‹ Chronique de Rimouski [microforme] (volume 3)Chapitre 22 sur 71 · LES NAUFRAGÉS DE LA ‘ MACRÉE ‘” ET ‘ L'ANSE AU SENAU · texte numérisé non relu

LES NAUFRAGÉS DE LA ‘ MACRÉE ‘” ET ‘ L'ANSE AU SENAU

“ Dans l'automne de 1799, une frégate de Sa Majesté le Roi de France faisait naufrage à l'endroit appelé le Gros Mécatina, sur la côte du Nord, Cette frégate était commandée par MM, de Loubarat et de Condamin, avait pour aumônier M. l'abbé Chenot, pour médecin M, de Sauvenier, et portait environ trois vents hommes d'équipage : ee bâtiment avait om La Macrée.

“Je ne connais pas de document éerit dans Le temps qui fasse mention des événements qui se rapportent à

ce naufrage, et tout ce que je constate ei ne nous est

venu que par la tradition, conservée dans la fidèle ct

intelligente mémoire des anciens de la paroisse de

Rimouski.

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vait

‘ Une notable partie de l'équipage de La Macree avait péri dans le naufrage, au Gros Mécatina, et le reste était destiné à mourir inévitablement de faim sur cotte plage, où ne se rencontraient que quelques postes de pêche et de traite, dont les habitants étaient hors d'état de nourrir, pendant tout un hiver, un nombre comparativement aussi considérable

d'hommes.

“ Lo poste du Gros Mecatina était cette annec-la oceupé par un comptoir appartenant à M. Jean Tache, de Québec, et il s'y trouvait en ce moment un batiment à lui appartenant, lequel venait d'être mis on hivernement, à cause de la saison trop avancée pour tenter le retour au port de Québec ; on était alors à

la mi-novembre.

“ Les officiers de La Maerce furent sans retard mis en possession de ce petit navire d'environ cent tonneaux, appartenant à cette classe que l'on désigne sous le nom de Senaux ; et comme la seule enanco de salut pour tous, hommes de la frégate et hommes du poste, reposait sur le prompt départ dos premiers, on mit dès le lendemain du naufrage le petit navire à la

mer pour faire immédiatement voile vers Québec.

“If ne se passa rien de remarquable, d'après les

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rapports, pendant les quelques jours de vents peu favorables que dura la navigation, jusqu'à ce que, par la hauteur de la Pointe-au-Père, et au milieu de la nuit, une tempête de vent de Nord-Ouest vint assaillir le Sencau. On était alors dans les derniers jours de

novembre, ot il faisait un froid intense.

“ Lo petit navire, que le vent affalait vers la cote, s'eforçait de teuir au plus près, afin de s'élargir, et ce fat ainsi que, perdus dans les ténèbres d'une nuit sombre, les malheureux naufragés de La Macrée vinrent donner contre les rochers qui bordent le bout d'en bas de l'Ile Saint-Barnabé, du côté sud, et firent un second naufrage. Le navire, après quelques chocs contre les rochers dont il franchissait les aspérités,

soulevé par la vague, se mit à fuire eau de toutes

parts et finit bientôt par s'arrêter en sombrant dans

une petite anse de l'ile qui a toujours conservé depuis

le nom d’Anse-au-S’nau.

“ Les infortunés marins ne savaient guère où ils étaient; mais la marée, en baissant, vint enfin à laisser le petit bâtiment presque à sec ; alors on se dir'igea vers la terre de l'ile, où de courtes explorations faites dans les ténèbres firent croire qu’on était sur

une ile du large sans habitations, peut-être l’ile du

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Bie, I fallut se resigner à attendre le jour, alors

que plusieurs déjà tombaient de fatigues, d'inquie-

tude, de misère et de froid, pour ne jamais plus se

relever.

Aux premières lueurs du jour, l'Ilermite, en sortnt de son logis, aperçeut vers l'est la voilure déchi: rée et ballant au vont, ainsi que la coque échouée du petit navire; voyant en cela l'indice certain d'un malheur, le pieux solitaire se dirigea en toute hâte vers le lieu du sinistre. Il trouva sur le rivage, à l'entrée du bois, les naufragés serrés Iles uns contre lex autres ct mourant de froid. Quelques moments après, tous ceux que a mort n'avait point frappés, aidés par l'hermite, étaient rendus daus la petite maisonnette de lhermitage, qui pouvait à peine lex contenir à

l'anus presses,

* Cet asile ne pouvait servir qu'aux pressantes ex1gences du moment: aussi l'Hermite se mit-il de suite à allumer sur la plage le feu qu'il était convenu d’'allumer comme signal au cas de besoin; un signal semblable, apparaissant du côté du village de Rimouski, vint bientôt montrer qu'on avait compris qu'il fallait envoyer du secours, et la vue du navire naufragé

faisait assez voir aux braves habitants du village la

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auso de ce recours de l'hermite à ses amis, le premier qu’il eut encore imposé à leur amitié, pendant les vingt-sopt ans qu'il avait déjà passés alors sur l’ile Saint-Barnabé. Cependant la marée avait monté, ct la glace qui empêchait de pouvoir se servir d’embarcations étant trop faible pour porter, force fut d'attendre la nouvelle marée basse dont profita alors, pour se rendre à l'ile, presque toute la petite population mâle ct valide du village, l’hermite ayant multiplié ses signaux pour faire voir l'étendue des

besoins de secours.

“ [l fallait se hâter de faire parvenir à terre terme les naufragés, avant le retour de la marée, et ce fut un spectacle navrant que celui de cette pénible opération. Les marins de La Macrée étaient encore plus nombreux que les hommes généreux venus pour les secourir, beaucoup d’entre eux étaient incapables de faire sans aides le fatigant trajet que tous néarmoins voulurent entreprendre, malgré les remontrances et les charitables violences mème de l’hermite et des bons villagoeoi:. Aussi plusieurs périrent-

ils sur la batture, au milieu des giacces, les sauveteurs

n'étant pas en nombre suffisant pour les conduire

tous au rivage avant le retour de la marée.

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