AOUT, PARIS
Rémission octroyée par Henri VI à Jean Sterre, écuyer anglais, au sujet du meurtre de Jean Avicet , brigand natif de la foret de Saint-Sever, qui s'était emparé des chevaux du dit écuyer estimés 100 livres, pendant que celui-ci était prisonnier au Mont- Saint-Michel.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons a tous presens et avenir nous avoir receu l'umble supplicacion de Jehan Sterre, escuier du pays d'Angleterre, contenant que comme, après ce qu'il eust esté prins prisonnier en nostre service et mené au Mont Saint Michiel et illec détenu par aucun temps en très griesves et estroictes prisons, un nommé Jehan Avicet, brigant et gaitteur de chemins, natif de la forest de Saint Sev<3ir en Normandie, eust prins aucuns des gens et serviteurs du dit suppliant et leur [eust] osté ses propres chevaulx qui bien valoient cent livres et plus, desquelz il entendoit délivrer son corps des dictes prisons ; pour laquelle cause et perte des dictes gens et chevaulx, et que le dit suppliant n'avoit autre chose dont bonnement se peust racheter, il lui convint si longuement demourer es dictes prisons qu'il fut en péril de y finer ses jours ; et il soit ainsi que, aucun temps après que le dit suppliant fut délivré des dictes prisons, ainsi qu'il chevauchoit querant les brigans qui continuelment estoient en aguet sur le pays, il eust d'avanture trouvé le dit Advicet, lequel, jasoit ce que auparavant il se feust plusieurs et diverses fois mis et rendu en nostre obéissance et fait les seremens en tel cas acoustumez et icelle obéissance delaissié et retourné avec noz ennemis, soubz umbre de la grâce et abolicion générale par nous faicte ou mois de mars derrain passé, par laquelle entre autres choses nous avions octroyé a tous les absens du pays de Normandie, abulletez et non abulletez, qui plus d'une fois n'auroient eu grâce, [qu'il] peussent retourner en nostre dicte obéissance dedans la Saint Jehan
PIÈCES DIVERSES ~ 1 2g
Baptiste derrain passée, se estoit parti du dit lieu du Mont Saint Michiel et venu, comme l'en dit, rendre en nostre dicte obéissance es mains du cappitaine de Vire ou son lieutenant, combien que, selon raison et la teneur de la dicte abolicion, le dit capitaine ne le peust ou deust avoir fait, attendu que par plusieurs fois le dit Advicet avoit esté abulleté et depuis soy parti de nostre obéissance dessus dicte
et après y retourné Si donnons en mandement par ces
présentes aux bailliz de Caen et de Coustentin Donné
a Paris ou mois d'aoust l'an de grâce mil quatre cens et vint trois, et de nostre règne le premier. Ainsi signé : par le rpy, a la relacion de monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bedford. R. Veret.
(Arclî. -Nat., sect. hist., JJ ij2, n° 340.)
1424 (n. st.), I" JANVIER
Thomas Burgk, institué capitaine d'Avranches en remplacement du comte de Suffolk, déclare qu'il a fait sa première entrée dans cette ville le 10 décembre précédent.
Sachent touz que je Thomas Burgh ', cappitain de la
1. Par acte daté d'Évreux le i»' avril 141 9, Henri V avait donné à Thomas Burgh, écuyer, la terre de la Luthumière, enclave de la forêt de Brix, confisquée sur Jean de la Haye, dit Piquet, écuyer, l'un des signataires de la capitulation de Cherbourg, ainsi que les possessions de Raoul de Montauban, chevalier rebelle, dans le bailliage de Cotentin, le tout évalué à 800 écus de revenu par an, moyennant la redevance d'un « boar-spear » ou épiea pour la chasse au sanglier livrable au château de Cherbourg [Mém. de la Soc. des Ant. de Nortn., XXIII, 66, no 349). Thomas Burgh était sans doute renommé comme chasseur, car il fut investi, le i3 avril 1420, de l'office de louvetier dans les vicomtes d'Auge, d'Orbec, du Pontautou et de Pont-Audemer (Ibid., i36, no 796). Cet écuyer était en outre capitaine de Valognes ; ayant été fait prisonnier par les Français « per fortunam guerre», peut-être à la bataille de Baugé, il fut remplacé dans cette capitainerie , le 1 4 avril 1 42 1 , par un autre écuyer
l3o CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL
ville et forteresse d'Avrenches, confesse avoir prins et receu le I charge, garde et governance du dictes ville et forteresse
