‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 6 sur 142 · CHAPITRE CCLXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXVI

Comment le duc entra dans Malines , et de la pugnicion qu'il y fît.

Partant donc de Brusselles, vint à Malines à très grand chevaucée de nobles hommes de Braibant, lesquels chevauchent volentiers tout armez d'aubergeons et font porter chapeaux de fer et arbalestres après eux, par quoi ils samblent estre prest à demi pour guerre , toujours allans de ville à autre. Si en estoit le duc tant plus fort et plus quoi , atout (avec) famille seulement de son hostel. Mes si n'y avoit-il noble homme en sa maison qui ne fust armé en couvert sous sa robbe, de peur des aventures; et avoit encore trois cents combattans de crue avecques ly du païs de Hainaut , couvertement armés aussi. Entrant donc ainsi en sa ville, y avoit maint cueur d'homme qui trembloit de peur par espand des mauvais qui avoient fait la heurée ; car doubtoient fort leur punicion devoir estre dure; et n9y pooient mettre résistance , car la force n'estoit point en eux. Si se logea le duc en son hostel

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apprimes ; et de celle heure en avant fit faire diligente «nqueste des esmoveurs et susciteurs des maléfices perpétrés et des noms et des personnes et des actions et causes qui les esmôvoient ; et furent le chancelier et tous ceux du grand conseil tant seulement empe$chés en cestui affaire ; car le duc y voloit monstrer sa vertu et son jugement, et y aller par justice à pois et sans excès. Si fut la chose attainte, avecques ce que les notables de la ville etceuxmeismesdelaloy les accusoient, qui par avant la venue du prince n'eussent osé mot dire.

Comme doncques ils furent atttairis et sceus qui et quels , furent tous appréhendez l'un après l'autre et mis en forte garde ; et après pleine informacion de leur cas , fut fait leur procès juridiquement, à chacun seloncq son démérite; dont les aulcuns furent condampnez à rechevoir mort , et aulcuns à estre bannis et expulz à toujours, et aultres aulcuns à amendes civiles et pecunièles, en restor- çt en réparacion des domages à qui on les avoit faits. Si furent toutes ces sentences exécutées et mises à effect ; et fut ung hourd dressié en my le marcié , devant le duc , là où les condamnée dévoient morir sus ; et croy qu'il n'y en avoit que ung de tels; lequel, comme il eust les yeux bandés, et estoit mis à genoux à mains joinctes et l'espée tirée hors du fourreau, le duc qtti avoit celé son corrage jusques alors , fit contretenir son cop ail borreau, et lui escria> disant : * Gesse », qui

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ainsi le fit et cessa, et alors ly dist : « Desbendez-ly les yeux et le lièvez » . Si le fît ainsi ; et le cuidant aidier à lever ne peult oncques, tant estoit l'autre mort et ignorant de soi-meismes.

Si estoit merveilles alors d'oyr les bénédictions que multitude de bouces idonnoient et clamoient au duc de sa miséricorde , fondamment plorans comme tous aultres. Si estoit ici la première singulière œuvre que le duc monstra après estre devenu duc ; et croy , et le tiens pour vray , que se Gantois se feussent bien portés envers ly à son entrée , il leur eust montré bonté encore plus grande et plus singulière , non pas en nature de remission , mes en excellence de largesse et de grâce , pour les gaignieret vaincre. Car à l'avenant que c'est trop plus grand chose de Gand que de Malines , eust-il convenu faire et monstrer singulière geptillesse. Or firent-ils tout au rebours; dont tout au rebours aussi leur en est pris; et l'ont bien senti depuis, et en Singulière roideur , comme ceux de Malines en douceur non espérée ; et me parceus de lors que le cœur lui estoit èd hault singulier propos pour le temps à venir,et pour acquérir gloire et renommée en singulière œuvre.

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