JUIN, PONTOISE
Henri VI mande au bailli de Rouen de faire injonction à tous nobles et gens d'armes, de quelque nation qu'ils soient, de rejoindre Jean, duc de Bedford, à Vernon avant le 3 juillet prochain, pour résister aux Français qui ont entrepris de faire lever le siège mis devant Ivry par les Anglais.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, au bailli de Rouen ou a son lieutenant, salut. Pour aucunes nouvelles sourvenues a nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedford, de la partie de noz ennemis et adversaires eulx vantans vouUoir venir briefment lever le siège mis devant la ville et forteresse d'Ivry, et pour résister a leur puissance, et autres causes a ce nous mouvans, nous, par l'advis de nostre dit oncle, vous mandons et expressément enjongnons par ces présentes que, incontinent ces lettres veues, vous faictes faire commandement a tous les nobles, suyans et frequentans les armes, de qulque nacion qu'ilz soient, en vostre bailliage, sur paine d'encourir nostre indignacion, et de perdre et forfaire leurs fiefz, qu'ilz soient montez, armez et arrayez souffisamment, tant hommes d'armes comme archers, pardevers nostre dit oncle en nostre ville de Vernon dedens le iii^ jour de juillet prouchain venant. Et ce faictes et faictes faire et acomplir par tout vostre dit bailliage si diliganment et par telle manière que en ce n'ait aucun delay ou defFault, en nous certiffiant suffisant sur ce. Donné a Pontoise soubz nostre seel ordonné en l'absence du grant, le xxiiiis jour de juing l'an de grâce mil ccccxxiiii, et de nostre règne le second. Par le roy, a la relacion de monseigneur le régent de France, duc de Bedford. J. Milet i.
[Arch. Nat., sect. hist., K 62, n« 12.)
I. Nous reproduisons cet important mandement diaprés un vidimus de Jean Salvain, écuyer, bailli de Rouen, daté de Rouen le 26 juin 1424.
1424, 2 JUILLET, VeRNON
Henri VI défend aux soudoyers, nouvellement venus d'Angleterre et payés de leurs gages jusqu'au mois de novembre, de s'enrôler avant cette date sous des capitaines autres que ceux avec lesquels ils ont passé la mer.
Henri, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, au bailli de Costantin ou a son lieutenant, salut. Il est venu a la congnoissance de nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedford, que plusieurs gens d'armes et de trayt, nouvellement venus de nostre royaume d'Angeleterre en nostre royaume de France, lesquelz nous avons fait paier pour jusques au mois de novembre prochainement venant, ont laissié et laissent un chascun jour leurs cappitaines soubz qui ilz estoient ordonnés, et pour nous fraulder et décevoir et prendre doubles gaiges, se vont ofiFrir a plusieurs cappitaines de noz duchié et pais de Normandie, dont grans inconveniens et perilz se pourroient ensuir ; car, quant nostre dit oncle cuideroit avoir grans prestz et appareilliés pour servir et les emploier en nos affaires et besongnes et reboutement de nos ennemis, il se trouveroit despourveu et desnué de puissance de gens, ce que ne voulons souffrir en aucune manière ; et pour ce, par l'advis et deliberacion de nostre dit oncle, vous mandons, commandons et enjoingnons très expressément que en toute diligence vous facie's crier et publier par tous les lieux de vostre bailliage ou l'on a acoustumé de faire crix et publicacions, et en faisant deflfence de par nous a toutes gens d'armes et de trayt, nouvellement venus de nostre dit royaume d'Angleterre, que, sur paine de la hart et de confiscacion de leurs terres, heritaiges et biens quelconques, ilz ne soient si hardis de eulz mettre ne tenir avecques quelconques cappitaines, devant le dit mois de novembre, [aultres que ceux] soubz qui ilz sont venus deçà la mer devers lesquelx nous voulons et leur mandons qu'ilz se trayent incontinent, et semblablement que
l38 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL
quelxconque cappitaine de nostre dit duchié de Normendie ne soit si hardi, sur la dicte paine, de les prendre ne retenir a gaiges, en souldées ne autrement, devant le dit mois de novembre. Et ou cas que trouvères aucuns des dessus diz gens d'armes et de trayt estans sans leurs dis cappitaines, trois jours après la publication de ces présentes, prennes les et sans delay ou depport les punisses corporelment de la paine dessus dicte et pareillement les cappitaines qui les auront prins et retenus contre nostre présente volonté et ordonnance. De ce faire vous donnons povoir, auctorité et mandement especial, mandons et commandons a tous nos justiciers, officiers et subgiez que a vous en ce faisant obéissent et entendent diligemment et vous prestent et baillent conseil, confort et aide, se mestier est et requis en sont. Donné a Vernon le second jour de juillet Fan de grâce mil cccxxiiii, et le second de nostre règne. Par le roy, a la relacion de monseigneur le régent, duc de Bedford. J. Rinel.
{Bibî. Nat., Quittances, t. 56, n" 285.)