anglais nommé Jean Botiller ou Butler (Ibid., 227, no 1293). Jean Burgh {Ibid., nos 41g, 1027, 1084, 1289, 1290, i3ii) et Richard Burgh {Ibid., no 399), écuyers, qui furent aussi comblés des faveurs de Henri V, étaient probablement les frères de Thomas Burgh. Trois mois environ avant la nomination de Thomas Burgh comme capitaine d'Avranches, par actes datés de Mantes, les 24 et 26 septembre 1423, Thomas Blount, chevalier, et Lorens Waren, écuyer, naguères bailli du Cotentin, avaient été institués capitaines, le premier, de Saint-Lô, avec une garnison de 20 hommes d'armes, i3 achevai, 7 à pied, et de 60 archers {Bibl. Nat., Quitt., t, 55, no 118), le second, de Coutances, aussi avec une garnison de 20 hommes d'armes, 16 à cheval, 4 à pied, et de 60 archers (Ibid., no 127). Ces deux nouveaux capitaines, dont Pun, Lorens Waren, était déjà lieutenant de la garnison de Coutances, remplaçaient Guillaume de la Pôle, comte de SufFolk, parti pour une expédition dans le Maine où il se faisait battre à la Brossinière par le comte d'Aumale et Ambroise de Loré, au moment même où Bedford signait ces' nominations, c'est-à-dire le 26 septembre 1423. Les deux frères de la Pôle, Guillaume et Jean, furent faits prisonniers dans cette journée par les Français, et Guillaume ne recouvra la liberté qu'en payant une rançon de 20,000 livres. Ces la Pôle étaient originaires de Hull ou Kingston-upon-Hull, port de mer situé à l'est de l'Angleterre, dans le comté d'York, près de l'embouchure du Humber, l'un des plus fréquentés au moyen âge par les marchands des Flandres, de la Hollande et des villes anséatiques. Guillaume de la Pôle, comte de Suffolk, seigneur de Hambye et de Bricquebec, et Jean de la Pôle, seigneur de Moyon, étaient fils de Michel de la Pôle, chancelier d'Angleterre, créé comte de Suffolk par Richard H le 29 octobre i385, et petits-fils de Guillaume de la Pôle, riche armateur de Kingston-upon-Hull, anobli par Edouard HL Michel de la Pôle, frère de Guillaume et de Jean, avait été tué à la bataille d'Azincourt, et un autre de leurs frères, Alexandre de la Pôle, eut le même sort à l'affaire de Jargeau (voyez plus haut, p. 3o, note 5;. Henri VI érigea le comté de Suffolk en marquisat en faveur de Guillaume de la Pôle, à condition qu'il porterait une verge d'or surmontée d'une colombe au couronnement des rois, et une verge d'ivoire, surmontée du même oiseau, au couronnement des reines d'Angleterre (Camden, Britannia, p. 341). Un des établissements de charité de Kingston, appelé Charter Hoiise, a été fondé en i384 par Michel de la Foie, premier comte de Suffolk, auquel on attribue aussi une réparation des fortifications de cette ville exécutée en 1378.
1. Nous respectons le mauvais français de cet homme d'armes, issu d'une famille d'origine normande, établie dans le comté de Chester et en Cornouaille après la conquête, dont une des branches, transplantée en Irlande, est représentée encore aujourd'hui par les comtes de Clanricarde. L'endenture passée entre Jean, duc de Bedford, régent de France, et Thomas Burgh, écuyer, à l'occasion de la nomination de celui-ci comme capitaine d'Avranches, est datée de Rouen le 22 octobre 1423, Cette endenture stipule que le nouveau capitaine n'aura pas sous ses ordres moins de 40 hommes d'armes et de 120 archers à cheval, de 20 hommes d'armes et de 60 archers à pied. (Bibl. Nat., Quitt., t. 55,
PIÈCES DIVERSES l3l
et en icelle avoir premièrement entrée, comme cappitain d'icelle, le x™« jour de décembre darrein passé. La délivrance de quelle me fut faicte par Roger Hullefeld, escuier, a ce commis et député en nom de hault et puissant seigneur conte de SufFolk, n'a gaires cappitain d'icelle. En tesmoigne de quelle chose a ce présente endenture devers le dit conte demurrante, j'ay mis mon signet et signe manuelle, le premier jour de janvier l'an mil ccccxxni. Burgh i.
(Bibl. Nat., Quittances, t. 55, n<» 184-)
XXÎI
1424 (n. st.), 16 JANVIER, Caen
Le trésorier et gouverneur général des finances du duché de Normandie mande à Pierre Surreau, receveur général des dites finances, de payer à Richard Wydevile, grand sénéchal de Normandie et capitaine de Caen, pour le payement des soudoyer s de sa retenue, 1 5g4 livres 16 sous 2 deniers tournois, à prélever sur l'aide de 80,000 livres tournois octroyée par les États de Normandie pour la solde des gens d'armes et spécialement pour la réduction du Mont- Saint- Michel, d'Ivry et autres places.
