement conservée parmi les sauvages, et les anciens des diiférents endroits où ce bon Père a été, rapporte qu'au moment de sa mort, toutes les cloches des églises ou chapelles sonnèrent d'ellesmêmes ses glaSjà une heure avancée de la nuit.
M. J.-C. Taché nous dit, dans ses " Forestiers et
(1) Clergé Canadien, par l'abbé Tanguay.
(2) Le père Gabriel St.-Laurent, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans, a été baptisé par le père Labrosse.
Voyageurs," que c'est le père Labrosse qui a mis la dernière main à cette chrétienté montagnaise, si pleine de foi et de piété. Il a écrit la plupart des livres religieux qui sont encore en usage chez les Montagnais, a composé un dictionnaire de la langue de ce peuple et traduit dans la même langue des passages considérables de la Sainte-Ecriture. Le père Labrosse a encore répandu chez ses bons et chers sauvages l'usage de la lecture et de l'écriture, qui s'est transmis jusqu'à ce jour, de génération en génération, dans toutes les familles de cette tribu.
Voici une petite notice sur la vie du père Labrosse, publiée, en 1864, par les soins de M. le G.-V. Langevin, dans le rapport sur les missions du diocèse de Québec. Cette notice ne manque certainement pas d'intérêt, et. nous montre les travaux et les voyages nombreux du bon Père.
'• Jean-Baptiste de Labrosse, Jésuite, natif de Trémouille, en Poitou, arriva à Québec le 24 septembre 1Î54, et, après avoir desservi des paroisses, fut envoyé à Tadoussac, oii il arriva le 11 juillet 1766*. Il continua à en être chargé jusqu'à sa mort, arrivée le 3 avril 1782. Il avait soixante-huit ans, et était dans la compagnie depuis vingt-cinq ans et deux mois ; le père
Coquart avait reçu sa profession religieuse à Québec, le 2 février 1758.
" On trouve sa signature aux Eegistres de l'Isleaux-Coudres, de 1766 à 1767. Au mois de juin 1767, il bénit la nouvelle église des Islots de Jérémie. En 1770, étant à St.-Laurent de l'Ile, il fit son dictionnaire montagnais. Au mois d'octobre 1772, il bénit la chapelle de St.-Anne de Eistigouche et passa l'hiver à Bonaventure. Au printemps de 1773, il alla aux Islets de Jérémie, aux Sept-Iles, àTadoussac et à l'Ile- Yerte, puis à Québec, et de là il retourna à la Baie des Chaleurs, où il arriva le 10 septembre.
" Dans cet automne de 1773, il alla de Bonaventure à Nipisigui, à Poquemouche, et y bénit solennellement une église dédiée à St.-Michel. Il passa ensuite à NigaSek, où l'attendaient des Acadiens, des Micmacs, des Français de Cocagne, de Eichibouctou, etc., fit une maison à Tracadièche et retourna à Bonaventure, où il arriva le 25 octobre (7 Kal. X bris). Pendant un hiver, il y enseigna la lecture et le chant, et fit faire la première communion. Il se rendit à Tracadièche pour y faire faire les pâques et y passa vingt-quatre jours ; puis il s'embarqua à Bonaventure pour Québec, le 1er mai 1774. Cette
année 1774, il lit la mission do rilc-Ycrte et des Trois-Pistoles, et passa l'hiver à Cacouna et à l'Jsle- Verte. Il y fit l'école et mit la dernière main à son dictionnaire, auquel il travaillait depuis huit ans. Il traduisit aussi l'Evangile en montagnais et le fit coj)ier aux sauvages, n'ayant pas de caractères d'imprimerie.
" Ayant passé l'hiver de 1774-5 à l'Isle- Verte, dès le 30 avril, il se rendit à Tadoussac, aux Islets de Jérémie, à Chicoutimi ; après la fête de Ste.-Anne, il traversa à Eimouski pour y faire faire les pâques, et étant tombé malade, il y passa l'hiver. Il se rendit le 7 mai 1776, à Tadoussac, où régnait une grande discorde. (1)
" Il mourut à Tadoussac, le 11 avril 1782, à l'âge de soixante-dix ans, et fut enterré dans la chapelle du lieu par M. Compain, curé de l'Isle-aux-Coudres.
