‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 4 sur 142 · CHAPITRE CCLXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXIV

Comment le roi Loys tavoit ce qui se faisoit à la réception du duc , et comment il estoit marri de l'alliance d'Angleterre.

Or estoit le roi par-delà les marches de Touraine, etsavoitet ooit tout ce qui se faisoit par-dechà , et de Gand et de Malines et du tout , et du grand avoir et trésor que ce jeusne duc ici avoit trouvé par le trespas de son père, et comment Gand , après l'offense faite, s'estoit rendue à \y et à merci , et tout l'effect de ce mariage conclu , ensemble et du chevalier du conte de Nevers pris; car avoit gens qui tout lui mandoient et rapportaient; et meismes avoient les Liégeois devers ly tous les jours procurans sa deffense et sa protection encontre son envaye. Si fait à penser qu'entre toutes autres choses du monde, ce qui plus lui desplaisoit, c'esloit ce mariage ^ et non sans cause :

10 CHRONIQUE l*fà)

car a voir dire , il y pendoit un souverain péril pour ly et pour tout son royaume , quant oncques il n'a esté permis ne souffert , ne loisible aussi «à aucgn prince de desoubs la couronne prendre alliance en Angleterre , pour peur de la conséquence et des périls ; et là où cestui , par puissance et par non ascouter , ce sambleroit , à nullu y , print et quist alliance , se bon gré maulgré , pour soi porter et tenir roide ; et certes je dis bien alors que le cas fesoit à plaindre, que ainsi le convenoit faire, et que le plus noble et le plus digne membre de France estoit compuls de soi tant estordre, comme de soi allier aux perpétuels ennemis de sa parentèle. Dont, et se le roi en avoit dueil, non merveilles, quant moi-meismes je le plaignoie et doloie pour la fin future. Toutefois et au roi et aux hommes le convenoit porter , fut bel, fut laid. Car encontre puissance qui ne se peult répugner , n'a point de loi qui y puist servir. Le roi toutes-fois , et à bon titre , machina toutes les voies depuis , si comme vous orrez , pour rompre ce mariage, et en l'entendement seul pour le grief qu'il y senloit pour le temps à venir. Mes ce fut trop tard : ly meismes , comme j'ai dit , n'a gairesen avoit esté cause ; et à cause de ly et par ses faits et paroles qui ainsi se portoient, cestuy Charles, maulgré lui quasi et par ung despit , print l'alliance laquelle il eust quise et prise en France, qui l'eust volu traiter par bel et le recognoistre. Mes le temps portoit ainsi alors, et Dieu souffroit à deux jeusnes fiers

(1467) °B GEORGES GHASTELLAIN. 1 l

princes et puissans tous deux user de sa volenté et de ses meurs en propre franc arbitre, et lesquels souvent en commun affaire estaient incompatibles; l'un voloit l'un , et l'autre voloit l'autre, et/tout par inconvénient de peu d'amour et de peu de raison et de malvaise maisnie (suite) , qui n'ose ou qui ne veut un prince corrigier ne reprendre en son fourvoy ; ains lui conseille chose de meschief et de honte , et le boute en folle œuvre tout oultre. L'entende chà et là qui peult, mes les rois et les princes ont des passions souvent et des vices en eulx , lesquels, s'ils les voloient rompre , en ensievant leur estât , le monde et eux vivroient en paix , et le povre peuple à leur exemple.

Page 1