‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 16 sur 142 · CHAPITRE CCLXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXVI

Comment le connestable pour la tierce fois eust plusieurs paroles au duc et l'appressoit de leissier Liège en paix.

Ceste manière de parler estoit assez aigre au commencement, mais non pas faite ne dite de malvais cuer; car le parlant estoit tout serviteur humble à cely à qui il parloit, ce sçavoit bien,- avecques ce que l'ascoutant accontoit peu à ses paroles com aigres qu'elles feussent : mes au moins ne pooit-il que soi acquitter de ce qu'il avoit pris en charge. |ït meismes avant que jamès il partisist de France ne de la bouce du roi , si scavoit-il, et l'avoit bien dit au roi, que c'estoit pour nient de s'en trayeiller; car jamès l'alliance qu'il avoit prise en Angleterre , ne seroit rompue, ne par menace ne par prière, si non par mort; et que cely qui s'y estoit boutç n 'estoit point à avoir ainsi descousse

(i467) DE GEORGES CHASTELLAIN. l\S

de bras, car c'estoit un fort et fier passage et l'un desredoubtables du monde en celi temps. Et pourtant, comme j'ai dit, posé que ce comte connestable venist de par le plus hault roi du monde, son maistre, faire ici son personnage et s'acquitter de sa charge , si venoit-il plus pour estre moyen et instrument de modification entre les deux aigres, que pour éstre seul à l'ung ne seul à l'autre. Car cognoissoit que la nécessité du temps le requerrait et que ce royaume ici estoit perdu, et nous tous, se les deux aigreurs eussent eu cours et voie. Et pourtant, ce comte connestable cy, qui estoit ijng sage chevalier et prince, et moult subtil, tout ce que il pooit avoir en charge du roi, tout ce il le tourna sur manière de conseil el de remonstrance à ce jeusne duc Charles, par amour et dilection qu'il a voit à ly et comme à son prince et seigneur. Dont, pour la seconde charge qu'il avoit, c'esloit que le roi voloit et lui prioit qu'il se voulsist déporter de faire guerre ceste tierche fois aux • Liégeois; et en cas de non^ il lui signifioit que c'est oient ses alliés et ses amis, et les avoit en sa garde , et il les assisterait et conforterait de sa puissance. Mes à peine le connectable pooit avoir dit à demy que le duc ne lui rompy la broce et lui dit bien fellejpent : « Beau cousin, tenez-vous-en à » tant et ne m'en parlez plus, car quelque chose que » avenirme doie, ne qu'U plaira à Dieu m'envoyer, » je mettrai mon armée sur les champs, et la tour- » nerai en Liège ; si sçarai à ceste fois se je serai

» maistre ou varlet; et dont et qui m'en vouldra » destourner et y mettre ernpeichement, viengne, » de par Dieu soit ! et il me trouvera pour res- » pondre » .

Page 1