Brisson, arrivé en
La paroisse de Eimouski pendant près d'un siècle, ne compta que seize familles. La mort venait de temps en temps faire quelques victimes et diminuer le nombre de ses paisibles habitants. Le 8 juillet de l'année 1T54, les paroissiens de Rimouski eurent encore à pleurer la perte du second seigneur, qu'une mort presque soudaine leur enleva. (1)
[1] "L'an mil sept cent cinquante-quatre, le huitième jour de juillet, est décédé en cette paroisse de St. Germain dépendante du diocèse de Québec, Pierre Lepage, seigneur et propriétaire de la seigneurie de Rimousky, âgé de soixante six ans, après avoir été confessé, et reçu le saint Viatique et le sacrement d'extrême onction. Son corps a été inhumé avec les cérémonies accoutumées dans l'Eglise de cette paroisse sous son banc le neuvième jour du dit mois de juillet, en foy de quoy j'ay signé le jour et an que dessus.
[Signé] " PÈRE Ambroise, Récollet, Ptre. '* Missionnaire à Rimouskv."
yi.
Troisième et autres seigneurs de Rimouski. — Mort du troisième .seigneur; etc.
" Eternité profonde, océan sans rivage,
" Près du terme fatal, c'est toi que j'envisage."
Germain Lcpage, de St.-Gormain, fut le troisième seigneur de Eimouski, et mourut en 1756, à l'âge de trente-six ans.
Il fut atteint de cette cruelle maladie qu'on appelait j)este, et passa de vie à trépas, après quelques heures de souffrances seulement, muni des secours de notre sainte religion et des consolations qu'elle seule présente à nos derniers moments.
Voici son acte de sépulture :
" L'an mil sept cent cinquante-six, le septième du mois de février, est décédé Germain .Lopage, seigneur et propriétaire de la seigneurie do Rimousky, âgé d'environ trente-six ans, après avoir été confessé et reçu le saint Viatique et J 'extrême-onction, son corps a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse avec
les cérémonies ordinaires et prescriptes par la sainte
Eglise le lendemain de son décèn, en foy de qnoy j'ay signé les jour et an que dessus.
'^ Père Ambroise, Kécollet."
Le quatrième seigneur de Eimouski fut son fils, Germain Lepage, de St. Germain, mort il y a quelques années, à un âge très-avancé.
En 1790, la seigneurie de Eimouski proprement dite, à laquelle avaient été réunies les seigneuries voisines de St.-Barnabé, de Lessard (1), de Lepage et Tibierge, (Pointe aux Bouleaux) (2), et le fief Pachot, (3) se trouvait entre les mains des héritiers Lepage.
Les héritiers Lepage vendirent successivement leurs parts de ces seigneuries à Joseph Drapeau, Ecuyer, alors négociant, demeurant en la ville de Québec.
[1] La seigneurie Lessard, située à l'est de la seigneurie St.- Barnabé, avait une lieue et demie le long du St. Laurent sur deux lieues de profondeur. Elle fut accordée, le 8 mars 1696, à Pierre Lessard.
[2] Cette seigneurie, faisant suite à la seigneurie Lessard, avait trois lieues de front sur une lieue de profondeur, et fut accordée, le 4 novembre 1696, aux sieurs Lepage et Gabriel Tibierge. Une augmentation de deux lieues de profondeur fut accordée aux mêmes personnes, le 7 mai 1697.
[3] Ce fief, à l'est de la seigneurie Lepage et Tibierge, est formé de la rivière Métis, depuis son embouchure dans le St.- Laurent, jusqu'à une lieue au-dessus, et d'un terrain le long du St.-Laurent d'une lieue de largeur. Il fut accordé, le 7 janvier 1689, au sieur Pachot.
31. Drapeau, originaire de la Pointe-Lévis, s'était établi en la basse-ville de Québec, dans l'une dos maisons qui fait partie de ce qu'on appelle l'Hôtel Blanchard. A cette époque, il se faisait un commerce considérable d'exportation do grains du Bas-Canada, qui produisait le blé en immense quantité, et un commerce d'importation des Iles anglaises et françaises des Indes Occidentales.
M. Drapeau avait alors pour contemporains, dans ce genre de commerce, M. Cartier, ancêtre de feu Sir Georges Cartier, et M. Frémont, souche de la fîimille de feu le docteur Frémont, qui tous trois occupaient des maisons voisines dans la basse-ville de Québec, visà-vis de la petite Eglise de Notre-Dame dos Victoires, près du marché d'en haut, alors le centre des affaires commerciales:
M. Drapeau acquit une grande fortune ; et, poussé par ce désir assez naturel des Canadiens d'acquérir des propriétés foncières, il acheta plusieurs maisons dans la basse-ville, les seigneuries de Champlain, do la Baie St. -Paul, de Eimouski, et la moitié de l'Ile d'Orléans.
Il se mit à construire des vaisseaux do trois à quatre mille tonneaux, qu'il expédiait aux Iles; mais à
la lin de sa vie, il eut des revers de fortune. Il perdit deux vaisseaux chargés de sucre, qui n'étaient point assurés, et il lui fallut vendre ses maisons de la basseville et la seigneurie de Champlain, pour combler ses pertes.
En 1810, il fut élu représentant pour le comté de Charlevoix, qui faisait alors parti du grand comté de Northumberland. Il ne siégea qu'une session, et mourut à la fin de l'année 1810. Il laissa à sa veuve et à ses enfants les seigneuries de Rimouski, qui appartiennent encore à ses descendants directs.
Deux de ses filles vivent encore : Dame Luce Gertrude Drapeau, veuve de feu Thomas Casault, Ecuyer, Notaire, et Demoiselle Louise-Angèle Drapeau. La 3me branche, est représentée par les enfants et petitsenfants d'une autre sœur, Dame Marie-Joseph Drapeau, mariée à feu Jean-Baptiste d'Estimauville, officier dans les Voltigeurs, en 1812. La 4me branche descend d'une sœur. Dame Marguerite - Adélaïde Drapeau, mariée à Augustin Kelley, Ecuyer, tous deux décédés, et n'ayant laissé qu'une seule enfant. Dame Adèle Kelley, mariée à l'Honorable XJlric-Josçph Tessier, Sénateur, Doyen de la Faculté do Droit à l'Université Laval, et promu dernièrement à la dignité de Juge de la Cour Supérieui^e de Québec.
Première chapelle et premier presbytère à Rimouski. — Donations faites à l'Eglise. — Evacuation de la paroisse par les habitants pendant la guerre de 1759. — Tableau de St. Germain.
" L'heure sonore... on la compte : elle n'est déjà plus, " L'airain n'annonce, hélas ! que des moments perdus ! " Son redoutable son m'épouvante, m'éveille, " Et c'est la voix du temps qui frappe mon oreille."
La petite colonie, s' étant fortifiée par l'arrivée de (|nelques familles françaises, éleva un temple au Seigneur, en 1712.
