‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 53 sur 142 · CHAPITRE CCGXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCGXIII

Comment le duc Charles assembla gens et les mist devers Saint-Quentin,

Gomme j'ai dict doncques , toute ceste année se continua pour la plus grande part en murmures et en menaces , tant de çà que de là ; et en hongnant et grognant , chascun se pour voy oit de son affaire , et n'y avoit nul qui se loast l'ung de l'aultre ; car tous deux se tenoient à foulés , le roy et le duc, et berguignans l'ung l'a ultre, chascun craignoit son compaignon, le roy le duc Charles pour ses alliances aux Angles et au. duc Breton, et le duc Charles le roy pour sa puissance , qui de lui dépend d'avoir toute France en son contraire. Car à bien peser le cas , quelque alliance que ung duc de Bourgogne , ou aultre prince, poroit avoir pour mener guerre à ung roy de France , si est-ce chose difficile et dangereuse de l'emprendre, et non pas sans le peser beaucoup, considéré encore en ce temps là, là où l'effect de la guerre des gens d'armes de France gisoit tout en règle et en ordre praticque , avec continuel exercice et continuacion du mestier. Or avoit le duc Charles de longue main pourveu en son faict ; car savoit bien que armer lui convenoit sur la fin de l'esté , tant pour soi munir contre l'invasion du roy , comme d'entretenir et mestre à effect sa promesse à mon-

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seigneur Charles de France , et le duc de Bretaigne. Si avoit parlé de bouce à pluiseurs de ses anciens capitaines, affin de eulx pourveoir de gens; et aulx absens avoit envoyé mandemens de eulx mettre sus , et à aulcuns de eulx mettre sur les champs , et de eulx logier et traire devers Sainct- Quentin ; et de quoi ceulx aussi de Sainct- Quentin condampnèrent et cloirent toutes leurs portes, réservées deux , de la peur que en avoient ; car ne se sentoient poinct en grasce du duc. Si en eurent telle crainte qu'ils ne savoient que faire , et souverainement pour ce que la voix portoit que toute l'assamblée se devoit faire entour leur ville. De ces gens d'armes doncques, qui tenoient les champs longuement devant que le duc mist sus sa grande armée , et dont les ungs estoient et logoient du costé de deçà Somme , et les aultres de delà, comme en frontière encontre les gens du roy qui là gisoient près , aussi le peuple et le plat pays autour avoit beaucoup à porter et à souffrir , et s'en dotaient fort les povres gens des champs. Mes les matères de l'année portoient , ainsi que faire le convenoit, et souffrir en failloit pour plus grand mal éviter ; car mieulx vaut porter et tolérer plaie sanable et particulière , pour temps et terme, que générale et non jamès garissable , et dont la perte dure à tousjours.

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