‹ Chronique des ducs de BourgogneChapitre 88 sur 142 · CHAPITRE CCCXLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXLVI

Comment les deux ambassadeurs du roi furent délivrés.

Or venons à la délivrance de ces deux seigneurs ambassades du roy, maislre Jacques Spontin , seigneur de parlement , et Guillot Pot , bailli de Vermandois, frère au seigneur de la Roce estant lez le duc , chevalier de son ordre. Le duc Charles doncques avoit fait préparer son dois de cinq degrés de haut , et sur icellui sa chaire , toute cou* verte de rice drap d'or soubz un ciel de mesmes, et Tembas du marche-piés, tout aussi large que le charpentier l'avoit fait , estoit couvert de velours noir, descendant de degré en degré , qui estoit le plus haie , ce disoient aucuns , et le plus fait en élacion qui oncques avoit esté veu jusques à ce jour ne à empereur ne à roy. En icellui doncques pompeux et rice throne , s'assist le duc Charles, tout avironné des estas de sa maison , par divers degrés , et là où les princes et les hauts barons avoient leur siège propre, et les chevaliers et escuyers, chacun en destinée assiéte ensemble, et les prélas et la chancelerie, leur députacion et ordre. Là vindrent donc et furent faits entrer ens les ambassadeurs du roy , accompaignés du seigneur de Créqui; et venus jusques au banc qui estoit or-

donné pour eux , se mirent en genoux et saluèrent le due : lequel, sans mettre main au chapeau , tant seulement les niqua de la teste, leur faisoit signe de eux lever, qui assez tost le firent aussi ; et ne s'en faisoient gaires prier , car assez savoient de leur estre et de leur devoir faire j et ne prindrent pas bien en gré si peu d'amour et de révérence monstrée au roi leur maistre , donl ils estoient délégués devers ly, pour bien de paix encore. Si s'assirent sur leur banc , front à front de ly ; et là assis , le bailli de Charolois , chief du conseil , nommé maistre Guillaume Gonnel , commencha à répéter devant lesdits seigneurs, les poins et l'effect de leur ambassade , pourquoi ils estoient venus ; et comme il les eust déclairez sou ftisam ment , et lors où il séoit à rendre responce point sur point , le duc mesme anticipa les paroles , et dist au premier point, qui touchoit les offres : Que les offres que le roy faisoit et faisoit faire , n'esloient ne valables , ne souffisans , ne raisonables , ne recevablés; car les domages qui a voient esté fais ne se povoient radoubler ne recompenser au pris de leur importance.

Au second poinct , qui touchoit l'entretenement de Péronne, il respondit et dit : Que le roy, tout de gré et voluntairement . avoit enfrainct ledit traictié par avoir porté soustenu et receu en dedens ses havres et pors le conte Warwyc , son ennemy , et lequel , par forme de guerre , avoit fait faire ledit dam m âge sur ses subjects et pays; et ce nonobstant

toutefois, et qu'il le savoit toujours, lesoustenoit et confortoit en son royaulme, en grand grief et confusion de ly et de ses pays ; que faire toutefois ne devoit , car estoit directement en contraire et en despection dudit traité de Péronne ; et par ceste cause, il monstroit et arguoit que son offre en cestui endroit aussi n'estoit acceptable ne vaillable. Sur ceste response Guyot Pot , bailly de Vermandois , homme haut et bien en parolle , se leva et dist : « Monseigneur, véez cy unes lettres-pa- » tentes que le roy m'a envoyées novellement de- » puis moy estre venu ici, lesquelles, s'il vous plest » les veoir , vous les porez faire lire devant tous ; » si sarez et orez leur effect , et ce que le roy mande » par icelles. » Le duc alors fit prendre lesdictes lettres et les lut à part, et depuis les fit lire tout hault et publiquement, et lesdictes lettres leules, ledict Guiot Pot, soy ruant en genoux, dist : « Or, Mon- » seigneur, vous avez veu et oy ce que le roy me » donne et mande , et comment , pour avoir votre » amistié, il veut que je vous offre tout ce que vous » vouldrez, touchant l'appoinctement fait entre ly » et vous; et que toute telle forme et manière » que vous le sarez et voudrez deviser , que je le » vous offre et passe tout autel et en tel viguer » comme s'il y estoit en personne. » Et le duc respondit de rechief , et dist : « Et je vous ai dist une » fois que ne vous ne ly ne pooez, et que ce que vous » offrez n'est pas recevable, pour cause que ne le » poriez restaurer ne satisfaire. » — «Et comment,

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» ce dit Guiot Pot alors, Monseigneur, et comment » cela? N'est-il point au roy de pooir réparer et » faire restorer le dammage que vous alléguez, et » qu'il ne fausist qu'à cause de celymeschef guerre » ettribulacion sourdisse en vous deux, qui toutefois » vous offre à faire toute raison? Eh ! Monseigneur, » toutefois l'on feroit bien la paix d'un royaulme » perdu et de cinq cens mille hommes morts en » sang, et ne poroit-on faire réparacion doncques » d'un petit meschief particulier qui ne pend qu'en » vostre volenté privée. Monseigneur, le roy et vous » avez juge par desseure vous deux. Leroy fuit la » noise et la guerre, et vous offre paix et amisté et » réparacion de toutes romptures; se vous ne volez . » entendre à raison , et que aultrement en ensie- » vist cy après qu'en bien, ce ne sera point à sa dé- » faute. » Et alors le duc tout animé, cesambloit , et en argu , respondy et dist : « Entre nous Portu- » galois avons une coustume devers nous, que » quant ceulx que nous avons tenu à nos amis se » font amis à nos ennemis, nous les encommandons » à tous les cent mille diables d'enfer. »

Chroniques. T. XLIII. — G. Chastellaiit. 111. 1D

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