‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 107 sur 144 · OCTOBRE, PARIS · texte numérisé non relu

OCTOBRE, PARIS

Rémission octroyée par Henri VI à Robin Lambert, bourgeois et marchand de Rouen, menacé de procès et d'amende par le procureur du roi en la dite ville, pour avoir acheté un sauf-conduit au bâtard d'Orléans, capitaine du Mont- Saint-Michel, et aussi pour avoir payé rançon à des marins de Saint-Malo, ennemis des Anglais, qui avaient capturé trois de ses vaisseaux dans le trajet du pays de Flandre à Rouen .

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, a tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir receu l'umble supplicacion de Robin Lambert, bourgois et marchant de Rouen, contenant comme, en ceste présente année, il eust

entencion de faire mener et conduire des denrées et marchandises es pays de Flandres et ailleurs en nostre obéissance et de nos allez, et en faire ramener d'autres du dit pays de Flandres et autres parties des lieux et pays estans en nostre dicte obéissance en nostre ville de Rouen et ailleurs soubz nostre dicte obéissance ; et, pour plus seurement faire conduire et mener ses dictes denrées et marchandises et eschever aux inconveniens et dommaiges qui lui eussent peu advenir par le fait, prises ou occasion de noz ennemis ou adversaires qui tous] ours sont en aguet pour prendre et empeschier nos loyaulx hommes et subgiez, tant par mer comme par terre, eust icellui suppliant pourchacié un saufconduit qui lui fut donné par le bastard d'Orléans, que l'en dit estre cappitaine du Mont Saint Michiel i, afin que plus seurement il peust faire mener et conduire ses dictes denrées et marchandises et eschever aux inconveniens, pertes et dommaiges qui lui eussent peu advenir, se ils eussent esté trouvez ou encontrez par aucuns de nos dis ennemis ou adversaires : toutes voies, non obstant icellui saufconduit et contre icellui, certaine quantité de denrées et marchandises, estans en trois vaisseaux, venans du pays de Flandres pour estre admenez a Rouen, appartenans au dit suppliant et a plusieurs autres ses compaignons de nostre dicte ville de Rouen, ont esté prises par aucuns de noz ennemis et adversaires de Saint Malo, du pays de Bretaigne, lesquelles denrées et marchandises il lui a convenu raençonner et raquitter de nos dis ennemis, et lui ont cousté pour lui et ses compaignons près d'autant ou environ comme il leur avoient cousté ou premier achat, comprins en ce que par nos dis ennemis en avoit esté prins et dissipé que il ne peut avoir ne recouvrer, en quoy il a perdu une grant partie de sa chevance. Ce

I, Ce sauf-conduit dut être délivré entre le 28 mars 1425, date de l'acte où Jean, bâtard d-'Orléans, est mentionné pour la première fois comme capitaine du Mont-Saint-Michel, et le 2 septembre de la même année, date du remplacement du bâtard dans la capitainerie du Mont, par Louis d'Estouteville. Un tel acte, sollicité par un armateur dont les navires faisaient le transit entre les Flandres et Rouen, ne montre pas seulement à quel point la victoire navale, remportée sur les Anglais vers la fin de juin 1425, avait rendu les défenseurs du Mont-Saint-Michel maîtres de la mer ; il atteste encore le puissant effet moral et le retentissement lointain de cette victoire.

2l6 CHRONFQUE DU MONT-SAINT-MICHEL

non obstant, nostre procureur ou aucuns noz officiers au dit lieu de Rouen ont voulu et veuUent mettre et tenir en procès le dit suppliant, pour cause et occasion de ce qu'il a prins et receu le dit saufconduit du dit bastard d'Orléans, lequel lui avoit esté envoyé ainsi que plusieurs en pourchassoient a avoir pour leur seurté et de leurs denrées et marchandises, sur espérance de plus seurment les conduire en nostre pays et obéissance et de noz allez, et le veuUent pour ce Iraittier a amende, disans que faire ne le povoit sans nostre octroy ou noz commis et depputez ayans povoir de ce faire... Donné a Paris le pénultième jour d'octobre l'an de grâce mil nnc xxv, et de nostre règne le nn™«. Ainsi signé : par le roy, a la relacion de monseigneur le régent, duc de Bedford.

(Arch. Nat., sect. hist., JJ ij3, n» 266.)

Rémission octroyée par Henri VI à Baudet de Limon, chirurgien, demeurant à Evreux, poursuivi pour s'être fait délivrer, deux ans auparavant, un sauf-conduit par le comte d'Aumale, capitaine du Mont-Saint-Michel, afin d'aller en Bretagne vendre de la draperie et pour avoir payé rançon à Ambroise de Loré, capitaine de Sainte- Su:{anne, qui V avait fait prisonnier.

Henry par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir receu l'umble supplicacion de Baudet de Limon, povre homme cirurgien, demourant en nostre ville d'Evreux, contenant comme, alors et au devant longtemps que nostre ville d'Evreux feust mise et reduicte en nostre obéissance, le dit suppliant, avec sa femme et famille, feussent et ayent depuis tous] ours esté résidant et demourant en nostre dicte ville et en nostre obéissance, et soubz icelle se soit tousjours bien et

oyaument maintenu et gouverné comme nostre bon, vray et loyal subget, lequel suppliant et Jehan Sauvage, cousturier, demourant au dit lieu d'Evreux, puis deux ans ença ou environ, en entencion de aucune chose gangnier pour avoir

a vie et estât d'eulx et de leurs gens, se soient mis en adventure, en la compaignie de plusieurs merchans des parties de Bernay, pour aler au pays de Bretaigne mener et porter de la merchandise de draps et pour rapporter d'autre merchandise ; esquelles parties de Bretaigne les dis suppliant et Sauvage avoient mené chascun six draps et , pour plus seurement faire, eust le dit suppliant, par congié de justice, obtenu un saufconduit du sire d'Aulmalle 1 pour lui et ung homme en sa compaignie ; lesquelz suppliant et Sauvage et aussi Almaury le Charpentier, de Beaumont le Rogier 2, en eulx retournant du dit voyage, es forbours de Tinteniac 3 ou près d'ilec, ou dit pays de Bretaigne, ayent esté raençonnez de noz ennemis et adversaires et menez prisonniers en la forteresse de Sainte Suzanne 4, lors estant occupée de nos dis ennemis et adversaires ; auquel lieu les dessus dis aient esté certain temps prisonniers, et après ce le dit suppliant ait esté délivré des dictes prisons a la caucion du dit Jehan Sauvage, pour et afin de pourchassier la délivrance de leurs corps et biens, moyennant toutes voies l'aide de nostre très chier et très amé oncle le duc de Bretaigne, pour ce que eulx et aussi le dit Charpentier avoient esté prins ou dit pays de Bretaigne ouquel nos dis ennemis, par abstinence de guerre ou autrement, ne povoient ou dévoient courir, comme l'en disoit; lequel suppliant, en pourchassant la délivrance de lui et des dis Sauvage et Charpentier, ait esté en plusieurs lieux et villes du dit pays de Bretaigne, et aussi se soit transporté à Engiers et en autres villes et lieux hors de nostre dicte obéissance ; auquel lieu d'Angiers il ait convenu que le dit suppliant ait fait convenir et adjourner Ambroise de Loré, lors cappitaine de la dicte forteresse de Sainte Suzanne, sur

1. Jean de Harcourt, comte d'Aumale, capitaine du Mont-Saint-Michel, tué à la bataille de Verneuil le 18 août 1424.

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