J.-C. Taché nous dit : '' Jean-Baptiste Labrosse, prêtre de la Compagnie de Jésus, a exercé le saint ministère dans un très-grand nombre de localités du Bas-Canada et du Nouveau-Brunswick, pendant trentecinq ans ; mais il est surtout connu comme mission-
(1) Le père Labrosse vint à Rimouski un grand nombre de fois, comme on le voit d'après les registres.
naire des Montagnais, parmi lesquels il a évangélisé pendant environ seize ans. 11 existe dans les anciens registres de Tadoussac, conservés à l'Archevêché, une notice biographique fort intéressante sur le père Labrosse.
^' Le bon Père mourut à Tadoussac, le 11 Avril 1Î82, à l'âge de soixante-dix ans, dit l'acte de sépulture ; il fut enterré le lendemain, dans la chapelle de la mission. Son corps a été, depuis, transporté de Tadoussac à Chicoutimi, il y a quelques années seulement." (1)
'' Il y avait alors vingt-quatre ans que le père Labrosse était mort, et son souvenir était aussi vivant que le premier jour.
" Le père Labrosse a été missionnaire partout, je crois bien, car on entend mentionner son nom des deux côtés de la Baie-des-Chaleurs, à Eimouski, dans la côte du Sud, à l'Ile d'Orléans, à Québec, dans les paroisses d'en haut ; il a bajDtisé et confessé dos Français, des Canadiens, des Acadiens, des Irlandais, des Anglais, des Ecossais, des Abénaquis, des Hurons,
(1) M. le Grand- Vicaire Kacine de Chicoutimi nous dit (|ue les restes de ce révérend Père n'ont jamais été transportés à Chicoutimi, qu'au moins rien ne l'indique dans les registres de la paroisse.
des Maléchites, des Micmacs et surtout des Montagnais. C'est encore le père Labrosse qui a converti les premiers î»î'askapis qui se sont faits chrétiens "
" Les Montagnais disent encore que, huit mois avant sa mort, au moment où ils allaient partir pour la chasse, le père Labrosse lit venir les chefs et les principaux de la nation pour annoncer sa lin prochaine, leur faire ses adieux et leur donner ses derniers avis.
'' Quand le père Labrosse mourut, les cloches de toutes les chapelles qu'il avait desservies, dans les missions de la Baie-des-Chaleurs, de Eimouski, de la côte nord et d'ailleurs, ont sonné ses glas d'ellesmêmes, par une inspiration d'en haut ; tous ceux qui les ont entendues, se sont dit de suite : Notre bon père Labrosse est mort ; il nous avait bien dit, lorsque nous le vîmes pour la dernière fois, que c'était sa dernière visite dans notre mission/'
M. J.-C. Taché raconte que le bon missionnaire, durant son séjour à Chicoutimi, fut pendant quelque temps fort incommodé de visites inopportunes que lui firent certains étrangers venus comme touristes, dont la mine et les allures n'allaient guère à personne dans le poste.
'' Le porc Lubrosbc, fort occiippéde ses études et de ses travaux, imagina un moyen qui montre chez ce bon Père autant do fine satire dans l'esprit, que de bonté dans le cœur. Il écrivit le quatrain suivant, qu'il afficha sur sa porte pour l'occasion.
" Pour un homme occupé, rien de plus ennuyeux " Que de gens désœuvrés le visite importune ; " J'aimerais preequ' autant qu'on me crevât les yeux " Que de venir ici, pour m'en procurer une !
"Ces vers eurent leur eltet : les inopportuns visiteurs prirent bientôt le parti de délivrer Chicoutimi de leur désagréable et pernicieuse présence."
Mr. Drapeau, en 1791, le 6 août, demanda par lettre à Sa Grandeur l'Evêque de Québec qu'un prêtre fût résident à Eimouski.
Le 30 Juillet de l'année suivante, les habitants de Eimouski, au nombre de quatre-vingt seize, présentèrent de nouveau la même demande à Mgr. Hubert. Monseigneur, cette année-là, ne put acquiescer à leur demande ; mais l'année suivante il leur envoya, comme curé, M. Pierre Eobitaille. M. Eobitaille est le premier Curé résident à Eimouski. (1)
(1) Mr. Pierre Eobitaille, né à Loretteen septembre 1758, fut ordonné prêtre en octobre 1788, et en 1793, nommé curé de Eimouski et de la côte Nord,
A son arrivée à Rimouski, Mr. Robitaille adressa la lettre suivante à Mgr. Hubert.
