CHAPITRE CCXCVHI
Comment le roy Loys au double assembla rans archiers plus qu'il n'estoitde coustume, et de son avis qu'il pris t.
Le roy doricques partout sonroyaulme, vueillant pourveoir encontre ses querellans , les princes dessusdits, et soi garnir de force et d'amis encontre l'effort des autres, jà de longue main avoit praticqué en tous endroits tout l'effort qu'il pooit mettre sus, tant de nobles gens que de communes. Et en effet , par tous les lieux de son royaulme là où on soloit lever francs archiers, il y assist de les lever au double nombre , plus que paravant. Si
en trouva ung bien grand nombre, bien jusques à cinquante mille , bien embastonnés et bien en poinct, avecques ses deux mille Jances ordinaires, sans les aultres qu'il pooit avoir par mandement de ban.
Comme doncques le roy savoit et entendoit que son frère, monseigneur Charles, ne se voloit nullement départir de la ducié de Normandie qu'il ne l'eust et emportast pour son partage , et que c'estoit le droict poinct de la destrain te de ce débat, à l'ung de non s'en vouloir passer et à l'aultre de non la voloir donner ne de s'en deffaire, le roy s'avisa , et sagement , de faire convenir les trois estas du royaulmeàTours; et par toutes les villes de son royaulme, meismes en Tournay , manda venir nombre de députés envers ly , de par Jesdictes villes, pour avoir avis aveucques eux, et conseil en faire et en laissier sainement et deuement en ceste matère. Si y furent envoyés et députés maint notable preudomme , et maint haut et noble clerc ; et mesmes tout Testât de saincte église y estôit semons et évoqué , par adjonction aveucques les nobles, lesquels tous s'assemblèrent à Tours, là où estoit le roy qui les attendoit, et avoit aveucques ly, son oncle, le roy Renier, roy de Sicile, \e conte du Maine, le duc de Bourbon, le prince de Navarre, le conte du Perche, le conte d'Angou* lesme, le duc de Nemours, et multitude de grans barons et de haulx hommes, auxquels et devant lesquels, au jour qui estoit ordonné et signifié,.
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leroy, en propre personne et de son propre sens , fist une très belle et notable relacion touchant ceste difficulté pendant présentement. Et comme ly de soi ne se vol oit justifier, ce sambloit, en sa. propre querelle et cause , ne soi arroguer d'en savoir bien faire , de propre sens , au meilleur expédient, protesta devant eux tous soi estre insuffisant ly de ly , et non ydone pour faire riens en ceste matère de propre teste , veu encore qu'elle, touchoit au bien universel de tout le royaulme, et k. sa perpétuité, et ly n'y avoit que son voyage ; dont, par en abuser , ne lui voloit ne ne devoit porter ce. grief. Si en demanda l'avis et le conseil à eulx tous en publicque, et leur mist en mains et en leur déterminacion cçste perplexe et très estroite difficulté de Normandie ; savoir : se pour guerre et tribu lacion fuir , et espargner effusion de sang çhrestien, il loisoit ( convenoit) mieulx accorder et bailler ceste ducié de Normandie à son frère, et en faire, desseyrexoent (séparation) de la couronne , ou, pour maintenir et continuer la coron ne en son entier, coro,me de long viel temps, prendre l'aventure de la guerre , par la refuser aux demandans ; car quoique son frère, monseigneur Charles, la demandast cpmme pour sienne , les deux ducs de Bourgogne et de Bretagne le demandoient en confort de sa querelle ; par quoi, non tant seulement cesle guerre regarderoit son frère à partly, mes les deux ducs, ses adjoints, les deux plus gros membres ^e France.
(i4«3) BE GEORGES GBASTELi A MS . loS
CHAP1TRB CCXCIX.
Comment le* nobles et les estas de France, après avoir oy la relacion du* roi, débattirent les conséquences et dangiers qui en pooient venir.
Geste remonstrance ainsi faite par 1% bouce du roy requérant avis, tous les princes et seigneurs, jà par avant informés de la nature du cas et conclus , nient-moins en responce pesèrent moult ceste matère ; et considérans à tous les grans dangiers qui y pendoient, misrent leurs contraires difficultés en balance de long jugement premier qu'entrer en l'estroit. Véoient la léauté que dévoient au roy et à la chose publicque de ce royaulme pour le premier liltre. Véoient à l'aultre lez l'affection et bon amour que porter dévoient à monseigneur Charles, frère iu roy , et appâtant héritier de la couronne , et de qui ils dévoient vouloir l'avancement et pervencion à ses bonnes fins. Véoient en oultre , et pour le tiers poinct , la grande et forte adjonction qu'il av oit en confort de sa cause des ducs de Bourgogne et de Bretagne, et par lesquels, qui ne le contenteroit en ses demandes à son plein appétit , ils'efforceroit encontre le roy, son frère , de s'en mestre au desseure réalement et de faicl. Et puis finablement , regardoient se ceste séparacion de la ducié de Normandie et de la coronne se faisoit, ce pooit tourner à
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grand grief et plaie à la royale majesté pour le temps à venir , et en contraire des anciens estatuts fais et gravement conclus pour l'universel salut de France , qui jamès ne se doivent rompre, Parquoi j tout considéré et tout argué et pesé , et venans à l'estroit de la vérité et de preudomie , sans faveur et sans haine , conclurent et respondirent tous ensemble que nulle riens sous le ciel , ne faveur ne affection fraternelle , ne obligacion de promesse, ne opportunité de donnison, ne de pourvision , ne peur ne menace de guerre , ne regard à nul temporel dangier qui sourdr ene mouvoir se peut à ceste cause , le roy ne devoit ne ne devroit acquiescer ne condescendre en ceste séparacion de la ducié, ne en son transport en main d'omme vivant que la sienne . ains devroit plustost mettre et sa propre personne et tout son roy a ul me en la disposition occulte de la main de Dieu et de fortune, premier que le faire ne consentir, pour maintes grandes et évidentes causes qui- là estoient déclairées et produites , non replicables et reboutables. Dont, et pour tant mieux donner au roy courage et ferme adhésion à leur tel conseil et avis , lui certifièrent tous d'une affection et d'une bouce , que mesme eux tous ensemble, et distinctement chacun en son endroit , pour donner effect et vertu à ce que porloit leur avis , eulx ils s'exposeroientet le serviroient de corps , de puissance, et d'avoir, de leurs femmes, de leurs en fans , et ne l'abandonneroient ne pour mort ne
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pour nul encombre de fortune ne de terrien dangier , quelque il peust estre. Si en fust le roy moult joyeux, et fort reconforté , comme raison le devoit bien ; car ce lui esloit une ferme seure poiente -, pour soi reposer dessus à celle heure.