‹ Chronique de Rimouski [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 45 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

Premier habitant de Rimouski.—Concession de la Seigneurie de Rimouski au Sieur de la Cardonnière.—Concession de la Seigneurie de St.-Barnabé au Sieur Lepage de St.-Barnabé, premier Seigneur de Rimouski ; son fils Louis Lepage, prêtre, ses trois filles religieuses.—Premières familles venues à Rimouski.

# Sol canadien, terre chérie !

“ Par des braves tu fus peuplée.”

ISsIDORE BEDARD.

La paroisse de Rimouski a pour titulaire St. Germain de Paris, en mémoire de son premicr habitant, Germain Lepage.

Germain Lepage, né en 1641, à Notre-Dame d'Ouenne, évêché d'Auxerre, naquit d'Etienne Lepage et de Nicole Berthelot. (1)

Germain Lepage vint au Canada dans l'été de 1663, en compagnie d’un frère, Louis Lepage, et d’une sœur, Constance Lepage, et alla se fixer dans la paroisse de St. François, Ile d'Orléans. Ayant eu le malheur de

perdre son épouse, Reine Larry, il voulut passer le

(1) Dict, Généal. par l'Abbé Tanguar.

reste de ses jours dans la méditation des vérités éternelles. Pour mettre à exécution ses desseins, il laissa en juillet 1696, son ancienne demeure de l'Ile pour suivre son fils René, premier seigneur de Rimouski. Après trente-trois ans de séjour sur lle, c'était, pour lui, briser les liens les plus intimes de la famille c'était dire un éternel adieu à la société de ses bons amis, c'était pour afmsi dire prendre le chemin de

l'exil, à l’âge do cinquante-cinq ans.

Oh ! qu'il est difficile de concevoir les peines qu'eurent à essuyer, les fatigues qu’euront à supporter nos pères avant de voir de riches et verdoyantes campagnes remplacer les épaisses forêts qu'ils trouvèrent à leur arrivée dans le pays, sur les bords du Saint Laurent. Non-seulement ils avaient à lutter contre les souffrances de toute sorte, mais encore contre d’infatigables ennemis dans les indigènes. Mais nos pères venaient du pays des braves, et de plus “étaient l’élite des guerriers,” comme l’a dit un de nos poëtes: ils ne devaient donc point craindre l'audace et la férocité

du farouche Iroquois.

Germain Lepage vécut vingt-sept ans à Rimouski,

édifiant tout le monde par ses exemples de vertus

solides et de piété constante.

Ce vertueux vicillard, aux jours de dimanche ct de fête, assemblait les quelques personnes de l'endroit, faisait la prière en commun ct expliquait aux petits enfants quelques chapitres du catéchisme.

Il suppléait, pour ainsi dire, au pauvre missionnaire, qui ne visitait cet endroit qu'une fois tous les deux ou trois ans. Il ondoyait les enfants, assistait les malados à leur dernier. moment, les encourageait à faire généreusement le sacrifice de la vie, en leur ‘appelant les miséricordes infinies de Dieu. Quelquefois il franchissait plusieurs lieues à travers los bois, pour disposer un mourant à une sainte mort.

Ce saint vieillard était en grande vénération au milieu de ses compatriotes : tous l’aimaient, tous lui prodiguaient les marques les plus grandes de respect et d'estime. Sa parole était toujours reçue avec soumission ; ses décisions, dans les différends qui s’élevaient quelquefois parmi les quelques habitants du lieu, faisaient autorité.

Pour faire connaitre la profonde piété de ce bon père

et l'estime général qu'on lui portait, il nous suffit de ‘apporter ici l'extrait mortuaire que nous trouvons au Registre À, de 1723.

