CHAPITRE CCLXVI1I
Gomment le duc print à coeur d'un gentilhomme que Liégeois avoient
fait morir.
Cestuy recommenchement de guerre des Liégeois, qui tant avoient esté battus et calamités, fut empris de male-heure et de malvais sort pour eux, combien que ils le cuidèrent tout autre. ,Et peu certes fit pour eux, mes ung très doloreux exploit, qui oncques leur en donna le conseil ne le hardément de l'emprendre; car pour avoir esté bat-r tus et navrés ils en entreront en dure mort et en perpétuelle perdition. Et ^insi va-il aux oultrageux fols en propre et malvais conseil ; et qui cuidçnt vengier leur honte, et ils accroissent leur dpeil. Etdesja , paravant la mort du duc Philippe, nonobstant tous traitiés faits entre \y et eux de la
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ruyne deDinaot, el que leursostages, leurs plus nobles du pays , estoient en la main du duc , pour les, pooir faire morir quand ils recommenceraient aulcune chose de novel, si avoient-ilprinstoulefoisde- .
puis un gentilhomme nommé 1 et l'avoient
estç quérir dedens le pays de Luxembourg, là où il estoit allé demorer pour refuge et ne s'estoit volumeslér de leur malice. Si Festoient allé querre à force y et lui imputèrent trayson, disans qu'il avoit esté contre eulx en favorisant au duc ; et le mirent en torture et le tourmentèrent piteusement, et enfin toutefois le décollèrent. Mes bonne espasce y avoit entre deux; et ne le firent point tant que le duc Philippe vesquit : car sans remèdç s'il eussent eu nuls ostages et aussi bons que les meilleurs, si les eust-il tous fait morir par re venge, ne tout 10 monde ne les eust sceu sauver ; et combien qu'ils le firent morir après le trespasdudit duc et du nouvel règne de cestucy, si le firent-ils, avecques aultre inconvénient plus grand encore comme de ceste ville de Huy. Par quoi du moindre cas ne fut pas esmeute la guerre contre eux, fors du tout ensemble ; ,et estoit bien l'intencion du duc de vengier la mort du pauvre gentilhomme par une dure amère verge : aussi fit-il. Si n'en esjtoient point toutefois les ostages sans peur, mes eussent volu estre morts pour en avoir passé la peine. Et se d'a-
i. Lacune.
venture on voloit demander se Liégeois, après avoir tant sentu et cogneu la puissance de la maison de Bourgoigne, ont resmeut cette guerre de propre orgueil ou à incitacion d'autrui, il loist (convient) voiraient bien respondre à la question , veu que le vrai apparant y est que, de Tune ou de Tautre manière eft par Tune des deux voies, elle a esté recommencée , et peut-estre par toutes les deux : car fondamental orgueil y a esté toujours en toutes leurs emprises, et légière oreille ploiant à aultrui conseil , dont l'espérance leur a esté vaine. Or faut-il sçavoir, et aultre part en tous leurs affaires en ai-je touchié assez, que seulement dé la peur et vieille haine que Liégeois ont portée de tout temps à ceste maison de Bourgoigne, qui seule leur pooit faire oppression , de tout temps aussi et tout anciennement ont quis et requis le roi de France à es tre leur protecteur; de temps en temps, comme à leur seul refuge ont hanté le roi à la court, et là ont eu et mis en main tous leurs affaires, Meismes ou couronnement du roi Loys, entrant dans Paris la première fois, furent devers ly pour avoir leur sauve-garde renouvelée, laquelle ils obtinrent envers tous et contre tous, sans nulle exception, ne duc de Bourgoigne ne duc de Bourbon , qui tous deux avaient question à eux , celi de Bourgogne pour son neveu, l'évesque, à qui ils estaient rebelles , et le duc de Bourbon pour ce que l'évesque estoit son frère, à qui il devoit favoriser , en lui portant aide. Si en furent Lié-
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geois orgueilleux durement et moins acoutans au duc de Bourgogne; lequel toutefois en parla hautement au roy dedens Paris, et comme en son lieu est escrit; et fut la première chose dont ils se percheut que le roy recognoissoit mal son service ; et y eut de grandes paroles que ung roi de France voloit porter un grand tas de malvais orgueilleux vilains, pleins de desraisons et de malvaises œuvres , contre son propre sang , les plus grans de son throne , et encore en malvaise cause* Toutefois, ce qui estoit fait demora fait, et ne fut autrement à celle heure. Mais cely de Bourgoigne disoit bien qu'il n'y avoit protection ne sauvegarde, pourquoi il feist ne laissast ung Poitevin ; <piand il se sen droit de leur orgueil, ils se senti-' roient aussi de son courroux, si amèrement que jamès sauve-garde ne venroit à temps pour les rescourre. Et les meismes mots il les dist au roy ; et depuis réalement il les mist à effect, tout ainsi qu'il les avoit prononciez , et leur monstra fier visaige, et les chastia de poingnant dure verge, et tout Tenviron d'eux; et parquoi tous-jours allèrent et envoyèrent devers le roi pour remède, qui oncques autre chose n'en fist que donner paroles et lettres qui les envoyèrent et boutèrent en fol cuidier, et sur lesquelles ils persévérèrent en leur erreur et leur malvaise apprise, et tant que quatre voyages en sont ensiévis sur eulx, les plus grands de la terre, en cinq ans.
