CHAPITRE CCGXII
Comment le comte d'Erminac , pour refus que loi fist le duc lui donner sa niepce, se retourna contre la maison de Bourgogne.
Lis conte d'Erminac aussi , qui avoit esté de la ligue des aultres , et avoit esté à Conflans le plus de tous mal appoin table, icely estoit jà tout retourné et changié de corrage, par argu et par indiffnacion contre Ja maison de Bourgogne , pour cause que le duc Philippe, jà trespassé, lui avoit refusé sa niepce , damoiselle Jehenne de Bourbon, belle-seur au conte de Charollois; et lequel ^ en pareil cas, en fist refus aussi , nonobstant toutefois que la ducesse de Bourbon , sa mère , et son frère le duc de Bourbon , le voloient et le désiroient. Et à ceste cause avoient envoyé notable ambassade devers le duc, et non moins devers la damoiselle , pour l'enhorter et informer de leur voulenté; laquelle oncques n'y voult condescendre pour se voer plustost à Dieu , en religion, toutte sa vie. Meismes le duc , son oncle , lui avoit dist qu'il la.mettoit purement en son franc arbitre, de faire et de lessier , et d'obéir à père et à mère , et qu'en riens ne la voloit rompre ; mes fist d'elle ce qu'elle voulsist; mes de son gré ne par ses
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bienfaits , elle ne l'aroit jamès ; mes par faire à son gré et par son conseil, et demorant par de chà, il pourverroit d'elle , si bien que pour suaire. Si en respondist la damoiselle si sagement , et bien au gré du duc et du conte , son beau-frçre , qu'ils en eurent joie, et elle honneur; et les aultres furent tous confus. Et en à part tentèrent la damoi^ selle, et lui dirent des dures parolles , auxquelles elle n'accoustoit gaires ; car elle se sentoit avoir bon garant ; et pour morir , ce disoit bien , ne le prendroit. C'est ici doncques la cause pourquoy le conte d'Ermignac se monstra animé vers la maison de Bourgogne , laquelle il menaça depuis de mainte felle menace , reniant Dieu à bras tournés, qu'il venroit courre le pays de Picardie et de Haynaut , piller, rober, et bouter feu, prendre et tuer et mettre tout à sang, jusques aux portes de Flandres , en despit de tout homme. Mes en son dire n'avoit pas tant de péril ne si grand, fors comme à le mettre à effect. Aussi les meuaciés par de çà n'en firent gaires grand pois , si non de rire : et le menaceur savoit peu et mal cognoissoit ce dont il se vantoit. Toutefois , s'il eust pu mal faire , et que le trouble fust allé avant , ainsi qu'il se disposoit, il se fust monstre dur ennemy , et eust faict du mal ce qu'il eust peu, que Dieu toutes-fois ne souffrisl poinct pour celle heure , et si n'eust poinct la belle fille.
Ainsi doncques , comme j'ay dict par cy-devant que tous les princes de France , par ceste année
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de soixante-buict , estoient tous entrepris et peiv plex diversement en ceste discorde qui estoit entre le roy et son frère pour la ducié de Normandie , et entre le roy et le duc Charles , pour cause des terres sur Somme , lesquelles il voloit rappeler , mesmement , et pour ce que le duc Charles adhéroit et confortoit son frère, monseigneur Charles , or estoit le bras de son orgueil , et de son fort , ce lui sambloit, en son conpère. Ainsi doncques le roy estant fort , et les deux autres parties fortes et fières , et que le moyen ne se pooit trouver de nul lez , pour y mestre accord , ne restoit , ce sam-» bloit , fors que Tassamblement se fist de quelque maie aventure, là où toute la gloire de ce royaulme fust tombée en confusion par bataille , et dont le vainqueur, quiconcques eust esté cely, eust porté meismes la malédiction de sa bonne aventure. N'est pas de merveilles doncques , se les nobles princes dessusdits , mesmement tous les aultres vaillans et preudommes de ce royaulme, voyans telle bruine sourdre et de telle griève importance, qui est commune, avoient les cuers estrains de peur et de soing , là où de tout le sens qui estoit en ce royaulme , ne se pooit trouver ne ouvrir voie par quoy la peur du mal à venir en eust esté dehors, sinon par Dieu seul.
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