Notices et extraits, II
jours, dictaient souvent leurs œuvres à des secrétaires, et l'on s'exposerait aux plus graves erreurs en supposant, à l'exemple de la Porte du Theil, que, toutes les fois que l'écriture change, l'on a affaire à un nouveau narrateur. Cette dernière partie contient d'ailleurs, quoiqu'en dise le savant académicien., plus d'une particularité relative au Mont-Saint-Michel. Non-seulement l'on a grand soin d'y relever la fidélité que les religieux gardèrent à Louis XI pendant la guerre du Bien public, mais encore on y trouve mêlée à l'histoire générale la mention suivante : « Eu dit an mil iin^ lxiiii, le xxi^ jour d'aoust, mouryt messire Louys d'Estouteville, seigneur d'Estoutéville, de Hambye, Bricquebec, Moyon, Ghantelou, Gassé et Apillé, grant seneschal de Normandie et gouverneur capitaine de Rouen et du Mont-Saint-Michiel.» Quel autre qu'un annaliste de la célèbre abbaye aurait consigné avec cette précision la date de la mort d'un guerrier qui avait été capitaine du Mont pendant trente-neuf ans, de 1425 à 1464? Du reste, un siècle environ après la date où s'arrête notre chronique, en 1672, le manuscrit unique qui a servi de base à la présente édition faisait encore partie de la bibliothèque du Mont-Saint-Michel, comme le prouve la mention suivante inscrite au verso du dernier feuillet : « L'an de grâce mil v^ lxxii, resplendissoyt une estoyle entre le Mont et Canquale sy très grande qu'il senbloyt que ce fust la lune. Oncques jamays homme vivans n'en vit de pareillez, et etoyt unne chose mervileuse que de la voyr en telle façon. » Si cette observation astronomique, dont nous garantissons du reste moins que