'• Monseigneur,
•' Je supplie Votre Grandeur d'agréer les humbles respects d'un pauvre isolé qui n'a pour toute consolation sur ces côtes de Rimouski qu'un bréviaire qui servira encore quinze jours. J'ai trouvé ici de braves gens qui m'ont très-bien reçu, ils sont accourus au-devant de moi et ont été très-surpris de me voir seul, parce qu'on leur avait dit de ne point s'inquiéter. Ils avaient fait faire pour deux piastres de réparation au presbytère, il est bâti comme par charité ; j'ai assemblé tous les paroissiens et leur ai montré tous les défauts, ils en sont convenus et se sont obligés à le réparer autant qu'ils le pourront. Ah ! Monseigneur, qu'il est terrible pour moi d'avoir été sous la tutelle de M. Drapeau pour le transport de mon butm, qu'il prouve son génie par l'exécution de ses projets, s'il avait pris un bâtiment qui n'eût point été obligé d'attendre les autres, il se serait rendu à bon port. Tous mes frais sont perdus, et ici j'en fais de nouveau tous les jours.
" Les habitants ont bon cœur, mais ils sont pauvres. La grande fatigue du voyage m'avait rendu malade.
Inaia je suis mieux. Je demeure chez M. Germain Lepage.
• " Je suis, Monseigneur, très-respectueusement. •' De votre Grandeur,
" Le plus humble et soumis fils.
(Signé) " E. EoBiTAiLLE, Pïre.
" Rimouski, 14 Septembre 179.3."
Dans une autre lettre écrite la même année, en date du 9 décembre, M. Robitaille nous dit qu'il y avait dans Eimouski quatre-vingt-cinq feux catholiques. Il trouve que tous les habitants sont occupés à la chasse et A la pêche.
M. François Gabriel Lecourtois arriva en Canada le 26 juin 1794, d'après la liste chronologique de M. Noiseux. Il fut nommé curé à Eimouski en 1798, et il y demeura pendant huit ans. Il fut le second curé de Eimouski. Il était en même temps chargé des missions de la côte nord.
Les missions du nord étaient alors desservies par M. Lecourtois, prêtre français, échappé aux massacres de la révolution française.
Nous lisons ce qui suit dans les " Forestiers et Voyageurs ", à l'article des missionnaires :
" Le lendemain de notre arrivée était donc le jour
de la venue du missionnaire. Dès le matin, les sauvages étaient sur Talerte. se préparant A recevoir leur bon Père.
••Vers midi, on vit le canot du père Lecourtois dédoubler la pointe, accompagné de plusieurs autres canots de sauvages qui lui faisaient escorte. Alors sortit des cabanes toute la population montagnaise, les hommes en tête, armés de leurs fusils, puis les femmes suivies des enfants.
" Les hommes se mirent en rang devant la chapelle et commencèrent une fusillade, qui dura jusqu'à ce que le canot du missionnaire fut près de toucher le sable de la baie. Les femmes, coiffées de leurs jolis bonnets, étaient groupées, avec les enfants, tout autour du talus de la dune.
" Quand le canot du missionnaire prit terre, tous les montagnais descendirent la côte pour le recevoir au rivage et lui donner la main, les hommes les premiers et les femmes ensuite ; le père Lecourtois allait de l'un à l'autre, à travers les groupes, donnant à chacun la main en répétant Koille ! Koille ! Bonjour ! Bonjour !
<' Le Père se rendit ensuite accompagné de tout son troupeau à la chapelle, pour offrir une prière au
Seigneur et remercier Marie de sa protection. Dans l'après-midi, eut lieu le baptême de tous les enfants nés depuis la dernière visite du missionnaire. C'était vraiment touchant de voir tous ces bons sauvages et ces bonnes sauvagesses, les pères, les parrains et les marraines debout en rang devant les balustres pendant la cérémonie. II y eut ensuite salut : les sauvages chantèrent des cantiques dans leur langue ; les hommes, tous placés du même côté, disaient un verset, puis les femmes, rangées de l'autre côté, répondaient par le verset suivant. Ils chantent A ravir, surtout les femmes.