Le premier que fist le comte de Charolois, main-
tenant devenu duc, à son retour deConflans , là où il les compressa telement , et les mist en telle peur que ils renoncèrent à toutes sauves-gardtes, protections , alliances, promesses, obligations scellées et jurées, et quelconques elles pooient estre faites au roi ou de ly reçues ; et meismes rendoient et restituoient tout ce que avoient de lettriage du roi touchant ce ; et prindrent le duc de Bourgogne comme duc de Brabant, leur perpétuel avoé,à som- , me de florins par an de tribut et de rente ; promirent de eux maintenir paisibles désormès et de rechevoir leur évesque paisible, et de donner deux ou trois cents mille florins de Rin pour réparacion et amende : toute laquelle chose, sitost toutefois que le voyage fut rompu,ils rompirent aussi ; et recoururent devers le roi plaints et dolents, et aussi près de mal faire comme jamès, qui arrière trouvèrent confort de paroles teles que paravant et promesse de les assister ; dont oncques toutefois nefinèrent ne ne vindrent à l'effect, jà soit ce qu'il y çn eust des grandes apprestances faites , et que Ton disoit que grande puissance de Francbois les venoit secourir; mes oncques n'y sont venus; et s'ils ont esté en chemin si sont-ils retournés.
Le siecond voyage si fut quand le duc Philippe y alla, et son fils avec ly, mettre le siège à Dinant , laquelle de ce voyage fut mise à ruine et extermination, l'an soixante-six, et de quelle ruine Liégeois furent si esperdus en la cité et partout le pays , que tous cuidoient venir au meismes de Di-
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nant, esvanouye. Et en cestapeur, arrière seconde ibis renonchèrent au roi et à toutes ses faveurs,, et se offrirent encore en plus grant servitude que de-' vânt, et en plus grande réparacion faire; et les prist le comte de Charollois au nom de son père en nombre de vingt ou de vingt-six mille en ung tfrop-* peau à mercy sans les combattre, là où toutefois les atchiers estoient jà descendus à pied et prestspoun envaïr. Mes le comte, obéissant à merci et à pité du pwre fol peuple, quieust esté dévoré, celuisambloit, et parce que aulcuns les plus notables de la cité gisoient en terre à genoux devant ljf priant pour eux et disans : «0 noble prince , il vous plais* » à ce payre troppeau de brebis , qui est là devant » vous et qui est en vos mains dévoré , lui donner » vostre merci et miséricorde ; ils ne scèvent qu'ils » sont ne de quoi ils se présument; et pour ta » sainte digne mort de Dieu , veuillez eh avoir: » compassion ». Si vous dis bien que le comte en eestui destroit, estoit en dur parti pour bien en savoir faite et laissier par conseil ; toutesfoiç ii les laissa et les espargna ceste nuit par le conseil «du comte de Saint-Pol , connestable de France ; <*àr la nuit estoit sur mains , et le comte n'a voit nulle artillerie emprès ly. Secondement, et sur toutes autres, la cause pourquoi il les laissais plus, c'estoit que le matin il leur avoit donné et accordé le jour franc pour eux retraire ; par quoi se maintenant il les eust envahi , il eust failli en sa parole et en sa promesse ; mes eux-meismes tou-
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tesfois ils faillirent , car ils dévoient s'en retourner tout le droit chemin, et eux au contraire vindrent logier tout au plus près de ly en un fort villaige , comme pour dire : « Nous vecy ». Si se despita le conte de Gbarollois durement de sa parole du matin, laquelle toutefois n'osoit enfreindre ; et se crucifia de quoi il les Falioit laisser aller sans combattre et de quoi il ne seroit jamès après sans regret. Aussi ne fust-il ; car la ribaudaille meismes, aussitost qu'ils furent en leur ville, s'en mocquè-^ rent et dirent qu'il ne les a voit osé combattre. Le duc Philippe aussi, qui à ceste heure estoit en Boùvines, s'en crucifia à l'autre lez, de quoi son fils les avoit laissiés aller saufs; et eust volu pour ung grand avoir qu'il y eust esté; car le voyage estoit sien et y estoit en personne , mes non audit lieu; et nonobstant* on tes- fois ceste seconde humiliation faite , et qui estoit à feu et à sang et à merci priée et donnée, et à renonciation du roi et de tout le inonde , quant cette seconde armée arrière a esté rompue , et que l'on cuidoit estre paisible avecques eux, et avoient bailliés leurs ostages en grand nombre, les plus nobles du pays et les plus enfants de bien, si recoururent-ils prestement arrière au roi par messages et ambassades, et lequel toujours en la forme que devant les entretint et paya, à tel fruit comme les autres fois , sans leur donner garant.
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