‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 11 sur 142 · CHAPITRE CCLXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXI

Comment, il y eust cscarmuce entre Liégeois et le seigneur de Bouss*.

Or convient parler de ces removemens.de guerre, la tierche fois, des Liégois qui .estaient devant Huy, et là où le duc Charles avoit envoyé lé seigneur de Boussut, avecques plusieurs aultres seigneurs de Haynaut, pour confort de l'évesqué

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et.de la ville. Or n'avoient encore Liégeois tout perfremé leur siège, quant ledit de Boussut entfoit ; et ne tenoient que l'ung costé de la rivière. Si firent tant par nuict et par jour qu'ils prindrènt la rivière çà et là , tant que nul ne pooit plus entrer ne saillir dehors , fors pour le dangier ; et y restoit seulement une petite porte de terre, entre les <ieux bords de la rive qui estoit avantageux à ceux de dedens, et de péril à ceux qui là gissoient. Si se pénèrent Liégois de prime-face de gaignier icellui destroit et de l'oster à ceux de Huy ; et de fait , l'obtindrent, à force de gens et de hardement, une petite espasse. Dont ceux de dedens, toutefois, qui estoient gens de guerre , quant ils se virent si de près aprociés , et au vif quérus , se en aigrirent tous en ung novel corrage ; et vinrent à lances et à trancbans fers férir valeureusement dedens ces Liégois qui là gisoient , et en occirent une grant part. Et là y eust ung beau chapplis et une fière mellée ; et y fit vaillamment le seigneur de Boussut, et messire Philippe de Poitiers, et beaucop d'aultres vaillans hommes qui ios et pris y acquirent; et tant que Liégois estoient contrains de etilx retraire sur le derrain bord de la porte y là où nul ne les pooit approcier que par-devant ; et là firent de deffenses beaucop , qui peu leur servirent ; car durement furent entamés et tués en aulcup nombre ; et en aulcun nombre ils se sauvèrent etretrayrent en toute haste en leur <^rand ost. Or commenchoit-il à avoir une couverte mur-

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mure en la ville, entre le menu peuple qui se vit assiégier et mis ainsi en destroit de ses propres voisins et parens et alliés anciens, de ceux de la cité» comme se faveur voloient porter avecques eux , et pitë de les voir calamités de main estrange ; et sambloit proprement qu'il y pooit avoir entendement en tr 'eux et ceux de dehors pour livrer la ville en leur main* Si s'en percheut l'évesque et autres emprès ly, qui y mirent grand guet.

Dont , et comme la peur de cecy lui estoit entrée en cuer, et que aulcuns paoureux d'emprès ly lui en donnèrent assez, pria au seigneur, deBoussut, en lui narrant le cas, qu'il le voulsist aidier à sauver et vuidier hors de la ville; car pour toutl'ordu monde, ne vouldroit cheoir en la main de ses ennemis, ceux de la cité. Si pesa ledit de Boussut fort ceste requeste,et enuis refusa la sau veté d'ung tel homme, ung noble prince , et auquel par refus il pooit porler ung grand meschief , et par ly accorder ce qu'il quéroit faire à ly-meismes une grande honte et blasme ; et par ainsi, entre faire et laissier , ne scavoit quoi mieulx respondre. Enfin } toutefois , pesa plus la sauveté du seigneur et d'aventurer son honneur , que de viser à son honneur estroi terne nt, en perdant telle personne, pensant mieulx et plus tost réparer ce qu'on lui poroit donner de charge d'abandonner la ville , que de venir à la paix envers son prince , d'avoir abandonné son cousin- germain , l'évesque, en son mortel estroit affaire , et là où peusl-estre il eust esté mort.

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