La description que les livres saints nous donnent du temple qui devait renfermer l'Arche d'Alliance, ferait mal connaître la modeste chapelle de Eimouski. La grandeur, la richesse et l'élégance n'y présidaient pas, mais elle renfermait un trésor plus précieux: l'Agneau sans tache y était immolé, et le Eédempteur de l'humanité, voulait se contenter d'une chétive maison de bois, pauvre comme l'étable de Bethléem.
Cette modeste chapellCj de 20 pieds sur 40 environ,
était située à 10 pieds au sud-ouest de l'Evêché actuel, et construite dans la direction de la Cathédrale. Au sud-ouest de la chapelle, se trouvait le cimetière, d'un quart d'arpent environ, et n'aj^ant pour clôture que des perches ordinaires de cèdre ; on ne le distinguait des autres terrains que par une petite croix de bois noir.
Une petite maison de vingt pieds carrés, construite sur la place môme qu'occupe le presb^'tère actuel, abritait le missionnaire pendant ses visites, qu'il ne jwuvait faire qu'une fois tous les deux ou trois ans, durant les premières années, mais qu'il faisïiit ensuite, une fois l'année, au temps de la belle saison.
L'Eglise fut dotée, en 173G, 2)ar le sieur Nicolas Lepage de Lafossôs, d'une somme de deux cents écus d'Espagne, comme on le voit par l'acte suivant :
" Nous, Prêtre, Vicaire Ginéral du diocèse de Québec, déclaclarons recevoir au nom et profit de l'P^glise St.-Germain, dite Kimouski, le don que lui fait le Sieur Nicolas Lepage de deux cents écus, payables moitié l'année prochaine et l'autre moitié l'année suivante, et en conséquence, suivant sa demande, lui accordons un banc avec toute franchise dont il ne payera rièu, lui et ses descendants, et ordonnons qu'il lui soit donné assurance par les marguilliers de faire dire à perpétuité dans la dite Eglise, chaque année, deux messes basses à son intention par le
missionnaire ou curé du lieu. Lesquels deux cents écus seront employés selon qu'il le désire en vases sacrés d'argent, une cloche s'il se peut, missel et tableau, et pour plus grande sûreté sera insérée la présente dans les archives de la dite Eglise pour servir ainsi que de raison. Fait à Québec, ce neuf septembre mil sept cent trente-six.
[Signé] " F. J. P. MiMiAC,
" Vicaire Général."
" Nous, Pierre Laurent, premier marguillier en charge, et le sieur Paul Lepage de Lamolest, déclarons que suivant l'ordonnance ci-dessus mentionnée, nous recevons, acceptons et prenons au nom de la dite Eglise de la paroisse dont nous sommes chargés, la somme de six cents livres, que le dit Sr. Nicolas Lepage fait présent à l'Eglise, à la charge, clause et condition qu'il aura un banc de franc dans la dite église, et que la dite lui fera dire à ses frais et dépens à perpétuité deux messes à son intention qui sont pour les âmes du Purgatoire. Nous, en vertu du même pouvoir, nous nous chargeons, au nom de la dite Eglise, d'accomplir et promettons dès à présent de commencer :\ exécuter les dites clauses et conditions ci-dessus, déclarant avoir déjà reçu la somme de trois cent vingt-huit livres douze sols à rabattre sur les six cents livres, il ne reste plus de la dite somme de six cents livres que deux cents soixante et douze livres à recevoir pour achever le parfait paiement, ce que nous reconnaissons vrai et avoir reçu et non reçu, du reçu étant requis, nous donnerons quittance et le non reçu il nous sera I)ayé selon qu'il est porté par Tordre de M. le Grand-Vicaire, l'année prochaine.
" Fait et passé dans la chambre de notre missionnaire ce vingt-deux février de l'année 1738. En foi de quoi nous avons signé.
[Signé] " Lepage de St.-Barnabé, " " Pierre St.-Laurent,
" " F. Charles Barbel,
R. P. Missionnaire."
L'Eglise employa cette somme à l'acquisition d'une cloche et d'un tableau de St. Germain.
Le tabernacle qui fut donné cette même année, en 1736. est encore assez décent pour occuper une place sur un des autels des chapelles latérales de Ste. Luce.
En 1742, M. Pierre Lepage, de St.-Barnabé, second seigneur, voulut assurer une propriété foncière à l'Eglise ; il détacha de son domaine quatre arpents de front sur quarante-deux de profondeur, qu'il donna à la fabrique, comme on peut s'en assurer par l'acte suivant :
*' Nous, Père Albert Milliard, Récollet, Prêtre Missionnaire de la paroisse de St -Germain de Eimouski, déclarons avoir reçu an profit de l'Eglise dite de Rimouski les dons que fait le sieur Lepage de St.-Barnabé, à savoir, d'une chapelle composée d'un calice d'argent et d'une patène de la susdite matière comme aussi de tous les ornements absolument nécessaires pour célébrer le très-saint et très Auguste Sacrifice et la Messe, déclarons en outre recevoir du susdit sieur de St.-Barnabé une terre de quatre arpents de front avec deux arpents de profon-
(leur située au Saurois de la terre du sieur Lepage de Lafossaia et au nord-est du Domaine, sur laquelle susdite terre, l'Eglise et le Presbytère sont bâtis ; le susdit sieur Lepage de St.-Barnabé mettant pour clause que le missionnaire sera libre et prendra son bois sur la susdite terre, à charge et condition que la sus-dite Eglise de St.-Germain s'oblige de faire dire à perpétuité deux messes basses par an pour le repos des âmes des derniers Seigneurs et Dames défuntes de la paroisse, et pour plus grande sûreté sera inséré la présente dans les archives de la susdite Eglise. Comme aussi la copie conforme à l'original est insérée dans les archives du Palais Episcopal selon l'ordonnance de Monseigneur l'Evêque Henri-Marie Duberiel, Evê-^ que de Québec.
" Fait à Rimouski, le 30 mars de l'année mil sept cent quarante-deux. [1]
[Signé] " Jean Pineau.
" Marguillier.
. *' "F. Albert Milliard,
" Eécollet Missionnaire."
Le calice dont il est parlé dans cette donation existe encore ; il se trouve actuellement dans la chapelle des Daines Religieuses de la Congrégation, et
[1] On voit dans la sacristie de la Cathédrale un tableau des messes de fondation et dans lequel il est dit : Deux messes basses à perpétuité pour le repos des âmes des derniers Seigneurs et Dames défuntes de la paroisse, fondées par le sieur Lepage de St.-Barnabê [1742] tt la charge du curé.
Il y a certainement erreur dans ce tableau, ces messes ne sont point à la charge du curé, mais bien à la charge de la fabrique, comme le dit l'acte de donation ci-dessus.
sert tous les jours au saint sacrifice de la messe. Il est à espérer que ces bonnes Dames Eeligieuses conserveront longtemps ce précieux souvenir de piété et de générosité du second seigneur de Eimouski.
