‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 20 sur 142 · CHAPITRE CCLXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXX

Comment le connestable obtint du duc que le terme d'un demi-an il bailleroit asseurance sans faire emprinse coutre le rci.

Or y avoit-il encore ung autre point et qui estoit grand, et que le roi avoit profondement ymaginé nécessaire pour ly de le mettre avant et de le proférer de tous aultres pour le temps d'alors : c'estoit que ce conte de Saint-Pol, son connestable , procurast devers ce duc Charles, ung seur estât d'un ang entier pour ly et pour tous ses alliés et amis. Et à ce le menoit une considéracion qu'il avoit, que ce duc icy estoit allié de tous lez du monde pour lui pooir porter grief, d'Espagne , d'Angleterre , d'Allemagne et de Normandie ; et aveucques ce avoit-il une redoubtable et puissante armée sur les champs, preste à tourner là où il vouldroit; si en avoit le roi peur, parce qu'en lymeismes il cognoissoit avoir cause par quoi la peur y devoit estre. Si fit le conte de Saint-Pol tout son

Chroniques. T. XLIII. — G. Chastellain. ///. 4-

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pooir de cest article, et le mésist au duc, lequel prestement lui demanda : « Que entend le roi par » ses alliés? s'il y veut comprendre les Liégeois » et les porter contre moi, soit certain que, tant » que je serai vivant homme , jamais de pié de » terre que j'aie soubz ly hommage ne lui ferai » ne le baiserai en la bouce. Or les comprende et » porte quant il veut. Et quant au seur estât qu'il » demande , s'il ne se mesle des Liégeois et qu'il » ne les porte, je suis content de donner pour demi- » an,saufsmonseigneurdeNormandieetmon frère » de Bretagne , auxquels , s'il leur faisoit guerre » ne moleste , je les secorrai et conforterai de tout » mon pooir » .

Mes avant qu'oncques il se voult si avant déclarer que de donner et de concéder le demy-an, ledit connestable y ot grande peine ; et le prononcia le duc à gringnans dens , et à bien enuis dehors sa bouce ; et encorre dient les aulcuns , que le connestable ne, obtint point cestui mot si avant pour sa première venue , fors à la seconde , quant il revint battant et ferrant versly à Bruxelles arrière sur son tout prochain partement, et qu'il le mena avecques ly à Louvain.

-Si me suis donné aultrefois merveilles comment ung roy de France, roy de la chevalerie du monde, possesseur de son throne en quarrure et de toute la rondesse de son royaume, cremu et obéi, et que toutes nations ont requis meismes de seur estât, ly est condescendu à requérir meismes seureté,

(1467) DE GEORGES CHASTELLAIN. 5l

non succombé en fortune» Certes des deux , il en convient l'ung, ce samble, ou que la povreté de corrage y ait esté grant , ou que le gouvernement d'icely soit meu d'un malvais principe.

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