CHAPITRE GCCI
Comment le connestable, après le retour dudit parlement, se vint tenir à Boliain et des diverses opinions qu'on avoit alors dudit connestable.
Apres ce parlement fait et tenu à Tours, Je conte de Sainct-Pol, connestable de France, au retour dudict parlement, se vint tenir en sa maison de Boliain , sur les marches de Picardie , et disoitpn communément, entre les aulcuns, que c'estoit pour venir aux nopees du duc de Bourgongne; car le temps qui estoit constitué pour la feste , approchoit fort ; et par ainsi , pour estre tant plus tost près, se vint tenir près* du lieu. Autres disoient que c'esloit pour pourveoir aux dangïers qui pooient escheoir sur la frontière, tant des Angles comme des gens d'armes du duc : car le temps
108 CHRONIQUE (i4<j$)
éstoit plein de rumeur et de ruine alors entre le roy et ly pour les alliances que avoit prinsés avecques le roy Edouard d'Angleterre , ensemble avecques son frère monseigneur Charles et le duc de Bretagne. Et croy bien que ceste raison esloit bien plus évidente que la première , sauf toutefois que ledit connétable , com bon etléal qu'il fust pour le roy et pour ses affaires , si voloit-il nientmoins différer la guerre toujours, et estre moyen de la . surseoir entre eulx par toutes labeurs et diligences faisables et responsables ; car aimoit les deux parlis et les bonoroit, l'ung pour l'onneur et le grand estât qu'il y avoit, et qu'il y avoit son serment, l'aultre par nature qui l'accusoit de ce faire; car y avoit esté né , eslevé , nourri et parcreu , et y avoit tous ses enfans et tout le plus bel de sou vaillant, et dont il estoit homme et subject du duc, aveucques encore longue nourriture et privée amour qu'il eust longuement, en servant le duc Charles , le duc Philippe, son père, encore vivant. Parquoi le soin et la cure lui dévoient bien estre grandes, en acquittant son honneur et devoir à tous lez, pour procurer le bien entre tous les deux, par Je moyen duquel la guerre peut tousjours demorer suspendue et délayée : car sage prince esloit, et merveilleusement actif, et de grand labeur en difficiles affaires.
(i468) DE GEORGES CHASTELLAIN. 109