“ L'an mil sept cent vingt-trois, le vingt-six de

tm

ER

‘février Est décédé Jos. gormain Lepage, âgé de “ cent un un d’une vie très-exemplaire dans une “ mortification de tous ses sens, d'une dévotion angé- “ lique, n'ayant jamais porté de linge depuis plus de “ cinquante ans, mort en odeur de suavité parlant “ jusques à la dernière heure de vie mesme un mo- “ ment devant que de trépasser d’un très-bon juge “ ment ayant fait assembler toutes les personnes du “ Lieu. En les Exhortant et fait faire mesme des “ prières à son lit, il prend son crucifix contre son “ visage ot le baise il est trépassé sans aucun signe “ que l’on donne à la mort c'est-à-dire en Embrassant “ son Crucifix et une sainte Vicrge qu'il avait; ila ‘ été inhumé dans la Chapelle de ce lieu paroisse de « St. Germain passant au dit lieu En venant de ma “ mission de Miramichy j'ai fait et célébré un service “ dans ladite chapelle, où repose le corps du bon “ patriarche pour lequel j'ai très-grande vénération." « En foi de quoy j'ay soussigné.” (1).

[Signé], ‘“F. aeLase pe LesTaGEe R.

Missionnaire."

Ce fut en juillet 1696 quo le Sieur Re” Mpage do Sto. Claire vint avec son vieux père Germain se fixer à

(1) D’après le recensement de 1681, il ne devait avoir que 82 ans, à sa mort.—Dict. Généal. par l'Abbé Tanguay.

Rimouski. Il avait obtenu la seigneurio de Rimouski par échange fait le 10 juillet 1694 avec le Sieur Augustin Rouër de la Cardonnière, qui lui-même la

tenait par brevet de Sa Majesté, du 24 avril 1688.

La Seigneurie de Rimouski avait deux lieues de front, le long de la rivière, et deux lieues de profondeur. L'Ile St.-Barnabé, située en face de cette seigneurie, est aussi renfermée dans la concession. Cette seigneurie s’étendait depuis le milieu de l'embouchure de la rivière Hatté [Bic] jusqu’à la rivière Rimouski

inclusivement.

Voici l’acte de concession.

‘ Concession du 24 avril, 1688, faite par Jacques Réné de Brisay, Gouverneur, au Sieur de la Cardon- “ nière, d'une étendue de deux lieues de terre, prés et

“ bois, de front, sur le fleuve St. Laurent; à prendre

‘ joignant et attenant la concession du Bic, apparte-

“ nant au Sieur de Vitré, en descendant le dit fleuve, “ et de deux lieues de profondeur dans les terres, en- “ semble la rivière dite de Rimousky et autres rivières “ et ruisseaux, si aucuns se trouvent dans la dite étendue, avec l'Isle de St. Barnabé et les batures, isles “et islets qui se pourront rencontrer entre les dites

‘ terres et la dite isle.”?

= Mes Registre d'Intendance, No. 2, B folio 24. «e En 1774, une dispute s'éleva entre les propriétaires du Bic et de Rimouski, la Cour des Plaidoyers communs rendit son ju;;ement; et ce jugement, confirmé en appel on 1778, détermina que le milieu de l'embouchure de la rivière Hatté serait la borne entre les dites deux seigneuries. [1] 1 La partie qui s'étend de la Rivière Rimouski à la | } il ° N - $ Het Pointe au Père et qui forme une lieue et quart de AU front ne fut ajoutée à la seigneurie de Rimouski qu’en

qi 1751, sur la représentation du second Seigneur de Ri-

j} mouski, le Sieur Lepage de St.-Barnabé ; mais le pre- M: fi | | micr seigneur, René Lepage, en avait eu la jouissance

s L depuis son établissement. Nous trouvons l’acte de la et

} il concession de cette seigneurie au Registre de l’Inten- F

1 | | dance, No. 9, folio 11. da

h | Concession du 11 mars, 1751, faite par le Marquis pr

| | “ de la Jonquière, Gouverneur, et François Bigot, In- St

U “ tendant, au Sieur Lepage de St.-Barnabé, de cinq cu

« quarts de lieue de terre de front, sur deux lieues de 17:

“ profondeur, avec les rivières, isles et islets qui se me

“ trouveront au-devant du dit terrein, à prendre de- me

“ puis la concession accordée au fou Sieur ÆRouër de all

(1) Insinuations du Conseil Supérieur, let, B, folio 14, (

Page 1