JUIN, ANGERS
Jean II, duc d'Alençon, comte du Perche, vicomte de Beaumont, lieutenant général du roi Charles VII, donne pendant un an aux vicaire et religieux de l'abbaye du Mont- Saint-Michel, réduits par l'occupation anglaise et la désertion de leur abbé à un tel degré de pauvreté qu'ils ont dû vendre la plupart des joyaux et calices de leur église, le produit des contributions militaires, impôts et subsides mis par les gens d'armes de la garnison du Mont sur toutes les terres et paroisses appartenant à la dite abbaye.
Jehan , duc d'Alençon , conte du Perche et viconte de Beaumont, lieutenant gênerai de monseigneur le roy, a tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. De la partie de noz chiers et bien amez en Dieu les religieux, vicaire et couvent de l'église et monastère du Mont Saint Michiel ou péril de la mer nous a esté exposé en griefvement complaingnant comme, pour acquitter et maintenir leurs loyautez envers mon dit seigneur le roy et la couronne de France et pour garder et tenir le dit monastère en la bonne et vraye obéissance de mon dit seigneur, ilz aient depuis l'encommencement de ces présentes guerres souffert et soustenu moult de grans ' pertes et dommages, et par longue continuacion, pour avoir leur vie et sustentaçion, aient degasté et consummé tous leurs biens et mesmement la plus part des joyaulx et calices de la dicte église parceque leurs rentes et revenues sont et ont esté de long temps occuppées et erapeschées par les Anglois, anciens ennemis de ce royaume, et aussi que leur abbé, tenant et favorisant le dampnable party des dis ennemis, prend et applique a son singulier proffit tout ce qu'il peut ravir et avoir des dictes rentes et revenues, en tant que iceulx religieux, en continuant le divin service et eulx continuelment tenans en leur dit monastère, sont venuz et cheuz en grant povreté et indigence, et pour ce se feussent japieça traizles aucuns d'iceulx religieux pardevers mon
dit seigneur le roy pour lui dire et remoustrer le povre et piteux estât de la dicte église, requerans sa gracieuse provision. A quoy mon dit seigneur, aiant regart a la bonne loyauté que tous) ours ont eue et gardée les dis religieux envers luy et la dicte couronne et a leurs pertes et dommages dessus dis, voulant leur pourveoir de bon et convenable remède, inclinant a leur supplicacion et requeste, leur eust laissié, donné et octroie jusques a certain temps les appastiz, împostz, aides et subsides de toutes et chascunes lesparroisses des baronnies et terres d'Ardevon, Gênez, Saint Paer et de Bretheville, icelles parroisses plus a plain declairées es lettres ^ de mon dit seigneur le roy sur ce octroiées aus dis religieus estans encores en vertu, et lesquelles ilz ont pardevers eulx. Ce neantmoins, et jasoit ce que par icelles soit expressément commandé a tous chiefz de guerre, capitaines et autres tenans le party de mon dit seigneur que aux parroissiens, manans et habita'ns des dictes parroisses ne demandent aucuns appastiz ou autre exaction de finance, mais en seuffrent et laissent les diz religieux joir et user paisiblement selon le don et octroy a eulx fait par mon dit seigneur, pluseurs capitaines et autres gens de guerre qui de leur aiictorité se sont retraiz en aucunes places et forteresces puis n'a gaires emparées et autres tenans ce dit party, non voulans obéir aux lettres de mon dit seigneur, ont prins et chascun jour prengnent pluseurs des manans et habitans d'icelles parroisses, les courent, pillent et raençonnent a grosses et excessives sommes de finances a eulx importables et si griefvement les traictent et oppriment qu'il leur convient par neccessité laisser eV abandonner le pais et leurs maisons et demeures en grant "esclande et lésion de justice et de la chose publique, ou grief préjudice et dommage et comme total destruction de Testât, gouvernement et soustien des dis religieux et monastère lequel par ce leur convendra du tout laisser et abandonner et autre part quérir leur vie dont s'ensuivroit l'intermission et cessement du divin service qui tant dévotement et en grant honneur et révérence est acoustumé estre fait en la dicte église, se sur ce ne leur est pourveu de remède convenable, ainsi qu'ilz nous ont fait exposer, en