Les ornements se voient encore dans la sacristie de la Cathédrale, et sont encore assez décents pour servir à la sainte messe.
Monseigneur Hubert, dans sa visite épiscopale à Eimouski, écrivait dans le caliier des délibérations ce qui suit :
" Le terrain de l'église, une terre de 4 arpents de front sur 42 de profondeur donnée par Mons. Lepagc de St.-Barnabé, à la charge de deux messes basses pour cette famille. (1)
" De plus deux messes basses pour la famille de Mons. Nicolas Lepage et un banc à perpétuité pour un don de deux cens écus. (2)
" Eimouski, le 19 juillet 1790.
(Signé) " t Jean François,
" Evêque de Québec."
[1] Cette donation fut rectifiée, en 1792, par M. Joseph Drapeau, seigneur de Eimouski. Le Père Charles Lepage fit lui-même le voyage à pied de Rîmonski à Québec pour obtenir cette rectification-
[2] La famille Lepage a renoncé, le 11 février 1794; audit banc, moyennant une certaine somme d'argent. '
Lorsqu'en 1759, la flotte anglaise remontait le fleuve, les habitants de Eimouski furent saisis d'une telle frayeur, qu'ils abandonnèrent leurs maisons et séjournèrent longtemj)s dans la forêt. Comme ils emportèrent avec eux ce qu'ils avaient de plus précieux, le tableau de St. Germain ne fut pas oublié. (1) Soigneusement enveloppé et roulé dans des écorces de bouleau, il fut caché sous un cèdre ; mais l'humidité lui occasionna quelques dommages, qui furent réparés, en 1790, par M. Baillargé, artiste de Québec.
La figure de St. Germain et celle de Ste. Geneviève sont du pinceau d'un premier maître. (2)
[1] Ce tableau se voit aujourd'hui dans la chapelle St.- Germain.
[2] Pendant longtemps, on a cru par ce tableau que la paroisse de St.-Germain de Rimouski était érigée sous le vocable de St. Germain d'Auxerre. Mais c'est une erreur ; le tableau représente à la vérité St.-Germain d'Auxerre, donnant à Ste. Geneviève une médaille, lors de son passage à Nanterre, mais il n'est pas pour cela le titulaire de l'Eglise. C'est St. Germain deParÎP, dont la fête est célébrée le 28 mai, qui en est le patron.
Séx>ultures faites dans la première chapelle de Rimout^ki.— Peste à Rimouskî. — Lettre de Monseigneur Briand aux habitants de Eimouski. — Interdiction de la première chapelle.
" Où retrouver tant d'heures écoulées ?
" Vers leurs source lointaine elles sont refoulées.
^* Le seul effroi me reste, et l'espoir est banni.
^' Il faut mourir, finir, quand je n'ai rien fini ;
" Où sais-je ? et quelle scène à mes yeux se déploie ?
" Des bords du lit funèbre, où palpite sa proie,
" Aux lugubres clartés de son pâle flambeau,
" L'impitoyable mort me montre le tombeau."
Les seules sépultures qui eurent lieu dans cette première chapelle furent les suivantes :
Eené Lepage, 1er seigneur, le 4 août 1718. Germain Lepage, 26 février 1723.
Marie- Angélique Lepage, fille, 2 avril 1729. Marie-Madeleine Gagnon, épouse de sieur Eené Lepage, 31 janvier 1744.
Pierre Lepage, 2me seigneur, 8 juillet 1754.
Marguerite Lepage, fille de Kené, 20 janvier 1756.
Toussaint Cartier, hcrmitc, 30 janvier 1767.
Le Porc Ambroise, Ptrc., dans l'été de 1769. (1)
Une épidémie qui visita la paroisse en 1756, et dont le 3ine seigneur fut victime, no permit pas que son corps i-eçùt la sépulture dans l'église.
La paroisse avait déjà subi le fléau d'une pareille épidémie en 1733. La famille de Pierre Gosselin, troisième colon du lieu, y avait succombé. Cette seconde année, le fléau sévit avec plus de rigueur encore. La famille seigneuriale eut à déplorer la perte de quatre do ses membres et un grand nombre de paroissiens. Des familles entières étaient moissonnées. Cette maladie, la fièvre scorbutique, avait été apportée par l'équipage d'un vaisseau français dont j'ai parlé plus haut ; elle sévissait avec tant de fureur dans la paroisse, qu'on la désigna sous le nom de jpeste.
Pour nous faire une juste idée des soufli'ances de ceux qui étaient atteints de cette cruelle maladie, il nous suffit de rapporter les paroles suivantes des Eclations des Jésuites, en l'année 1611.
" La maladie commune a été le Scorbut, qu'on " appelle maladie de la terre. Les jambes, les cuisses
[1] Nous ne pouvons constater le jour précis de sa sépulture ; il y a dans les registres une lacune de plusieurs années.
'• et face enflent, les lèvres se pourrissent, et leur " surviennent de grandes excroissances, l'haleine est " courte avec une fâcheuse toux, les bras meurtris ci " le cuir tacheté, toute la personne lancjuit avec ennuie -' et douleur, sans rien pouvoir avaler si non quelque " peu de liquide."
Si la peste décima la paroisse, l'émigration française vint bientôt lui donner un accroissement assez considérable; mais^ malheureusement, tous les émigrés français qui étaient venus augmenter la population de Eimouski, n'y avaient pas en mémo temps apporté les mêmes dispositions religieuses que l'hermite Toussaint Cartier. Parmi le nombre des nouveaux colons, il s'en trouvait dont les mœurs constrastaient beaucoup avec la vie exemplaire des premiers habitants. La paroisse allait avoir ses jours d'épreuves. L'honnête et brave cultivateur de St.-Germain, jusqu'alors si tranquille et si heureux, voyait déjà chaque jour se répandre autour de lui le venin du mauvais exemple. L'ivrognerie et la débauche, sa sœur naturelle, promenaient partout leur hideuse figure. Informé du triste état de la mission, l'évêque de Québec déplorait dans son cœur la dépravation d'une partie de ces malhoui'eux enfants, rebelles aux tendres
sollicitations de leur zélé missionnaire, indifférents à leur foi et presque endurcis dans leurs crimes. Voulant tenter un dernier moyen de les rappeler à leurs devoirs, il adresse à la paroisse entière la lettre suivante :
" Jean Olivier Briand, par la Miséricorde de Dieu et la Grâce du Saint-Siège, Evêque de Québec, etc., etc., etc. Aux habitants de Rimouski, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
" Lorsqu'en IT-Al, je suis arrivé en Canada, on ne parlait que de la piété et de la religion des seigneurs et des habitants de Rimouski. En effet, il en est sorti un prêtre distingué par son esprit et par ses vertus, et plusieurs religieuses ferventes que j'ai connues et conduites. Il y avait encore un certain Hermite dont on publiait avec édification les mérites. Aussi les missionnaires qu'on leur envoyait alors étaient écoutés, chéris, respectés, et on ne négligeait rien pour leur adoucir le séjour d'un endroit séparé du reste des hommes, et pour les dédommager de l'espèce d'exil auquel ils se condamnaient volontairement pour la Gloire de Dieu et le salut des Ames.
