‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 131 sur 144 · PELEY · texte numérisé non relu

PELEY

{Arch. du dép. de la Manche, fonds Danquin.)

142g, 8 AVRIL, PARIS

Henri VI mande à Pierre Surreau, son receveur général de Normandie, en exécution d'une bulle du pape Martin V, de procéder . au recouvrement de deux décimes sur les revenus de tous les bénéfices ecclésiastiques de Normandie, lesquels décimes doivent être employés à la défense du pays et spécialement à l'expulsion des gens d'armes ennemis tenant garnison au Mont-Saint- Michel.

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, a nostre amé Pierre Surreau, nostre receveur gênerai de Normandie, salut. Comme par bulles de nostre saint père le pape octroiées a nous et a nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedford, les gens d'église de nostre pais de Normandie, par octroiz faiz par eulx, soient tenuz envers nous en deux dixiesmes ou équivalentes sommes pour convertir çt emploier a la deffense d'icellui pais et par especial pour l'expulsion de noz adversaires estans en la place du Mont Saint Michiel, et sur ce le procès ait esté deuement fait par nostre amé et féal conseillier l'evesque de Beauvaiz i, juge apostolique en ceste

I. Pierre Cauchon, évSque de Beauvais du 4 septembre 1420 à 1431. Le i3 mars 1429, Cauchon, député par le pape Martin V pour présider à la levée du

partie, lequel ait ordené en chascun diocèse commissaires et receveurs pour imposer et asseoir, lever, cueillir et recevoir les diz dixiesmes, nous vous mandons et commettons par ces présentes que vous prenez et recevez des diz receveurs ou commis particuliers les deniers des dixiesmes dessus diz en faisant en ayde de droit contraindre a ce tous ceulx qui pour ceste cause seront imposez a paier leur impost par prinse, arrestet détention de leurs biens et temporel, reservez les biens sacrez de l'église qui sont exceptez par les dictes bulles, non obstans opposicions ou appellations a ce contraires, et tout selon la forme des procès sur ce faiz; et les deniers qui en vendront emploiez et convertissiez ou paiement des gens d'armes et de trait et autres choses neccessàires pour les faiz et affaires dessus dictes, selon les monstres et reveues qui

double décime octroyé à Henri VI sur les revenus des bénéfices ecclésiastiques de Normandie, avait confié la levée de ce double décime dans le diocèse de Bayeux à Richard Portefaix, chanoine de cette ville, sous la haute surveillance du prieur de Saint-Lô de Rouen et de maître Raoul Roussel, docteur en décret, trésorier et chanoine de Rouen (Bibl. Nat., Quitt,, t. 60, n» loSg). Le clergé bas-normand s'opposa de toutes ses forces à la levée de ce double décime. Richard Portefaix, qui appartenait à l'une des meilleures familles du Bessin, eut beau frapper d'excommunicatfon et même d'interdit les gens d'église récalcitrants, il n'était encore parvenu à recouvrer que des sommes insignifiantes dans les premiers mois de 1430; et le 19 janvier de cette année, il exhalait en ces termes son mécontentement dans une circulaire datée de Bayeux et adressée à tous les ecclésiastiques du diocèse : « Jampridem alacriter increpati extitimus super hoc quod decimam primo impositam non recepimus, quod tamen culpe nostre minime est imputandum, sed vobis dominis prelatis ac ceteris viris ecclesiasticis qui sententias sûspensionis, excommunicationis et aggravacionis ac etiam interdicti, in vos, collegia vestra ac ecclesias vestras respective latas, non formidatis nec sustinere veremini, in magnum prejudicium animarum vestrarum, prout Jam suspensi, excommunicati et aggravati diu extitistis per processum dicti executoris (Pierre Cauchon), in valvis ecclesie Bajocensis et aliis pluribus locis appositum» (Bibl. Nat., Quitt., t. 61, n» t263 ; cf. Mém. de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, V, 3oi à 3o5). Le clergé normand en général n'aimait pas les Anglais. En 1426, un religieux de l'abbaye de Préaux, Jean de Guilleville, quitta son abbaye et s'enrôla sous les ordres d'un célèbre chef de bande nommé Guillaume ou Guillemin Halley. Ces « outlaws » firent trembler pendant quelque temps la région de Pont-Audemer et des environs (/IrcA. Nat., JJ 173, n°s 5i3, 5i5, 534). Au mois d'avril 1428, quatre religieux de l'ordre des Frères Prêcheurs, du couvent de Cacn, étaient prisonniers à Rouen sous l'inculpation d'avoir commis plusieurs crimes de lèse-majesté, et leur prieur maître Jean Jobart réclamait en vain leur mise en liberté [Bibl. Nat., Quitt,, t. 59, n° 872).

