INTRODUCTION XI
gne de Charles VII. Nous disons la décomposition et la résurrection parce que, pour les peuples comme pour les individus, la vie n'est qu'un acheminement vers la mort, comme la mort elle-même n'est qu'une transition à une vie nouvelle.
Notre publication comprend deux parties bien distinctes : ï° une chronique inédite du Mont-Saint-Michel ; 2*' des pièces diverses relatives à la défense nationale en basse Normandie pendant l'occupation anglaise. Nous allons dire successivement quelques mots de ces deux parties du présent volume.
La chronique du Mont-Saint-Michel commence en 1343 et finit en 1468; elle embrasse ainsi un peu plus que la seconde moitié du xiv^ siècle et que la première moitié du xv^. On peut la diviser en deux parties d'étendue à peu près égale, mais d'un caractère très-différent : la première partie, qui va de 1 343 à 1448, n'est guère qu'un rapide sommaire où l'histoire d'une année n'est parfois représentée que par la mention d'un seul fait. La seconde partie, qui s'étend de 1448 à 1468, a un peu plus d'étendue que la première, et par suite le courant de la narration s'y déroule avec plus d'ampleur, puisque le récit de ces vingt années tient autant et même plus de place que le résumé écourté d'une période de plus d'un siècle.
L'auteur de cette chronique ne s'est pas fait connaître, mais il y a lieu de croire, suivant la conjecture
émise à la fin du dernier siècle par la Porte du Theil ï, que nous avons ici des notes historiques prises par un ou plutôt par plusieurs religieux du Mont-Saint-Michel. Mille indices trahissent cette origine avec la dernière évidence. Ainsi, les événements relatifs à la basse Normandie et à cette partie de la Bretagne qui confine à la célèbre abbaye sont relevés avec un soin particulier que l'extrême concision , les nombreuses et importantes omissions dont le chroniqueur est coutumier, font encore ressortir. Charles VI va-t-il en pèlerinage au Mont -Saint -Michel au mois de février 1 394, on n'a garde de passer sous silence cet incident dont il n'est fait aucune mention dans d'autres chroniques de la même époque beaucoup plus détaillées. En marge de la mention d'un duel qui eut lieu à Nantes en 1 386 entre Robert de Beaumanoir et Pierre de Tournemine, on écrit les lignes suivantes : « Monseigneur Pierres fut abbé de céans en cest an niil CGC iiii'''' VI 2 ». Or, le personnage qu'on désigne par cette périphrase familière et significative « l'abbé de céans >>, c'est Pierre le Roy, né à Orval au diocèse de Goutances, successivement abbé de Saint-Taurin d'Évreux et de Lessay, qui fut élu en effet abbé du Mont-Saint-Michel en remplacement de Geffroi de
1. Notices et extraits des manuscrits delà Bibliothèque du Roi, Paris, 1789, in-4'', t. II, p. 3o2 à 314. La dissertation de la Porte du Theil, relative à la chronique que nous publions, fait partie d'un travail plus étendu où cet académicien a décrit successivement les divers articles contenus dans le manuscrit n" Sôgô du fonds latin , à la Bibliothèque du Roi.