" Tels étaient vos pères, N. C. F. ils craignaient Dieu, aimaient la Religion et voulaient se sauver.
C'étaient là les principes qui les dirigeaient, les sentiments qui les animaient, sentiments sans lesquels il n'y a plus de vrai Christianisme ; et, si Ton n'a encore quelques marques extérieures, l'on n'est plus vraiment chrétien dans l'âme, et l'on est à la veille de ne plus l'être du tout, ni devant Dieu, ni devant les hommes.
" Or il y a longtemps, M. C. F., nous vous le disons les larmes aux yeux, il y a longtemps que vous avez perdu ces saints, ces religieux sentiments. Le père Ambroiso nous le disait quelque temps avant sa mort ; le père LaBrosse nous Ta répété plusieurs fois, et de toutes les missions dont nous l'avions chargé, la vôtre lui paraissait la plus dérangée, la plus indocile, la plus indifférente pour la religion, la plus opposée aux instructions et aux exercices de piété ; tellement que, malgré la tendresse dont notre cœur est rempli, nous avons été forcé, comme vous le savez, d'employei* envers quelques-uns d'entre vous les foudres de l'Eglise.
•' Quelle triste et malheureuse différence des premiers habitants de votre paroisse à ceux d'aujourd'hui. Vous vous en apercevez, anciens et vertueux
chrétiens, petit reste des enfants de Dieu, qui avez su
conserver votre innocence au milieu d'un peuple corrompu. Vous voyez le désordre, vous en gémissez amèrement dans le silence, parce que vous n'osez élever la voix contre l'iniquité trop générale et qui a pris le dessus ; vous craignez d'être moqués, niéprisés, persécutés. Vous le seriez sans doute si vous avertissiez, si vous repreniez, mais ne vous laissez pas épouvanter par les méchants ; opposez-vous au torrent, parlez et priez en même temps. Dieu bénira vos paroles soutenues par la prière. Qui sait si sa miséricorde n'aura pas d'égards à vos larmes et à votre zèle pour la gloire et le salut de vos frères, et s'il ne se servira pas de vous pour ouvrir les yeux à ces aveugles et pour les toucher. Ce sont les motifs que j'ai proposés a votre charitable missionnaire, de crainte qu'il ne se laissât aller au découragement et qu'il ne vous abandonnât.
'' Il est vrai qu'il est envoyé chez vous comme Jésus-Christ, pour les malades et non pour ceux qui sont en santé ; pour les pécheurs et non pour les justes ; mais aussi voyez quel témoignage il est contraint de nous rendre. Tous les vices, dit-il, régnent dans Rimouski. On n'a plus de honte du crime, on s'en glorifie, on ne rougit pas même de ceux qui sont les plus honteux. L'ivrognerie, l'adultère, l'inceste
et g'éiiéralemoiit tous ces péchés d'imiiureté qu'on n'ose nommer, sont communs et connus. Les tilles ne cachent pus leur prostitution. Les fêtes et les dimanches ne sont point distingués des autres jours, on les passe à oftbnser Dieu. Les jeunes et les abstinences n'y sont point observés, et l'on ne se fait sur cela aucun scrupule. Enfin, ce qui fait voir le dernier degré d'impiété et qu'on ne trouverait ni chez les Protestants, ni chez les Turcs, ni chez les Idolâtres même, c'est la mauvaise volonté qu'on a pour la maison de Dieu. Il y pleut partout. Les ornements de l'Eglise s'y perdent, le vSt.-Sacrement même est exposé aux injures du temps, et on ne s'en met pas en peine.
Xe vous reconnaissez-vous pas à ce portrait, il fait horreur mes frères, je l'avoue ; mais en êtes-vous touchés ? — Je ne le pense pas. Car, quand oa est parvenu à un certain degré de malice et d'impiété, rien ne fait plus impression. Le cœur s'endurcit, l'esprit s'aveugle et l'on tombe dans rim2:)énitence finale, qui conduit immanquablement à la damnation éternelle. Oh ! mes chers Frères, vous pouvez encore l'éviter ; convertissez-vous, écoutez les instructions de votre Pasteur et courez à la pénitence. Apprenez les devoirs do votre religion que vous ignorez ; rem-
■—IIG —
plirtsez-les exactement et avec traiitaiit plus de Iklélité que vous les avez violés et trangressés plus universellement et avec plus de mépris, d'insolence et de témérité. Je le répète, insolence et témérité ; car qu'y a-t-il de plus insolent et de plus téméraire que de résister à un Dieu tout-puissant et do n'être touché ni de SCS promesses, ni do ses menaces ? Vous êtes insensibles, je le vois, à ce qui est plus capable de vous frapper. La croix m^ic, la croix sur laquelle vous savez que Jésus-Christ est mort pour votre salut ne vous touche point ; et si, on passant devant ce signe do notre Eédemption et cotte marque de l'amour infini de Notro-Sauvour pour nos âmes, vous faites le signe de la croix, ce n'est que par habitude et par grimace, et dès l'instant qui suit vous vous livrez aux crimes les plus abominables. Ah ! nos chers enfants, je suis pénétré de crainte et de douleur à la vue de votre état. Je ne désespère pas encore cependant, un retour promjrt, sincère et j^orsévérant vers Dieu, désarmera son bras et arrêtera sa colère ; mais no différez pas ; car, après une longue patience, sa juste vengeance semblable à la foudre éclatera tout à coup, et alors le repentir venu trop tard sera infructueux, demeurera éternellement et fera une partie des tourments de l'enfer.
— in —
" Kous avions résolu d'abord, K T. F., de nous servir contre les coupables des armes que Notre- Seigneur et son Eglise nous a mises en mains ; mais un Pasteur qui aime, n'en vient qu'à regret à ces remèdes extrêmes. Nous avons voulu encore auparavant prendre la voie de l'instruction comme la plus conforme A la douceur de notre bon et miséricordieux Jésus ; bien déterminé aussi, si l'on ne fait pas attention à notre présente lettre qui est un avertissement charitable, de retrancher du nombre des fidèles et d'excommunier généralement tous ceux ci toutes celles qui persévéreront dans leur conduite scandaleuse, et, si l'on ne met au plus tôt en bon ordre l'Eglise et le cimetière, de défendre à votre curé de célébrer les saints mystères dans cette mission, d'y laisser le Saint-Sacrement et d'administrer à qui que ce soit le saint Viatique. Il ne pourra dans ce cas donner aux mourants que les Sacrements de la Pénitence et de l'Extrème-Onction.
