CHAPITRE CCXC
Gomment le duc Charles , à Fin citation d'aulcuns qui le gouvernoient convoiteux d'amasser, le contournèrent en avarice.
Son estât doncques en cestui point dreschié , moult le faisoit noble à voir , et estoit une chose magnifique non veue pareille ; et tout le résidu eust esté dreschié ainsi ; ce que non mes ne procéda point de ly, mes de ses gens; car comme l'aventure du temps le rendoit ainsi jà de longtemps , et paravant qu'il venist à seigneurie , et qu'il estoit souffreteux , beaucoup de gens avaricieux et convoiteux extrêmement, et de diverses notes , s'estoient ombroiez entour de ly , sur l'espoir du temps futur ; et lesquelz , ly maintenant venu à terre, le saisirent à bras, et y obtindrent le gouvernement , l'ung en une manière ^ l'aultre en une aultre ; et lesquels , comme eulx n'avoient aultre Dieu que or et argent , pour se faire grans oultre mesure et devoir , furent exemple au mais- Ire aussi de mettre là son estude , et d'amer amas d'or et d'argent, comme son idole, qui grant dommage fust. Car se gens de grand et noble courage, vertueux et honorables, de grant lieu et d'eage loable , y feussent aussi bien escheus pour l'avoir en mains , ce èust esté chose admirable que de son faict , aveucques ce que maintenant il es-
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toit si grant encore, que point n'avoit de per. Et plaings sur toute chose du monde l'aventure de ceste avarice , s'elle lui peust estre imputée à vice. Mes de ceulx hardiement qui en furent cause, et qui en furent nourriture et exemple , je plaings la destrance ; car en la convoitise du inaistre, peult avoir excuse et sauvaicion honneste, comme à ung tel grand prince comme ly il y siet pooir avoir et désirer d'avoir thrésor et de grand amas , pour mains grans soudains affaires , là où le grand avoir sert. Mes en gens de commun estât et de commune vocation , qui veillent et labeurent en choses démesurées et en oultrages intollérables, et dont plaie vient en la chose publique, en ceulx là ne peult avoir excuse ne coloracion , sinon que vice en court est souvent plus honoré et essaucié , et tient et possède plus tost lieu que vertu. Si ne peult prince avoir au monde plus grand plaie ne plus pestilencieux venin emprès ly , que avoir entour de ly gens avaricieux, convoiteux et flatteurs en auctorité. Car tous le§ maux du monde en ensievent , et les princes s'en déshonorent, et les affaires de la chose publique et des villes et des pays , s'en desfigurent et desrèglent.
Moult y avoit de grandes et de belles vertus en ce jeusne prince , le duc Charles ; et entre aultres choses loables , parcevoit-on en lui haulte magnificence de cuer pour estre veu et regardé en singulières choses. Tournoit toutes ses manières et
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ses meurs à sens une part du jour , et aveucques jeux et ris entremellés, se délitoit en beau parler, et en amonester ses nobles à vertu , comme ung orateur; et en cestui regart, plusieurs fois^ s'est trouvé assis en ung haut-dots paré ^ et ses nobles devant ly , là où il leur fit diverses remonstrances seloncq les divers temps el causes. Et tousjours, comme prince et chief sur tous , f ust richement et magnifiquement habitué sur tous. Donnoit à mesure assez , non en grant porcion , mes donnoit à beaucop d'ommes, 'et estoit assez d'amiable repaire ; mes fort vouloit estre servi de près. Au commenchement de son histoire, j'en ai assez largement parlé de ly et de son père touchant leurs vertus et leurs meurs. Si ne besongne point d'en parler arrière la seconde fois; si non que depuis ce temps là , il ait prises aulcunes nouvelles meurs, il siet bien d'en faire mémoire, quant encorre elles ne seroient point de los ne de perfection. Car aultrement sembleroit-il que je , en mon escripre , seroie ung menteur volun taire et ung flatteur , qui grandiroie ung homme par bourdes , et le feroie meilleur que homme et de plus haulte condicion , tout parfait , sans vice , qui poinct ne se treuve au monde.
Si donc je m'avance à réciter aulcuns de ses vices , à tiltre de bien , tant mieulx fais-je à croire, quant je fait narracion de ses vertus , pour en donner vraie cognoissance. Si dis de ly , et le dis par pité , que gens inutiles , en son premier règne,
ont eu approce de ly , et parquoi sa personne en a esté moins clère. Car volentiers on dist que le seigneur de tele et tele famille, qu'il a volentiers et prend tel ou tel ploy ; et attirent les meurs de ses serviteurs , costumièrement , les meurs du maistre à leur usage. Quand donc les cuers des serviteurs sont vicieux et tout esloingniés de noblesse , et ne visent qu'à rapine et à ordure, et à remplir leur sac sans peur et sans hide , et sans mesure et sans pité , com mal qu'il soit pris, certes , c'est une doloreuse perte et domage , 'quand le cuer d'nng noble prince se décline là envers , constraint par tele maisnie.