INTRODUCTION XIII
Servon, mort le dernier février i386 (a. st.). Plus loin, la mort de ce même Pierre le Roy est mentionnée à la date de i4io(a. st.). Tandis que le chroniqueur consacre à peine une ligne ou un mauvais vers latin à rappeler les plus grands événements du règne de Charles VII, il n'oublie pas de mentionner qu'en 1420, le Couesnon, rivière qui se jette dans la baie du Mont-Saint-Michel, s'est détourné de son cours, et que, le 20 septembre 1 421, l'église du Mont s'est écroulée. Plusieurs faits y sont datés, soit de la Saint- Aubert, c'est-à-dire du 18 juin, jour anniversaire de l'exhumation des restes de saint Aubert, évêque d'Avranches, trouvés miraculeusement au Mont en 966 ", soit de la Saint-Michel d'octobre, en d'autres termes, du 1 6 octobre, en souvenir de la première apparition de l'archange saint Michel à saint Aubert qui aurait eu lieu en 708 ^.
Outre que ces deux fêtes sont particulières au diocèse d'Avranches, les annalistes du Mont-Saint-Michel devaient affectionner d'autant plus cette manière de dater que la Saint-Michel d'octobre et la Saint- Aubert rappelaient deux miracles dont l'un avait présidé à la fondation de leur abbaye et dont l'autre se rapportait à son vénéré fondateur. Enfin, les principaux faits de guerre dont les alentours de la célèbre abbaye et même l'Avranchin tout entier ont été le théâtre pendant l'occupation de la Normandie par les
1. La mort de saint Aubert est rapportée généralement au 10 septembre 723.
2. Dom Jean Huynes, Histoire générale du Mont-Saint-Michel, publiée par E. de Robillard de Beaurepaire, 1, 12, i3, 40.
Anglais, de 141 7 à 1460, sont racontés ici avec une prédilection marquée et presque toujours avec une précision chronologique et topographique que Ton ne retrouve pas dans les autres chroniques du xv^ siècle. Par exemple, à la date du jeudi 3i juillet 1438, on y mentionne en ces termes la capture faite par les Anglais de cent soudoyers de la garnison du Mont : « En cel an (t438), le derrain jour de juillet, les Anglois prindrent à Ardevon viron cent des gens a pié de ceste place. » Ailleurs, à la date du mercredi 1 5 octobre 1449, on lit que François, duc de Bretagne, au retour de son expédition en basse Normandie, vint loger avec les seigneurs de son armée a en ceste ville du Mont Saint Michiel. »
Après ces citations, il semblera peut-être superflu d'énumérer tous les arguments qui militent en faveur de l'opinion de la Porte du Theil et démontrent l'origine mon toise de notre chronique. Qu'il nous suffise d'ajouter que ces arguments ont paru décisifs à notre savant maître, M. Léopold Delisle, dont le jugement fôit autorité dans toutes les branches de l'érudition appliquée à l'histoire de France en général et de Normandie en particulier. L'auteur de V Histoire du châ- " teau et des sires de Saint-Sauveur-le- Vicomte ^ a appelé de nouveau l'attention sur cette chronique qu'il n'a pas hésité à désigner sous ce titre : Chronique du Mont-Saint-Michel ^ et à laquelle il n'a pas dédaigné d'emprunter sept pages reproduites littéra-