'^ Comme M. Votre Missionnaire, touché et attendri à la lecture de cette lettre, m'a représenté qu'il y avait pourtant encore quelques honnêtes gens, bons chrétiens, j'ai })ris le parti de' leur ordonner et leur ordonne par ces présentes de me donner un détail exact par noms et par surnoms de ceux et celles qui
scandalisent, et alor^ la eoiT^iire ne vetonlbera que mv le? coupables, au lieu qu'elle sera gjnérale pour toute la paroisse si l'on ne me fait pas connaître et l'ivraie et le bon i^rain.
" Quant aux conditions que ^e^ impies veulent imposer pour bâtir nn temple non pas A leur Dieu, c'est l'ivrognerie et l'impureté, mais au Dieu que servaient leurs pères, elles sont contraires à la religion, au bon sens, à la raison et anx ordonnances. C'est pourquoi nous défendons qu'on reçoive auc'une contribution de pareils scélérats et qu'ils possèdent jamais aucun banc dans l'église que pourraient construire le peu de bons et fidèles chrétiens qui l'entreprendraient. Nous voulons encore que le seigneur de Rimouski et autres gens comme lui distingués par leur piété, leur zèle et leur sagesse, nous donnent les noms et surnoms de ces familles pécheresses, afin que nous les consignions dans nos Registres comme un témoignage éternel de leur impiété.
" Voilà notre devoir rempli envers Dieu, son Eglise, et les bons chrétiens qui seront consolés de voir que nous ne ménageons et ne craignons ni les méchants ni leur méchanceté: envers les méchants eux-mêmes qui ne pourront pas nous reprocher que
si nous les avions avertis, instruits, corrigés, ils se seraient convertis. Nous finissons donc, N. C. F., en priant le Seigneur de répandre ses bénédictions sur nos paroles et de les faire fructifier pour sa gloire et le salut de vos âmes rachetées de son sang.
" Donné à Québec sous notre seing, le sceau de nos armes et la signature de notre secrétaire, le premier septembre 1T84.
(Signé) " t J- Ol. Evêque de Québec, " Par Monseigneur, '' J. O. Plessts, Sous-Diacre,
^' Secrétaire."
Le Père Labrosse donna lui-même à la paroisse lecture de cette lettre, le jour de la Saint-Michel, Les sanglots qui vinrent plusieurs fois l'interrompre, les reproches si justes et adressés en termes si cliaritables à ces coupables enfants, produisirent tout leur effet. Une partie, prosternée aux pieds du bon Père, reconnut son indigne comportement; l'autre, trop endurcie dans le crime pour éprouver des remords, préféra s'éloigner de la place où désormais elle devait être honnie.
Après la lecture de la lettre, le Père Labrosse annonça que l'office public ne se ferait plus dans la
chapelle. Le seigneur Lepage oitrit au missioiinaire le second étage du manoir seigneurial pour servir à l'office divin, jusqu'au moment où la paroisse érigerait un second temple. Pendant six ans, cette antique maison l'ut le lieu où la paroisse se réunit pour rendre à Dieu ses devoirs. (1)
Les sépultures qui eurent lieu dans l'intervalle qui s'écoula jusqu'à I l'érection de la seconde Eglise, en 1789, se firent au nord-est du vieux manoir, et ce ne fut qu'en 1804 que les corps en furent exhumés pour être déposés dans l'ancien cimetière. (2)
— C'est une erreur de croire que les paroissiens du Kimouski bâtirent une chapelle à la Eivière, comme plusieurs le prétendent. Il n'a jamais existé de chapelle à la Eivière.
(1) Ce manoir était situé à une petite distance au suil-est du manoir actuel des Dames Drapeau.
[2] Cô cimetière se trouvait au sud-est -du vieux séminaire actuel .
Construction delà seconde cliapelle de Rimouski. — Visite Episcopale et mandement pour annoncer cette visite. — Construction de la troisième et quatrième Eglise ^e Rimouski. — Bénédiction solennelle de la quatrième église.
Salut, ô mu blanche chapelle, Si douce au regard du passant, Et dont la croix d'or étincelle Aux rayons du soleil levant ; Salut, ô chapelle sacrée.
Toi que bénit le pèlerin, Qui, sur ta pierre vônérée
S'arrête un chapelet en main.
[Tré.wrs Poétiques. — Poésies Religieuses.]
Comprenant l'impossibilité pour eux de demeurer sans temple, les paroissiens firent un accord en octobre 1787, pour construire une église en bois, et élirent MM. Charles Lepage et Gabriel St.-Laurent ►Syndics pour cette construction. Cette chapelle fut érigée à la place même du séminaire actuel, et avait 70 pieds de long sur 28 pieds de large.
Elle fut bâtie en colombage, et livrée au culte le 18 juillet 1790.
Les habitants, au nombre de soixante-douze, contribuèrent par rétribution volontaire de cinq livres dixhuit sols par chaque arpent de terre, et M. Nicolas Lepage fit l'entreprise pour la somme de mille cinq cent vingt-deux livres. (1)
Monseigneur Hubert, qui, pour la première ibis, fit une visite épiscopale à Rimouski, accompagné de MM. Plessis et Bernard Panet, Prêtres, voulut luimême en faire solennellement la bénédiction, et y célébrer le premier le sainte-messe. (2) Monseigneur Hubert promit en même temps aux paroissiens de leur envoyer nn curé dès l'automne.
Yoici le mandement c^uc k^a Grandeur adressa aux trois paroisses de l'Ile- Yerte, des Trois-Pistoles et de Eimouski pour annoncer sa visite.
Mandement de Monseigneur VEvéquè de Québec pou?la visite Pastorale.
" Jean ^ François Hubert, par la iniséri corde de Dieu et la Grâce du Saint Siège Apostolique, Evèque
[1] M. Nicolas Lepage était le père de Dame Andri-RIz. Gaiivreau, Kegistrateur à Kimouski.
[2] *' Le 18 juillet, nous avons béni solennellement l'EgUrfe " neuve de St.-Gerraain et y avons célébré la première messe. " A Rimouski, le 19 Juillet 1790, dans le cours de nos visites. [Signé] " t Jean François,
" Evèque de Québec.''
de Québec, etc., etc., etc. A tous le,^ Cnré.-», Yîcaires, Miî^sionnaires et à tous les fidèles de ce diocèse, Salut et Bénédictioii en Notre-Seisjneui*.
•• La visite pastorale étant un des principaux devoirs des Evèques et un des moyens les plus propres à conserver parmi les Fidèles l'esprit de religion et de ferveur, à déraciner le vice, à faire cesser les abus, à rétablir partout l'ordre et la discipline, nous nous empressons, N. T. C. F., de vous annoncer qu'appuyé du secours tout-puissant de la Divine Providence, nous nous disposons à continuer la visite de ce Diocèse commencée depuis trois ans.
