‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 109 sur 144 · I. Grand-Camp, Calvsdos, arr. Bayeux, c. Isigny · texte numérisé non relu

I. Grand-Camp, Calvsdos, arr. Bayeux, c. Isigny

laissant au dit Grant Camp sa femme et mesnage, et quatre mois a ou environ i, le dit Raoul feust venu par nuyt en l'ostel de sa dicte femme et, lui ylec arrivé, eust envoyé par icelle femme quérir le dit suppliant qui estoit et est demourans près du dit hostel, lequel suppliant y feust aie et eust porté ou fait porter avant soy deux poz de servoise et une fouasse ; et eulx estans ensemble le dit Raoul dist qu'il estoit la venu pour soy rendre et mettre en nostre obéissance, dont le dit suppliant fut très joyeux, cuidant que icellui Raoul lui deist vérité. Et lors estoient avec lui trois autres hommes, incongneuz au dit suppliant, qui semblablement disoient qu'ilz se vouloient rendre a nous et eulx mettre en nostre dicte obéissance et qu'ilz s'en yroient rendre avec les hermites de l'Ille qui sont assez prés du dit lieu de Grant Camp jusques a ce qu'ilz eussent obtenu de nous leurs remissions de ce qu'ilz avoient esté et demouré au dit Saint Malo, et en cest estât demeurèrent trois jours au dit lieu. Après lesquelz trois jours passez, le dit Raoul et ses compaignons dirent au dit suppliant et a ung nommé Rogier Onfroy, dit Guergan, laboureur et voisin d'icellui Raoul, qui la estoit venu, qu'ilz s'en vouloient aler, dont iceulx suppliant et Rogier furent très mal contens, veu les promesses des dessus dis precedens, en leur disant que, se ilz eussent sceu leur voulenté, ilz ne les eussent onques esté veoir ne iceulx acompaigniez. Et, en conclusion, les dessus dis Raoul et ses compaignons s'en alérent et les^dis suppliant et Rogier les convoyèrent jusques sur le perrail 3 de la mer qui est a ung trait d'arc près du dit hostel et la les , laissiérent, cuidans qu'ilz s'en deussent aler ; et, quant aus dis suppliant et Rogier, ilz s'en retournèrent en leurs maisons. Lesquelz Raoul et ses compaignons, après leur dit partement, alérent, comme on dit, en la dicte nuyt mesmes adviser un bastel qui estoit sur la coste de la mer, a demie lieue du lieu ou les dis suppliant et Rogier les

1. Cette date à laquelle est rapporté l'incident raconté dans la lettre de rémission datée de novembre 1425, correspond aux premiers jours de juillet de cette année, et c'est alors que la flottille du Mont-Saint-Michel, composée en grande partie des navires pris aux Anglais et armée en course à Saint-Malo, paraît avoir joué le rôle le plus actif et le plus important.

2. Le perrail ou mieux le perrai, c'est le bord, la partie pierrée de la grève où le flux de la mer charrie les galets.

laissèrent, en l'absence et au desceu d'iceulx suppliant et Rogier ; et, ce fait, en la dicte nuyt mesmes, retournèrent de rechief, comme on dit, en l'ostel de la femme du dit Raoul. Et au surplus, le landemain, ilz alérent quérir et prendre le dit bastel, sans ce que le dit suppliant en sceust quelque chose ne que ilz devintrent. Et l'endemain ou deux jours après ou environ le dit suppliant, qui avoit a faire et besongnier ou pays de Constentin pour acheter des poissons salez, parti a cheval de son hostel et, en alant son chemin, et lui estant a quinze lieues ou environ de son dit hostel, vit en la mer un bastel qu'il ne congnoissoit, et cuida que en icellui feussent pescheurs, et pour ce leur fist signe qu'ilz venissent a lui afin d'acheter d'eux des poissons, s'ilz en eussent eu, lesquelz y vindrent. Et, eulx venuz, icellui suppliant fut moult merveille de ce que en icellui estoient les dis Raoul et ses compaignons. Et eulx estansprès l'un de l'autre, iceulx Raoul et ses compaignons demandèrent au dit suppliant se il savoit aucunes nouvelles, lequel leur dist qu'il avoit oy dire que le navire de leurs compaignons estoit d'aval Chilbourc I. Et avec ce leur dist le dit suppliant telz parolles : « Vous avez prins le bastel Ernoul Hébert, qui a esté très mal fait. » A quoy ilz respondirent qu'il estoit vray que prins l'avoyent, mais ilz disoient que icellui bastel estoit tout pourry. Et lors icellui suppliant leur dist que, se aucun leur demandoit qui ilz estoient, que ilz deissent que ilz estoient du Port en Bessin 2 prisonniers et qu'ilz portoient leur rançon aux baleiniers 3, et qu'ilz s'en alassent hastivement, ou que l'en les pourroit bien aler veoir, et atant se parti d'eulx et ala son chemin ou dit pays de Constentin, sans plus les veoir.... Si donnons en mandement par ces mesmes présentes au bailli de Caen a son siège de Bayeux, au vicomte du dit lieu de Bayeux.... Donné a Paris ou mois

). Cherbourg. Le « navire » dont il est ici question, c'est la flottille dont Raoul le Cornu et ses compagnons s'étaient détachés pendant quelques jours pour toucher terre à Grant-Camp.

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