‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 35 sur 142 · CHAPITRE CCXCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXCV

Le nombre des morts de chevaliers de Tordre, et comment à ceste feste se trouvèrent ensemble les ambassades cy en bas nommées.

Depuis la feste tenue à Sainct-Omer par le duc Philippe , furent morls des chevaliers de l'ordre six, et desquels se fist ici le service. Le premier des morts fust le duc d'Orliens ; le second ,1e seigneur de Villerval; le tiers, le seigneur de Roye, le quatriesme , le comte d'Ariane ; le cinquiesme

1 ; et le derrain, le duc Philippe de Bour-

goigne, celi qui premier institua l'ordre.

A ceste feste , qui riche estoit et solemnelle , se trouvèrent tous ensemble, et assis par ordre et par degré, les ambassades icy dénommées.

Premièrement, et en front, un ambassadeur de nostre Sainct-Père , au plus haut bout. En après, de cemeisme reng, à la droicte main , un ambassa-

i. Lacune.

gO CHRONIQUE (^68)

deur du toy d'Angleterre ; tîerceinebf l'évesque de Verdun et le seigneur de Malicorne ; et du duc de Normandie, messire Charles de France , aveucques sa sieute , qui estoit grande et notable ; et quartement , l'ambassade du duc de Calabre , qui estoit notable aussi et de bonne estoffe.

A la main sénestrei, séoit en front ung chevalier de Valence, ambassadeur du roy Jean d'Arragon ; et en après séoit l'ambassadeur du duc de Bretaingne , moult noble aussi , et bien estoffée de grans gens , comme de l'abbé r...., ung vaillant clerc, et du président de Bretagne, aveucques un mont d'autres gens de grant estât et de grant monstre , et lesquels n'avoient jamès veu ceste feste tenir , ne les cérémonies d'icelle , mes moult la loèrent et en firent grant estime.

Et furent tous festiés ce jour , après la messe dite, en la maison du duc, magnifiquement et en diverses chambres , chacune ambassade en lieu à part , et à privé ; et tous , après le disner , furent menés en la grant salle où séoit le duc à table aveucques ses frères en son throne , et là où furent monstrées divers haultes magnificences , et lesquelles ne besongne à mettre par escript , parce qu'elles se donnent à entendre à part elles , par espécial en cestui jeusne prince en qui avoit la faculté et le pooir d'en faire autant que le cueur

i . Lacune.

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lui en pooit dire. Car en christienté à celle heure , n'avoit , ce eroy-je , qui tant fust plein et dru de tous biens comme ly, par succession de son père.

Se contretint toutefois en excès de boubans à ceste feste, et ne monstra pas ses rices trésors ne avoirs , que son père autrefois avoit monstres à festes samblables; car approchoit le jour de ses nopces , là où le desploy et le tout monstrer avoil lieu trop plus licitement que icy , combien que ce qui s'en monstroit estoit si grant , que ailleurs à peine en nul royaulme on ne trouvast si bien ne mieulx.

Longuement tindrent chapitre ces chevaliers de Tordre sur les colliers qui estoient à donner , et sur lesquels multitude de hauts et de vaillans chevaliers s'attendoient , et trop plus qu'il n'en besoignoit : car n'en y avoit que seipt vacans : et en trouvoit-on bien, par bon juste conte, une cinquantaine qui tous le valoient, et qui en estoient dignes. Car à merveille y avoit alors de beaux personnages et de grans seigneurs et de bons chevaliers ; messire Philippe de Savoie, frère à la reine de France, estoit l'ung des esleus , et lequel , par mal con tent du roy Loys de France , du mortel dangier en quel l'avoil tenu longuement en prison , s'estoit entièrement rendu et adjoint à ce duc Charles , pour vivre et morir aveucques ly , et pour estre de sa maison. Si en fist le duc grant feste, et s'en tenoit à bien paré ; car estoit chevalier de grant vertu et de grant fait , et le seul de la maison de

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Savoie , digne de réputation. Le seigneur de Montagu , et Toyson-d'Or aveucques ly , lui porta le collier , qui, haultement le recheut et à grant honneur. Pareillement en porta ledict seigneur de Montagu, deux autres en Bourgoigne , à deux seigneurs, l'ung au seigneur de Couces, ung vaillant noble chevalier , et de grant maison , et un aultre à raessire Jehan de Damas , seigneur de Clessy , ung bel jeune chevalier bien adressié et de bonne parade ; mes n'y avoit pas tant de mérite jà acquis pour si haut avenir , comme il y pooit avoir d'espoir sur le temps futur de bonne chevalerie : car jeusne estoit et n'avoit gaires veu encorres. Mes son personnage le fist avancier, aveucques faveur que le duc y avoit mise, et que l'apparence y estoit grant en l'omme , aveucques bon sens. Encores en restoit deux autres à donner : mes encore on les tint secrets ; et ne sçavoie à qui àl'eurede cestui escrire ,• parquoi je n'en parle plus avant , de peur que je ne faille , et qu'il ne loist ( convient ) soy fonder sur opinion non attain te.

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