" Nous sommes vraiment persuadé que cette carrière est très-pénible pour nous, et, si nous entreprenions de la remplir avec les seules forces humaines, nous aurions grand sujet de craindre de n'y faire aucun fruit. Mais nous nous rassurons en pensant qu'il est au ciel un Dieu plein de miséricorde, qui vous aime, qui désire le salut de vos âmes, C|ui invite par notre bouche les pécheurs à retourner sincèrement à lui, et qui semble d'avance nous promettre d'animer notre zèle et de soutenir notre faiblesse dans les travaux que nous entreprenons sous, les auspices de sa Sainte-Grâce.
" Il est certain que la longue absence de vos premiers pasteurs a été cause qae quantité de désordres se sont introduits parmi vous. La foi, cette première et si essentielle vertu des chrétiens, s'est éteinte dans bien des cœurs, la piété s'est refroidie, le crime a levé le masque, l'impiété et l'irréligion ont pris racine, et nous en voyons tous les jours les funestes fruits. Voilà, mes frères, des maux dont nous avons gémi bien des fois aux pieds du Seigneur. Nous connaissons combien ils sont graves ; serons -nous assez heureux pour les faire cesser? c'est néanmoins à quoi nous prétendons par la visite ou mission que nous allons vous faire.
'' Votre sanctification, N. T. C\ F., est donc le terme heureux auquel nous aspirons. Nous n'avons cessé de demander à Dieu cette grâce depuis le moment où nous avons commencé une œuvre si importante. Ne négligez donc rien de ce qui peut concourir à vous la rendre salutaire. Souvenez-vous que la visite de vos Pasteurs est une continuation de celle que Jésus- Christ a faite sur la terre lorsqu'il y est venu pour nous racheter de la damnation éternelle. Elle est encore une image de la visite que le Chef des Pasteurs rend tous les jours à son Eglise, lorsqu'il descend dans les cœurs des fidèles par sa grâce ou par la sainte
c'oiiimmiioii. Malheur à ceux qui refusent de le recevoir avec des dispositions convenables. Si Jérusalem a été détruite de manière qu'il n'y est pas resté pierre sur pierre, c'est parce qu'elle n'a pas su profiter des (emps de la visite du Soigneur. Frémissez, N. T. C. F., à cet exemple terrible, et craignez de voir fondre sur vous les mêmes châtiments, si vous montrez la même indifférence aux grâces que le ciel veut bien vous accorder par notre ministère.
" Comme il y a longtemps que les paroisses n'ont été visitées, notre visite durera ordinairement deux ou trois jours dans les plus grandes paroisses, afin que nous soyons en état de répondre plus aisément aux affaires qui pourront se présenter en grand nombre.
'' A ces causes, etc.
(Suit le Règlement ordinaire des visites Pastorales.)
•' Nous ne saurions trop le répéter, N. T. 0. F., ne mettez point d'obstacles aux grâces que Dieu vous préparc dans cette visite. Souvenez-vous que vous êtes la vigne choisie du Seigneur et que, si vous ne portez point de fruit au temps marqué, il vous abandonnera comn^e indignes de ses soins et de sa culture.
" Sera le présent mandement lu et publié au prône de la moesc paroissiale do rile-Yortc, des Trois-
Pisloles et de Rimoiiski, le plus tôt que faire so pourra.
" Donné, à Québec «oiis noire seing*, le sceau du Diocèse et le contre-seing de notre secrétaire, le six mai 1790.
(Signé) '^ t Jean François,
" Evêque de Québec.
'' Plessis, Ptre., Secrtéuirc.'"
La bénédiction de la maison de Dieu fut suivie d'une autre cérémonie non moins consolante. Jean Jacob Hcppcl, natif de Salem, province do New- York, abjura le luthéranisme entre les mains de M. Bernard Panet, et eut en même temps le bonheur d'offrir à Dieu un temple spirituel, en recevant, pour la première fois, la sainte communion. (1).
Voici l'acte d'abjuration :
" L'an mil sept cent quatre-vingt-dix, le dix-neuf '' Juillet, en présence du Sieur Jean Deschamplain et " Come Lavoie, je, prêtre, soussigné, avec la permis- " sion de Monseigneur Jean François Hubert, Evêque '' de Québec, ai reçu l'abjuration de l'hérésie de '' Luther de la part de Jean-Jacob Heppel, qui a " promis et juré de suivre et de vivre et mourir dans
[1] Il est le i)remier de ce nom fixé à Kimouski..
-' la profession de la Eoligion Catholique, Apostolique •'et Eomaine; le dit Jean-Jacob Hei:)pel étant âgé -' d'environ tronto-sept ans, natif do Salem, Province ^' de New- York, et résidant actuoUoment dans la pa- ^' roisse de St.-Gcrmain do Rimouski.
'' En foi de quoi, le dit Joan-Jacob Hoppel a signé ^' avec le dit Jean Dcschamplain et avec nous, et le ^^ dit Côme Lavoie a déclaré ne le savoir de ce requis. (Signé) " Jean-Jacob Heppel, •' Jean Deschamplain, " Bern. Panet, Ptre."
Cette seconde chapelle, en colombage, lit place, en 1824, à une église construite en pierre, et qui, en 1862, fut converti en collège. (1)
Cette église avait 80 pieds de long sur 46 de large, et contenait cent-dix bancs. (2)
Cette troisième église fut bénite par M. Chauvin, alors curé de Rimouski, et nommé Vicaire-Général
[1] Cette égline est le vieux séminaire actuel.
[2] Cette église avait été construite par M. Vm. Audet, père du Révérend M. Audet, chapelain du Couvent Jésus-Marie à tSylIerie.
Les décorations intérieures de cette troisième église sont aujourd'hui dans la belle petite église de Ht.-Fabien, par les soins vigilants du Kévérend A. Ladrière, alors curé de cette paroisse, et ont été faites par M F.-X. Léprohon,
du diocèse de Québec, en 184:0, et mort subitement à Québec, le 14 octobre 1862, à l'âge de soixante-sept ans.
En 1854, une seconde église do pierre, qui est aujourd'hui la Cathédrale, fut commencée grâce à l'énergie et à l'habileté de M. l'abbé Tanguay, curé de Rimouski, et qui, malgré les divisions intestines de la paroisse, sut, par son esprit de conciliation et de douceur, obtenir des souscriptions volontaires de tous ses paroissiens et un emprunt assez considérable du gouvernement ; il mena à bonne fin les travaux de ce temple majestueux. (1) Cette église a 193 pieds do long, 72 de large, 45 de haut, et la flèche, de la base au sommet, 224 pieds.
M. le curé Tanguay, eji proposant à la paroisse de Eimouski la construction de la nouvelle église, avait d'abord l'intention bien arrêtée de la voir érigée sur la côte, à l'endroit où se trouve actuellement le Palais de Justice; mais une opposition assez considérable de la part d'un certain nombre de paroissiens lui fit abandonner, bien qu'à regret, un plan que la paroisse serait heureuse aujourd'hui de trouver accompli.
