CHAPITRE GCGXL
Comment le duc de Calabre, après le trépas de D. Pierre de Coymbre , rat esleu par les Catellans roi d'Arragon.
Le duc de Calabre, qui estoit sage prince et sievoit les trains de son père le roy de Cécile , icel y aussi avoit esté et estoit delà conjurison des princes ensamble dès la première esmeute , et avoit esté à Conflans confortant et conseillant monseigneur Charles, jà devenu duc, et grandement de l'amistié et dilection d'iceluy, par amour et service monstre, et estoit et avoit esté un des principaux de la ligue, obligié par promesse et par sceau. Mes maintenant recouvert, et réacquis de la part du roy , par alliance de mariage qui se fist de la fille du roy , née à Gcneppes, en Braibant> et de son fils, le marquis du Pont , icely duc de Calabre , neutriant entre la faveur de çà et de là , et pesant durement le péril de la guerre qui se préparoit , mettoit plus peur aussi en la ruine des deux parties par complaintes , que samblant de condescendre ennemy à qui que ce feust, cuidant mieux faire. Mes si bien lui en prist, que tant avoit cause alors d'entendre ly-meismes à ses propres affaires , que de ceulx d'aultrui se pooit tant mieulx excuser et soi dissimuler. Car les Catelans * , par le trespas de Dom
1 . Georges Chastellain confond ici les Catalans avec les Chroniques. T. XLIIJ. — G. Chastellain III.. Q
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Piètre de Coïmbre , l'avoient prestement esleu leur seigneur et leur futur roy d'Arragon , en grand préjudice du fils du conte de Foix, qui s'attendoit à la coronne de Navarre , parce qu'il estoit fils de la seur du roy Jean d'Arragon et de Navarre , que ledit Dom Pierre voloit impugner par hoirie ; et jà , par l'ayde des Catelans qui rebelloient et héoient ledict roy , estoit en possession d'une grande part du royaulme et delà seigneurie de Catheloiogne ; et fust parvenu jusqu'au parfaire , se ne fust la mort qui le vint prendre , jeusne homme et en son premier vol, comme tous ses aultres frères , qui tous estoient morts en grand jugement du monde de pooir devenir haulx hommes et de grantfaict.
Comme doncques Catelans cecy vissent et considérassent, que de ce viel roy , le roy d'Arragon, naistroit guerre et tribulacion, après son trespas, entre divers prétendans à la couronne d'Arragon et de Catelongne , et qu'ils véoient et savoient ce duc de Calabre , estre prince de vertu , prince de la sommité des fleurs-de-lys, grand, sage, moult expert et bien esprouvé en grans fais , et futur roy de Cécile , et d'aultres royaulmes et seigneuries, s'avisèrent de l'attraire et de l'avoir vers eulx ; lui donnèrent et monstrèrent tiltre de droict en la
Castillans. Il ne s'agit pas de la couronne d'Arragon mai» de la couronne de Castille et de Léon.
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vraye succession, et lui promettant service et assistence , l'affectèrent et postulèrent en seigneur; parquoy ly il s'accorda et se paroffrit à leur demande , à juste cause. Et par ainsi doncques, ce duc de Calabre , combien que le faict de ce royaulme lui compétoit et touchoit en général comme aulx aultres en cestuy présent temps , son propre privé fait toutefois, et encore si grant et de tel pois qu'il estoit, le pooit bien excuser aussi, et lui donner grasce et lieu d'entendre à sa nécessité particulière.
Et en toute telle cause , comme je samble voloir excuser cestuy duc de Calabre , par neutrier en ceste division , tout en pareil puis-je et dois faire du conte de Fois, qui avoit la menace des Cattelans en barbe, pour desfaire son fils, et lequel oncle avoit assez à veiller à son propre creteau , sans soi mesler des divisions des aultres , et dont , il ne véoit nul remède. Pareillement , le duc de Nemours , conte de La Marche , qui estoit de la privée con jurison , et avoit esté à Gonflans , plaintif a veucques les aultres, et fort adjoinct aveucques le comte de Charollois , icely fortrait maintenant de celle affection de Bourgogne, par le roy qui l'avoit regaigné sagement , dissimula lousjours en ceste murmure; et sans déclarer ne trop bayne ne trop faveur nullement, contenta à mieulx que pooit les deulx parties. Si n'estoit-ce pas sans peur pourtant, et sans grand sens en si dangereux affaire : car le roy > par semblant , 9e deffioit alors
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de tout le monde , et n'y avoit nulle rieûs alors plus périlleuse de ly pour donner mort ou ruine.