‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 1 sur 144 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Après rincomparable épisode de Jeanne d'Arc, la merveille de notre histoire et l'expression sublime de l'âme du peuple de France au moyen âge, la résistance du Mont-Saint-Michel aux Anglais, pendant les trente-trois années que dura leur domination en Normandie, de 141 7 à 1450, est certainement un des faits les plus saisissants et les plus glorieux de nos annales au xv^ siècle. La première campagne de Henri V sur le continent est de 141 5, mais le conquérant s'était alors contenté de prendre Harfleur; son apparition n'avait été, pour ainsi dire, qu'un éclair bientôt suivi du coup de foudre d'Azincourt. Le i^'' août 141 7, le roi anglais débarquait devant Touques et reprenait, pour la poursuivre cette fois sans interruption et l'achever entièrement, l'œuvre, à peine ébauchée deux ans auparavant, de la conquête de la Normandie. Inaugurée par la prise du petit château de Touques, continuée par la reddition de Gaen le 4 septembre 1417, de Cherbourg le 29 septembre de Tannée suivante, de Rouen le 19 janvier 141 9, de Gisors, huit mois plus tard, le 17 septembre, l'occupation du du-

ché était consommée avant la fin de 141 9. Cette seconde campagne où les talents militaires de Henri V avaient triomphé d^efforts parfois héroïques % mais toujours isolés 2, s'était prolongée pendant deux ans environ. Tel en fut le résultat que la domination anglaise, après avoir poussé en avant, du nord au midi, du couchant au levant, ses ondes victorieuses, finit par couvrir en quelque sorte la Normandie tout entière; et le roi de France, le débile Charles VI, n'aurait conservé dans cette grande province aucune parcelle de territoire, si ce flot de l'invasion n'était venu se briser, comme la mer montante lorsqu'elle se précipite sur les grèves d'Ardevon et de Beauvoir, contre le rocher du Mont- Saint-Michel.

Ce rocher escarpé dont la célèbre abbaye couronne le sommet était devenu, surtout depuis le milieu du xiv^ siècle, une véritable place de guerre. Capitaines de cette place en même temps qu'abbés, les religieux qui s'étaient succédé à la tête du monastère pendant le règne de Charles VI, notamment les deux derniers, Pierre le Roy et Robert Jolivet, avaient rivalisé de zèle pour compléter les fortifications du Mont-Saint-Michel. Protégé ainsi par l'art et par la nature, isolé au milieu de grèves dangereuses que recouvre périodiquement le fiux de la mer, entouré depuis des siècles de je ne sais quelle terreur religieuse, adossé au midi à la Bre-

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