CHAPITRE CCLXX1I
Comment Fnng de la compagnie du seigneur de Boussut remonstra prudentement ne soi devoir partir de Huy.
Si en print la charge , le seigneur de Boussut , de sauver l'évesque et de le conduire jusques à Brusselles ; et de fait , le mena hors de la ville à 1 emblée ; et le mena au plus céléement qu'il pooit de peur de ceulx du siège. Et comme ledit de Boussut avoit des vaillants hommes avecques ly qui ce virent et sceurent, et qui moult amoientson honneur, aulcun de eulx, et par espécial ung Berlremieu , gentil compagnon et vaillant , lui dit : « Ah î mon- » seigneur , que faites-vous aujourd'hui ? Vous » périssez beaucoup de vostre honneur et bon los » acquis aultrefois , quant, pour complaire à ung » prestre , vous abandonnez une ville à prochain » péril , dont le duc s'est fié de son salut en vostre » vaillance ; et maintenant, quant vous en voyez » le dangier , et que 1^ deussiés deffendre et nous » aultres encorragier , vous vous en allez avecques » un fuyant qui n'acconte à los ne à blasme. 0 » monseigneur de Boussut , fort est et sera se ja- » mes cy-après vous réparez ceste faute. Et se » mal vient ne esehiet à la ville , vous seul en » porterez le chappelet et en arez à respondre. »
Et vrai disoit , et notablement , et comme un
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vaillant homme ; et aussy ledit de Boussut en avoit puis dur à souffrir ; et eu fust fort accueilli en coijrt et devers le prince; et fust la ville prise prestement après son partement. Et sçaroit-on mal jugier du mieux fait ou du lessié au seigneur de Boussut , lequel , ce que fit y non fist par couardise ne par peur du péril , mes à bonne noble inr tencion de sauver l'évesque, en l'espoir d'y retourner à temps assez , ce que non fist , et dont il lui prist mal. Mes l'évesque venu à Brusselles , et veuillant justifier et excuser ledict chevalier qui l'avoit servi , print toute la charge sur lui , se mal fait y avoit, et de corps et de chevance; et de quanques Dieu jamès lui poroit donner , le voloit plenir et garantir ; car ce que fait en avoit , il l'avoit fait, ce disoit^ à sa grant presse et force, que tout t(futes fois ne servoit ne à l'ung ne à l'aultrê. Et fust l'évesque laidement raboué , meismes du duc, comme un couart cléricque, et cely de Boussut mis en la pile au verjus, de croire ainsi et d'obéir à un lasche prestre ^ en cas encore de son honneur extrême. Tout toutefois fust réparé f car sçavoit-oii de vrai que Je chevalier n'a voit rien faict par lascheté, mes par mesprison non cuidée.
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