‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 21 sur 142 · CHAPITRE CCLXXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXXI

Comment le connestable a voit charge du roi ravoir les terres de Somme

pour la somme qui estoit mise sus.

Or sans cecy encorre y avoit-il ung autre point très difficile ; c'estoit que le roy faisoit dire au duc etramentevoit qu'il peust ravoir les terres sur Somme pour l'argent qui y estoit mis sus , et que le duc en voulsist estre content ; qui estoit ung point aussi fort ruyneux et de dangier à le mettre avant , à celle heure encorre , quant les choses estoient mai disposées pour en traire bonne fin. Mais je croy, et se peult ymaginer, que comme le roi tendoit à venir afin difficile ^ constraint de le demander , c'estoit d'avoir lô seur estât d'un an , il mist avant aussi à ce duc tout ce qu'il avoit de difficile contre ly pour impétrer ce que le duc concéderait, ce savoit bien, difficilement; et ly pour ce il concéderait de ce qu'il avoit mandé au duc gracieusement ; et l'ung auroit son seur estât pour ung an , et l'autre feroit sa guerre à son plaisir, et ne s'en melleroit point le roy. Mes oncques toutefois, ne pour ceci ne pour cela , ne pour chose que le

conte connestable sceust dire ne faire, ne le pot plus avant mener que jusques à ung demy an ; et en convint retourner ledit connestable battant ferrant devers le roy et revenir subit. Mes avant partir, lui respondit sur l'article touchant ces terres de Somme, et dist ainsi : « Je me donne merveilles com- » ment le roy se traveille tant d'une chose que j'ai » tant de fois refusée, et à diverses fois, à ses gens qui » m'en ont parlé. Ne sçay comment il ne s'en tient à » ce que j'en ai dit : car vueil bien qu'il scaicheque » je vouldroie perdre la meilleure ducié que j'aye » ains que je m'en départisse ; ce seront toutes les » derraines terres que je garderai pour moi ». Sur ce mot ne séoit point de réplique, cevéoit bien le connestable ; et pourtant n'en fit point plus de presse, et laissa la chose ainsi. Cop sur cop toutefois, et jour sur aultre, le roi envoya gens et messagiers devers son connestable, pour le solliciter et pour oïr nouvelles de son besoingier; et sembloit que moult avoit le cuer en petit repos pendant cette traisnée. Si y envoya encore maistre Jehan de la Driesche , trésorier de France , auquel assez aigrement le duc parla, et par ses dessertes; car moult présumptueux homme estoit et des pays du duc, nez de Terremonde, et autrefois forfait grandement. Si lui dist le duc et coppa court des menaces du roy : « Je me donne peu de soing, veu » encore que c'est à son tort ; ne pour chose qu'il » me face mander , ne par vous ne par aultre , je » ne laisserai mon emprise, et la bouterai oultre ;

(i4^7) DE GEORGES CffASTELLÀIN. 53

» et si le roy s'y veut trouver , si s'y trouve ; les » champs sont aux hommes; mes s'il me quiert à » faire des maux, je ly en ferai tant que le bel i» n'en sera point tout devers ly ».

Page 1