[1] A une assembKe de la paroisse, le 25 mai 1854, furent
élus pour la direction des travaux, comme pyndics, le Kévd.
Cy. Tanguay, MM. Jos. Garon, Notaire, Majorique Coté, Marchand.
Cette église, commencée eu 1854, fut ouverte au culte le 0 janvier 186^ (1)
Le Kévérend Gabriel Nadeau. curé de Ste.-Lucc, en lit la bénédiction solennelle, d'après l'acte authcnti- (|ue qm suit :
'' Sous le pontificat de Sa Sainteté le Pape Pie IX, le neuf janvier mil huit cent soixante et deux, vu l'autorisation donnée par Sa Grandeur Monseigneur de Tloa, par une lettre du dix-neuf de décembre dernier, Sa Grâce Picrrc-Flavien Turgcon, étant archevêque, sous le reigne de Sa Majesté la Reine Victoria, Lord C.-S. Monk, étant gouverneur du Canada, M. JEphi. Lapointc, étant curé de cette paroisse. Nous, Prêtre, soussigné, curé de la paroisse de Stc.-Lucc, avons bénit solennellement la nouvelle Eglise paroissiale de Rimouski, sous l'invocation do St. Germain, Evêque do Paris, on présence du peuple et du clergé réunis. Le Révd. J.-B. Blanchet a été le célébrant ; le Révd, A. Ladrière, le prédicateur, et les Révds. MM. Duguay et Jos. Dumas, diacre et sousdiacre : le Révd. A. Blouin, curé du Bic, a touché
[1] Les travaux de la Cathédrale ont été dirigés quant à la maçonnerie par M. Ignace Lefranaye, la charpente par M. Hilaire Fournier, et les décorations intérieures par MM. Murphy et Quigley.
rimnMMiiittn, <ft le Rèxxl, G. Piinvin dirî§«»it les
-OurédeSt.Bftlfieii.
*^ J« B^ BLâflcnni Ptre^ *» F, A, Buwist» Ptt^. ^ Jo«BHi Bcxâs, Pire.,
lie tabeitMtk) q«e Ton voit ««joari'limi dms U I iiii«re«i%el, a été âùt paor IL Bttllir^.
Ijepi^âbytcf^ «dMl ftit kitî^e» lSâ9^ et rèpinè en 1SS% pHt ks »ràs dk M« Tui^nny. alM^ ewré de la
VisiteH Epiftco£»aleH à liimouHki.— érection canonique et civile de la paroisse. — Décret» d'érection. — Cimetière actuel. — Chemin de la Croix. — Société de tempérance.
La 1ère visite épÎHCopalc â Rimouski se fit, le 18 juillet 1790, par Mgr. Hubert.
Mgr. Hubert est le premier Evcque qui visita Kimouski et ses environs.
La seule voie de communication alors était celle par mer, surtout depuis Kamouraska à Bimouski.
La 2ème visite se fit, le 6 août 1798, par Mgr, Pierre Denaut.
La Sème, le 0 juillet 1806, par Mgr. Joseph Octave Plessis.
La 4éme, le 2 août 1810, par Mgr. Bernard Claude Panet, Evêque de Salden.
Lu .5ème, le 7 juillet 1814, par Mgr. .1.-0. Plessin. La «Jemc, le 16 juillet 1822, par Mgr. J.-O. Plessig.
La 7èmo, le 19 juillet 1826, par Mgr. Bernard Claude Panet, alors Evêqiie de Québec. (1)
La Sème, le 23 juillet 1833, par Mgr. Jos. Signay.
La 9ème, le 28 juillet 1838, par Mgr. Signay. (2)
La lOème, le 28 juillet, en 1843, par Mgr. Signay, Evoque de Sidyme.
Le llème, le 4 juillet, en 1840, par Mgr. Pierre Flavien Turgeon.
La 12ème, le 23 juillet, on 1855, par Mgr. C.-F. Baillargeon, Evêque de Tloa.
La 13ème, le 18 juillet, en 1860, par Mgr. Baillargeon, Evêque de Tloa.
La 14ème, le 18 juillet, en 1865, par Mgr. Baillargeon, Evêque de Tloa.
La 15ème, le 23 mai, en 1867, jxir Mgr. Jean Langevin, premier Evêque de St. - Germain de liimouski.
(1) Ce fut dans cette visite de Mgr. Panet que la cloche de la Cathédrale, du poids de 314 livres, fut bénite par M. Varrin, curé de Kamouraska.
Elle reçut les noms d'Henri-Marc-Catherine.
M. Varrin en fut lui-même le parrain, et la marraine fut Dame Catherine Drapeau, épouse de Sieur Augustin Trudel, Ecuyer.
(2) Ce fut dans cette visite, le 27 du même mois, qu'eut lieu \i\ bénédiction de la première pierre de l'Eglise Ste-.Luce.
La paroisse de St.-G-ermain de Eimouski fut érigée canoniquement par Mgr. Panet, le 30 janvier 1829, comme il appert par le décret d'érection de Sa Grandeur.
" Bernard-Claude Panet, par la miséricorde de Dieu et la grâce du St.-Siége apostolique, Evêque Catholique de Québec, etc., etc., etc.
" A tous ceux qui les présentes verront savoir faisons que vu la requête à nous adressée en date du vingt mars dernier, au nom de la part des tenanciers des seigneuries de Rimouski et de St.-Barnabé, comté de Cornwallis, district de Québec, demandant l'érection d'une paroisse dans les dites seigneuries pour les raisons y énoncées; notre commission en date du dix-huit juillet aussi dernier, chargeant monsieur Pierre Bourget, archiprêtre, et curé de Notre-Dame des Anges des Trois-Pistoles, de se transporter sur les lieux après avertissement préalable, de vérifier les énoncés de la requête sus-mentionnée, et d'en dresser un procès-verbal de commodo et incommodo ; vu aussi les certificats signés Jos. Ouellet, Not. Pub. pour les Trois-Pistoles, et P. Gauvreau pour Rimouski et St.- I^arnabé, d'une annonce faite le quatorze décembre do l'année dernière aux habitants réunis pour le sei'vice divin aux églises de Notre-Dame des Neiges
des Trois-Pistoles et de St.-Germain de Kimoiiski, convoquant les liahitants dex susdites seigneuries à une assemblée pour le mardi suivant à onze heures du matin, au presbytère du dit Eimouski : et [enfin le procès-verbal de commodo et incommodo du dit monsieur Pierre Bourget, en date du seize décembre de la même année, constatant et vérifiant dans toutes leurs parties les faits énoncés dans la requête sus-datée, en conséquence nous avons érigé et érigeons par les présentes en titre de cure et de paroisse (et ce jusqu'à ce que la population et le défrichement de* terres exigent d'y ériger une seconde paroisse,) sous l'invocation de St.-Germain, évêque-confesseur, dont la fête, selon le martyrologe romain, se célèbre le vingt-huit mai, les dites seigneuries de Eimouski de St.-Barnabé, comprenant une étendue de territoire d'environ douze milles de front sur environ six milles de profondeur, borné vers le nord-ouest par le fleuve St.-Laurent, vers le sud-ouest par la ligne seigneuriale du Bic ; et vers le nord-est par la ligne seigneuriale de la Molaie ; pour être la dite cure et la paroisse St.-Germain de Eimouski entièrement sous notre Juridiction spirituelle ; à la charge par les curés ou desservants qui y seront établis par nous ou par nos successeurs de se conformer en tout aux règles des
disciplines ecclésiastiques en usage dans ce diocèse, spécialement d'administrer les sacrements, la parole de Dieu et les autres secours de la religion aux fidèles de la dite paroisse ; en enjoignant à ceux-ci de payer aux dits curés ou desservants, les dîmes et oblations telles qu'usitées et autorisées dans ce diocèse, et de leur porter respect et obéissance dans toutes les choses qui appartiennent à la religion et qui intéressent leur salut éternel.
