‹ Chronique de Rimouski [microforme] (volume 3)Chapitre 16 sur 71 · AGNÈS ASS LOMME ES · texte numérisé non relu

AGNÈS ASS LOMME ES

agrès, réquipa à la hâte la coque d'un äutie vaisseau, brigantin d’une centaine de tonneaux, qui, quelques années auparavant et au même endroit, avait aussi fait côte, Il se nommait le St.-Esprit et avait appartenu à M. Jean Taché, ancétre des Messicurs Taché de Kamouraska. Avec cette embarcation improvisée, que l'équipage appela l'Aigle ou le Sneau, il tenta de remonter le fleuve jusqu'à Québec, mais une seconde tempête l’attendait près de Rimouski. Dans une nuit affreuse des derniers jours de novembre, un coup de mer emporte une partie de la maâture, et le vaisseau est jeté sur la pointe nord-est de l'Ile St.-Barnabé, L'Hermite, de grand matin, en sortant de son humble demeure, voit le naufrage et court en grande hâte sur les lieux du malheur. Il aperçoit ces pauvres naufragés mourant de froid, et plusieurs même que la mort avait déjà saisis. Il les amène chez lui, mais sa maison était de beaucoup trop petite pour les contenir tous. Il fait de suite des signaux pour demander du secours aux habitants de Rimouski, et Îles malheureuses victimes, quelques heures après, se dirigeaient vers le petit village, aidées des hommes valides de l'endroit. Mais, comme plusieurs d’entre eux étaient déjà affaiblis par la faim, le froid et la

misère, ils trouvèrent Ia mort en voulant Ia fuir.

Le chemin qu'ils avaient suivi, sur la batture de glace, était balisé de corps humains que la mort avait saisis au moment mème qu'ils faisaient un dernier

effort pour y échapper.

Ceux qui avaient survécu au triste sort de leurs compagnons de voyage, reçurent une généreuse hospitalité des paroissiens de Rimouski; mais presque tous succombérent à la violence de la peste qu'ils

avaient apportée.

Les seuls à peu près qui survécurent furent MA. de Loubarat, commandant, de Condamin, premier licutenant, de Souvenier, médecin, et M. labbé Joseph

Chenot, aumônier.

De Condamin, homme türes-dur et suns principe religieux, ne voulut pas permettre qu'on mit en terre sainte les corps des malheureuses victimes du fléau, [l Les faisait adosser au nord-est du Presbytère, qui rentermait Le plus grand nombre des malades, tous assis en plusieurs lignes Îes uns près des autres, Comme il tomba peu de neige cet hiver, les paroissiens eurent sous les yeux ce triste spectacle jusqu'au printemps. Ce ne fut qu'au moment de s’embarquer

pour Quebec qu'il leur fit donner la sépulture.

On raconte à son sujet la légende suivante :

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À trois reprises, il voulut sortir de la Rivière Rimouski, ct trois fois son embarcation fut jetée sur la pointe. Comme il manifestait toute sa mauvaise humour chez M. Picrre Lepage: “ Ne voyez-vous pas, lui dit Madame Lepage, qu'il vous sera impossible d'aller plus loin tant que vos pauvres matclots seront ainsi exposés à la voirie? Ce sont eux qui vous retiennent.” Sur-le-champ, Condamin fait creuser une large fosse et les y fait tous jeter. La marée suivante, il sortait

facilement ct faisait route vers Québec.

Dans les basses marées de l'automne ct du prin-

temps, il est encore facile de voir dans l’anse au Snau, à l'Ile St.-Barnabé, quelques parties du brigantin, le St.-Esprit, M. J.-C. Taché nous a raconté cette histoire de l'hermite, il y a quelques années, avec un succès admirable. Sa plume finement taillée a merveilleusement réussi à nous en rendre la lecture

agréable.

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