‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 7 sur 144 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

personne l'exactitude, n'avait pas échappé à Pattention de la Porte du Theil, sans aucun doute ce critique sagace y aurait vu comme nous la preuve que la chronique, dont il a donné le premier une si consciencieuse analyse, est dans son entier l'œuvre des religieux du Mont-Saint-Michel.

Nous disons l'œuvre des religieux, et non pas d'un religieux, car il y a tout lieu de supposer que les éléments qui sont entrés dans la rédaction de cette chronique ont été recueilHs par divers auteurs. Ainsi, quoique quelques-unes des notes relatives au règne de Charles V semblent émaner d'un contemporain trèsbien informé, notamment celles qui se rapportent à la campagne de Normandie en iSyS, il n'en est pas moins probable qu'elles ont dû être, nous ne dirons pas classées, mais plutôt brouillées après coup par quelqu'un qui ne savait pas le premier mot de l'histoire de cette période. Autrement, on ne s'expliquerait pas certaines fautes de chronologie vraiment grossières, comme l'avènement de Charles V mentionné après la chevauchée du duc de Lancastre en France, ou encore les principaux événements des huit dernières années de ce règne placés dix ans avant leur date réelle. D'ailleurs, bien que le texte ne se compose guère que de simples notes mises sans art à la suite les unes des autres, la manière du rédacteur n'est cependant pas partout la même. A ce point de vue, la partie de notre chronique qui va depuis la bataille d'Azincourt en 1416 jusqu'au siège du Mont- Saint-Michel par les Anglais en 1434, offre une particularité curieuse. L'auteur de cette partie, qui était sans doute un moine

bel esprit, pour faire parade de son érudition et de son talent poétique, a intercalé de place en place au milieu de sa prose de greffier un vers latin mnémonique destiné à célébrer chaque grand événement et à en rappeler le souvenir. C'était le temps où le Pogge et d'autres grands humanistes inauguraient brillamment en Italie la renaissance de la poésie et des lettres latines. Sous cette influence, le versificateur en titre de la cour de Charles VII, Jacques Milet, venait de composer nombre de poèmes, sans compter des épitaphes qui étaient hélas ! des poèmes K Notre versificateur est un émule de Jacques Milet avec moins de verve et plus de solécismes, et l'on sent à peine en le lisant qu'un souffle de renaissance commence à nous arriver d'Italie par-dessus les Alpes, tant le froid de nous ne savons quelle barbarie scolastique semble avoir glacé ce souffle au passage.

Sauf cette bizarre intercalation de vers latins mnémoniques, la première moitié du texte que nous publions, qui nous donne le résumé fort tronqué, il est vrai, de plus d'un siècle, puisqu'elle va de 1 843 à 1447, cette première moitié, disons-nous, offre un caractère assez uniforme, et il y faut chercher, pour n'être pas déçu, d'arides annales plutôt qu'une chronique proprement dite. La seconde moitié, au contraire, comprend seulement une période de vingt années, de

I. Pour se faire une idée juste de la poésie latine en France au xv^ siècle, il suffit de lire l'une des œuvres les plus vantées de Jacques Milet, l'épitaphe d'Agnès Sorel. Voici le premier vers de ce chef-d'œuvre :

Fulgor Apollineus rutilantis luxque Diane, etc.

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