‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 77 sur 144 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

Gains de guerre de la garnison anglaise de Cherbourg, à l'occasion de la prise par un baleinier du dit port, aidé d'une escaffe de Poole, d'un baleinier de Saint-Malo monté par des gens du dit Saint-Malo, du Mont- Saint- Michel et du pays de Caux.

Gaings de Guerre.

Cristofle Huet, lance a cheval, avecques plusieurs autres de la dicte place cy après dénommez partirent le xxix" jour de janvier et alérent en la mer dedens ung ballenier du dit lieu de Chierebourg et une petite escaffe i de la Polie 2, pour aller au secour et aide d'un ballenier d'Angleterre qui combatoit avec ung autre ballenier de Saint Malo, lequel ballenier de Saint Malo fu prins par les gens du dit ballenier d'Angleterre et a eulx rendu ainssoys que les diz baleinier de Chierebourg et escaffe de la Polie peussent arriver a eulx, lesquelz Cristofle et ses compaignons revindrent le dit jour. Et semblablement vindrent avec eulx ceulx du dit ballenier d'Angleterre au dit lieu de Chierebourg et admenérent tous ensemble le dit ballenier de Saint Malo, dedens lequel estoient des gens de Bretaingne, du dit Saint Malo 3, du Mont Saint

1. Escaffe, petite embarcation, dnlaXlnscapha. Voyez Jal, Glossaire nautique, au mot scaffa.

2. Poole, port de mer du sud de l'Angleterre, à l'ouest de Portsmouth, dans le comté de Dorset.

3. Cette pièce est surtout intéressante en ce qu'elle nous montre des gens d'armes de la garnison française du Mont-Saint-Michel faisant la course contre les Anglais, à la fin de 1422 ou dans les premiers jours de janvier 1423, sur un navire armé à Saint-Malo et en compagnie de marins du pays de Caux, peutêtre de Dieppe. Dès les premiers mois de 1422, Henri V s'était vu forcé de prendre des mesures pour mettre les côtes méridionales de l'Angleterre à l'abri des incursions des Bretons (Mém. de la Soc. des Ant. de Norm., XXIH, 255, no I 38o). Dans le courant de mai de cette année, des marins de cette nation avaient capturé un navire de CardifFprês de Harfleur et l'avaient amené à la garnison française du Crotoy (Ibid., 254, no i3yj). Au commencement de l'année suivante, des corsaires de Saint-Malo n'avaient pas craint de pénétrer jusque

Michiel i et des povres gens du pais de Caux, et en especial des femmes et petiz enfans avec de leur menu mesnage comme poz, paelles, vaisselle d'estain et autres telz choses, lequel vaissel, prisonniers et toutes autres choses qui dedens estoient furent venduz et livrez en diverses parties au plus offrant. Dont les diz Cristofle et ses compaignons, qui furent a icelle aide ont eu pour leur paine et sallaire les parties cy après desclairées.

(Bibl. Nat., Quittances, t. 53, n° Sygi.)

dans le havre de Caen où ils avaient fait main basse sur des marchandises appartenant à un négociant de cette ville nommé Séraphin Labbé {Arch. Nat., JJ 172, no 268). Cest dans ce même havre de Caen qu'en juillet 1423 Guillaume de la Pôle, comte de Suffolk, seigneur de Hambye et de Bricquebec, amiral de Normandie, fit armer un « baleinier d'armes », monté par 8 hommes d'armes et 2 5 archers, outre les marins, et destiné au siège du Crotoy (jBj'è/. Nat., Quitt., t. 55, no 88).

I. Le 6 avril de cette année 1423, par acte daté de Bourges, Charles VII, préservé des suites d'une chute dans l'écroulement d'une maison où il se trouvait à la Rochelle le 11 octobre précédent et attribuant son salut en cette circonstance à la protection de saint Michel, « recolentes igitur mouasterium Sancti Michaelis in periculo maris, Abrincensis diocesis, miraculosa revelacione et supernis auxiliis institutum a Domino et Archangelo beatissimo dedicatum, nostros predecessores inclitissimos digna veneracione coluisse, devocione visitasse, bonis auxisse et semper ampliasse favoribus necnon afFeccionis habundancia Corone Francie perpetuo et inseparabiliter adjunxisse, eorum inherendo vestigiis, dignum putamus, ut ad ipsum monasterium nostre devocionis caritas excitetur et régie munificencie dona sentiat in Status nostri felicius incrementum et anime remedium sempiternum, quatinus ipsius Archangeli beatissimi salutifero ductu et piissimo interventu, quem intima cum fîducia colimus, regno prodesse et ex hostibus triumphare mereamur », avait donné, pour la célébration d'une messe solennelle le ii octobre de chaque année, 120 livres de rente annuelle et perpétuelle aux religieux du Mont-Saint-Michel, « quorum fidem et virtutis constanciam habuimus expertas, ut locum illum percelebrem et inexpugnabilem, inter guerrarum angustias et hostium oppida intrinsecorumque fraudes, summo studio maximisque periculis sub nostre dicionis obediencia curiose fideliterque reddiderint » . Toutefois, cette donation ne fut présentée et enregistrée à la Chambre des Comptes que le 29 janvier 1426 (^Arch. Nat., J 467, no 96). En outre, à la date du 11 mai 1423, le roi de France avait fait payer au comte d'Aumale une somme de 75i livres destinée à la mise en état de défense du Mont-Saint-Michel (La Roque, Hist. de la maison de Harcoiirt, III, 496) ; et le 7 de ce mois Jean de Harcourt avait fait approvisionner la forteresse confiée à sa garde, par les soins de Guillaume le Prestrel : 10 de 140 livres de salpêtre fin ; 20 de 60 livres de soufre ; 3o d'un millier de trait commun; 40 de 5o pelotons de fil à arbalète (Ibid., IV, i685).

l 24 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL

Page 1