" Le soir tard, après la brimante, tous les sauvages, hommes, femmes et enfants, se rendirent, et ils font cela tous les soirs, durant la mission, qu'il fasse beau ou mauvais, se rendirent au cimetière, et là, à genoux autour de la grande croix, ils chantèrent un libéra pour les âmes de leurs parents ou amis défunts.
" Je n'ai jamais entendu rien de plus solennel et de plus touchant que ce chant, si magnifiquement triste, redit au sein du calme et des ténèbres de la nuit, au milieu des tombeaux. C'est encore plus beau quand le vent souffle et que la tempête gronde.
'' Le lendemain, le père Lecourtois chanta la
messe solennelle, après laquelle il fit l'enterrement d'un vieillard mort deux jours aui^aravant. En pareille circonstance, tous les sauvages, sans y manquer, hommes, femmes et enfants, viennent religieusement jeter chacun à leur tour, sur le cercueil descendu dans la fosse, trois poignées de terre.
*' Le pauvre missionnaire n'avait pas de repos ; du moment de son arrivée, au moment de son départ, il fut constamment occupé à l'autel ou au confessionnal ; d'autant plus qu'il devait partir le surlendemain pour Chicoutimi."
M. Cyprien Tanguay, né à Québec, le 15 septembre 1819, fut ordonné prêtre à Québec, le 14 mai 1843, et fut vicaire de Eimouski, sous M. le curé Destroismaisons, de 1842 à 1846.
M. Tanguay fut nommé curé de Eimouski en 1850 ; pendant son séjour de 9 ans à Eimouski, il fonda le Couvent des Dames de la Congrégation, et bâtit, grâce à son énergie et à ses soins assidus, cette magnifique église, la Cathédrale actuelle.
M. Ej)iphano Lapointe, né à l'Ile-aux-Coudres, en
juillet 1822, fut ordonné prêtre à Québec, en octobre
1850, et nommé curé de St.-Germain de Eimouski, en
1861, où il mourut des fièvres typhoïdes, le 28 octobre
1862, à l'âge de quarante ans.
Ce saint et zélé prêtre fut amèrement regretté de tous ses paroissiens. On voit son portrait conservé en grande vénération dans un très-grand nombre de familles de Eimouski.
Yoici l'acte de sa sépulture, que nous trouvons dans les archives de la cure de Eimouski.
*' Le trente et un du mois d'octobre, mil huit cent ^' soixante et deux, nous, soussigné, curé de Ste.-Luce, " avons inhumé dans l'Eglise de St. Germain, côté '• droit du chœur, sous l'autel, le corps du Révérend << Monsieur Epiphane Lapointe, Prêtre, curé de la dite '' paroisse, décédé le vingt-huit du courant, sur les " neuf heures et trois quarts de la nuit, dans un calme " profond, après une agonie de trois-quarts d'heure, '' et une maladie de trente-quatre jours. Il est mort " des fièvres typhoïdes, étant âgé de quarante-trois ^^ ans. Il était curé de St.-Germain, depuis un an et " un mois. Etaient présent à l'inhumation, M. Moïse " Duguay, Prêtre, curé de Ste. Flavie ; M. F.-A. " Blouin, Prêtre, curé de Ste. Cécile ; M. J.-B. " Blanchet, Prêtre, curé de St. Anaclet ; M. C. " Cloutier, Prêtre, curé de St.-Octave ; M. Bilodeau,
" Prêtre, vicairô de Matane ; M. G. Potvin, Prêtre, '' vicaire de Eimouski ; MM. les Marguilliers en " exercice, Edouard Martin, Henri Martin, Jacques " Parent, soussignés, et plusieurs autres.
(Signés) " F. A. Blouin, Ptre., " J. B. Blanchet, Ptre., " Chs. F. Cloutier, Ptre., " G. Potvin, Ptre., " M. B. BiLODEAU, Ptre., " M. DuGUAY, Ptre., " André El. Gauvreau, " Luc Sylvain, " Ed. Martin, " D. Bégin, " Jos. Garon,