Mais, comme le présent Décret est purement ecclésiastique et ne peut avoir d'eifcts civils qu'autant qu'il sera revêtu de Lettres Patentes de Sa Majesté, Nous recommandons très-positivement aux nouveaux paroissiens de la dite paroisse de St.-Germain de Itimouski qu'ils aient à se pourvoir à cet effet auprès de Son Excellence le Gouverneur de cette Province.
" Donné à Québec sous notre seing, le sceau de nos armes et le contre-seing de notre secrétaire, le trente janvier mil huit cent vingt-neuf.
(Signé) " t Bern. Claude,
'' Evêque de Saldes, Québec.
" Par Monseigneur.
(Signé) " A. C. Portier, Ptre.,
" Secrétaire.
'' Pour vraie copie,
" C. F. Cazeau, Ptre.,
" Secrétaire."
La paroisse fat érigée {•iviUvinent par proclanuitioii de Son Excellence Matthew, lord Aylmer, gouverneur en chef du Haut et du Bas-Canada, le 12 février 1835. conformément au rapport de MM. J.-B.-E. Bacquet. Hector S. Huot et Edouard Caron, commissaires nommés à cette fin, savoir:
" La dite paroisse devra comiH'endre les seigneuries " de Rimouski et de St.-Barnabé, comprenant une " étendue de territoire d'environ douze milles de " front sur environ six milles de profondeur ; bornée <' vers le nord-ouest par le fleuve Saint-Laurent, vers " le sud-est par les terres incultes de la couronne, vers " le sud-ouest par la ligne seigneuriale du Bic, et vers " le nord-est par la ligne seigneuriale de la Molaie."
Le cimetière actuel fut bénit par feu MessireJDuguay, curé de Ste.-Flavie, le 10 juillet 1863.
Au pied de la croix, érigée au centre du cimetière, du côté nord, reposent les restes des défunts exhumés du vieux cimetière.
Le chemin de la croix, dans la Cathédrale, fut érigé par feu Messire Lapointe, le 9 mars 18fi2.
M. Picard, curé de Rimouski, donna, en 1831, les Cartes de Tempérance, et la Société de la Croix fut établie par M. le Grand-Yicaire Mailloux, en 1850.
Xiiste chronologique des Prêtres ou Religieux qui ont desservi à St.-Germain de Rimouski, depuis 1701 à 1872. — Liste des Députés pour le comté de Rimouski, connu jusqu'en 1831, sous le nom de Cornwallis. — Tableau montrant le mouvement de la population, depuis 1071 à 1872 inclusivement.
Liste chronologique des Prêtres ou Religieux gui ont desservi la paroisse de St.-Germain de Bimouski, depuis TiOl à 1872. (1)
DE A
Bernardin Leneuf, Récollet 1701 1703
Bertin Muller, Eécollei 1703 1706
Michel Brûlé, Récollet 1706 1709
Florentin de Belleroche, Récollet 1709 1712
Jean Ménage, Ptre 1712 1713
Auclair Desnoyers, Ptre., curé de Kamou-
raska et missionnaire à Rimouski 1713 1717
Pierre Souvenir de Coppin, Ptre 1717 1719
Gélase de l'Estage, Récollet 1719 1723
(1) Cette liste a été prise dans les registres de la cure. Les teglstres de cette paroisse datent de 1701.
DE A
Amable Ambroise Eouillard, Récollet 1723 1735
Jean-Baptiste Charles Barbcl, Kécollet. . . . 1735 1740
Albert Milliard, Eécollet 1740 1744
x\mable Ambroise Eouillard, Eécollet 1744 1767
Jean-Baptiste Labrossb, Jésuite .1767 1771
Joseph Amable Truteau, Etre., curé de Ka-
mouraska et missionnaire à Eimou8ki.l771 1774
Jean-Baptiste Labrosse, Jésuite .1774 1781
Joseph Amable Truteau, Etre., curé <ie Ka-
mouraska et missionnaire à Eimouski.1781 1783 Jean Adrien Leclaire, Etre., curé de l'Ile-
Yerte et missionnaire à Eimouski 1783 1789
Joseph Eaquet, Etre., curé de l'Ile-Verte, et missionnaire de l'Ile-Verte à Saint- Jérôme de Matane 1789 1793
Eierre Eobitaille, Etre., curé de Eimouski
et missionnaire à Matane 1793 1798
François Gabriel le Courtois, Etre., curé de Eimouski et missionnaire de Eimouski
à Ste. Anne des Monts. 179.8 1806
Jean-Baptiste-Isidore-Hospice Lajus, Etre., curé de Eimouski, et missionnaire de
Eimouski à Ste.-Anne des Monts 180<j 1807
Charles Hott, curé de Eimouski et mission-
DE A
luxire à Ste.-Anne 1807 1813
Prosper Gagiion, Pire., curé de Eimouski
et missionnaire à Ste.-Anne 1818 1822
Marc Chauvin, Ptre., curé do Rimouski et
missionnaire à Ste.-Anne . •. 1822 182G
Michel Rinquette, Ptre., curé de Rimouski
et missionnaire à Ste.-Anne 1826 1833
Thomas - Féruce Destroismaisons, Ptre.,
curé 1833 1850
Pierre Beaumont, Ptre., vicaire à Rimouski,
et missionnaire à Matane, au Cap-Chat
et à Ste.-Anne 18.33 1837
Gabriel Nadeau, Ptre., vicaire à Rimouski
et missionnaire à Matane, au Cap-Chat,
à Ste.-Anne et au Mont-Louis 1837 1842
Cyprien Tanguay, Ptre. , vicaire 1842 184G
J." Antoine Le bel, Ptre., vicaire 1846 1848