Le trésorier et gouverneur gênerai des finances ou pais et
n" 142.) Une endenture postérieure, datée de Caen le 6 décembre suivant, spécifie qu'il sera fait à la garnison un paj^ement immédiat de i,ooo livres tournois, « obstant ce que les gens d'armes et de traict et autres, qui estoient en la dicte ville, au temps qu'elle fut assegée par no^ ennemis, ont gasté et consommé les vivres et provisions qui y estoient, le dit capitaine et ses gens ne se oseroient bonnement bouter en ycelle sans avoir avant toute œuvre aucun prest dont ilz puissent faire leurs provisions et eulx avitaillier. » fBibl. Nat., Quitt., 55, n» 169). Ces dernières lignes font allusion au siège mis devant Avranches et à la chevauchée faite devant Saint-Lô, en octobre 1423, par Jean de Harcourt, comte d'Aumale, capitaine du Mont-Saint-Miche!, secondé par Louis d'Estouteville, sire d'Auzebosc, après la victoire remportée sur les Anglais à la Brossinière le 26 septembre précédent. (La Roque, Hist. de la maison de Harcourt, III, 496, 5oi.) I . Signature autographe.
l32 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL
duchié de Normendie a fait recevoir par Pierre Surreau, receveur gênerai des dictes finances, de Guillaume Biote, viconte de Carenten, sur ce qu'il peut et pourra devoir a cause de sa recepte de l'aide de quatre vint mil livres tournois ordonnez présentement estre mis sus pour le paiement des souldoiers du dit duchié, subjuguer les places du Mont Saint Michiel, Yvry et autres voisines d'icellui pais, entretenir justice et extirper les brygans, la somme de quinze cens quatre vins quatorze livres seize solz deux deniers tournois, par assignacion faicte a noble homme Richart Wideville i , grant seneschal de Normendie et capitaine de Caen, pour le paiement des souldoiers de sa retenue. Escript a Caen soubz les signet du dit trésorier et saing manuel d'icellui receveur gênerai, le xvi® jour de janvier l'an mil cccc vint et trois. , P. Surreau.
{Arch. du dép. de la Manche, fonds Danquin.)
I. Le i<"' février 1419, Richard Wydevile, écuyer, avait reçu en don les terres de Préaux et de Dangu confisquées sur Pierre de Bourbon {Mém. de la Soc. des Ant. de Norm. XXIII, nos 281 et 534!. Le 16 novembre de la même année, il avait été nommé bailli de Gisors et de Vernon (Jbid., no 690), sénéchal du duché de Normandie, le i8 janvier 142 1 [Ibid., no 924), trésorier général du dit duché le 1er septembre 1422 {Bibl.Nat., Quitt., t. 53, no SySo), grand sénéchal de Normandie, le 11 mars \/^23[Ibid.,t 55, no 47), enfin capitaine de Caen, le 19 septembre suivant (Arch.Nat., K 62, no 74). Richard Wydevile ou de Wideville, dont le nom indique une origine normande, était seigneur de Grafton (auj . Grafton-Regis, dans le comté de Northampton, à la limite sudest de ce comté), petit village dont l'église, placée sous l'invocation de Notre- Dame, contient les tombeaux des principaux membres de la famille Wydevile, illustrée par le mariage secret d'Elisabeth, fille de Richard Wydevile, avec le roi Edouard IV. Grafton n'est qu'à quelques lieues à l'ouest de Newport-Pagnell ou Paganel, petite ville du comté de Buckingham qui doit son surnom à l'illustre famille normande des Paynel. Un peu au nord de Grafton, la seigneurie de Blisworth appartenait à une autre famille normande, les Wake, barons de Wake et d'Estoteville ou Estouteville (Camden, Britannia, p. 375). — Bedford se prépara à opérer cette réduction du Mont-Saint-Michel dont il est question plus haut, dès le commencement d'avril 1424. Du 9 au 17 de ce mois, Robert Jolivet, l'abbé renégat devenu le conseiller du régent, fut mandé de Rouen à Paris « pour aucunes choses touchans le fait du Mont Saint Michiel » {Bibl. Nat., ms. fr. n» 4485, f» 335).
1424, 3o AVRIL
Procès-verbal, dressé par Guillaume Breton, bailli de Caen, de l'exécution, faite à Bayeux le 28 de ce mois, d'une femme nommée Thomasse Raoul, de la paroisse d'Esquay, enfouie toute vivante comme complice des « brigands ennemis du roi ».
A tous ceulx qui ces lettres verront, Guillaume Breton, chevalier, bailli de Caen, salut. Savoir faisons que par Jehan le Courtois i fut prinse et admenée Thomasse Raoul, de la paroisse d'Esquay 2, et mise es prisons du roy nostre sire au dit lieu de Baieux, pour avoir conseillié et conforté les brigans et anemis 3 du roy nostre dit seigneur ; et illeques pour ses démérites a esté condempnée a estre enfouye toute vyve, qui le fut l'endemain de la dicte condempnacion faicte le xxviii^ jour de cest présent moiz d'avril iiiic xxiiii. Et ce certiffions a tous a qu'il appartient par ces présentes. En tesmoing desquelles choses, nous, au jour d'uy derrain jour du dit moiz d'avril, ou dit an, avons seellées ces présentes du petit seel aux causes du dit bailliage. Donné comme dessus.
(Bibl. Nat., Quittances, t. 56, n» 245.)
1. Le 3 mai suivant, ce Jean le Courtois, qui devait être Normand, ains que son nom l'indique, et qui est mentionné comme demeurant à Bayeux, reçut de Jean Burnel, vicomte du dit lieu, un salaire de 6 livres tournois pour avoir dénoncé et livré sa compatriote. (Bibl. Nat., Quitt., t, 56, n» 2 5o.)