28o CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL

seront deuement faictes des diz gens d'armes et de trait par les commissaires qui a ce sont ou seront ordenez et commis. Et par rapportant ces présentes... Donné a Paris le vm^^^ jour d'avril l'an de grâce mil cccc vint et neuf après Pasques, et de nostre règne le septiesme. Par le roy, a la relacion du conseil tenu par monseigneur le régent, duc de Bedford.

J. MlLET.

(Bibl. Nat., Quittances, t. 60, n° lojS.)

cm

1429, l5 AVRIL, PARIS

Henri VI mande à ses trésoriers d'employer les 2,5 00 livres tournois provenant de l'aide spéciale^ levée dans les deux bailliages de Caen et de Cotentin,à acheter 1 1,000 saluts d'or, et de porter en Angleterre la dite somme destinée au payement des gens d'armes et des navires qui doivent assiéger par mer le Mont-Saint-Michel.

A Guillaume Biote, viconte de Caen, et Jehan Anzeré, procureurs des habitans des bailliages de Caen et Constentin, suffisamment fondez quant a ce par vertu de quatre procuracions faictes et passées les xii , xiiii , xviii de février ccccxxviii et le xxviii" d'avril ccccxxix pour les bourgois et habitans des villes de Caen, Baieux, Carenten et Saint Lo es diz bailliages, ausquelx ou nom que dessus a esté baillée et délivrée par Pierre Surreau, receveur gênerai de Normendie, la somme de vint cinq mil livres tournois qui octroyée et accordée avoit esté par les habitans des dis bailliages estre cueillie et levée sur eulx et assise avec et pardessus leurs assietes et impostz des premiers et second paiemens de l'aide de ix^xm livres tournois octroyé au roi nostre dit seigneur par les gens des trois Estas du pais et duchié de Normendie en l'assemblée faicte a Rouen au moys de septembre ccccxxviii, pour et en entencion de ycelle

somme de xxv" livres tournois estre convertie et employée ou recouvrement de la place et forteresse du Mont-Saint-Michiel... Par autres lettres du roy nostre dit seigneur données a Paris le xv° jour d'avril mil ccccxxix ensuivant est mandé que par ycelui receveur gênerai feust achetée la somme de xiM salus d'or et ycelle bailliée et délivrée a yceulx procureurs pour la porter ou pays d'Angleterre et convertir ou paiement de certain nombre de gens d'armes et de trait, vaisseaulx et navires neccessaires et convenables lors avisez et ordonnez estre mis sus pour mettre et tenir le dit siège devant le dit Mont par la mer, selon l'ordonnance sur ce faicte, laquelle somme de xi m salus d'or, avec ce que coustera pour change de monnoie a or, seroit alloée es comptes du dit receveur et rabatue de sa recepte, comme par les dictes cy rendues appert. Pour ce ycy, par vertu des dictes lettres, comptant aus dessus diz procureurs, c'est assavoir en iniM salus d'or, au pris de xxvii sous vi deniers tournois pièce, yM V c livres tournois ; et xix « vc livres tournois en blanche monnoie sur le dit impost ordonné estre cueilli es diz bailliages, par quittance des diz deux procureurs faicte le dit

vii^ jour de juing mil ccccxxix cy rendue xxv" livres

tournois.

(Bibl. Nat., ms.fr. rv' 4488,/''^ 2 14 et 21 5.)

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