JUILLET. — 1425, 29 A'VRIL
Frais de garde, pendant huit mois commençant le 10 juillet 1424, de Raoultt ou Raoul Murdrac, écuyer, remis comme otage à Thomas Burgh, capitaine d'Avranches, par Henri Murdrac, oncle du dit Raoul, lequel Henri avait reçu du dit capitaine une somme de 1,000 écus d'or pour livrer par trahison la ville du Mont- Saint- Michel .
A Guillaume Biote, vicomte de Carenten, qu'il avoit paiez a Jehan Bourdet, escuier, lieutenant de monseigneur Nicolas Bourdet, chevalier, capitaine de Carenten, et a autres pour leur paine et salaire d'avoir gardé, par l'espace de viii mois commençant le x^ jour de juillet mil cccc xxiin RaouUet Murdrac, escuier, a eulx baillé a garder de par le roy nostre
PIÈCES DIVERSES I Sg
sire par Thomas Bourg, escuier, capitaine d'Avranches, comme hostager baillié en hostage au dit Thomas par Henri Murdrac, oncle du dit Raoul, pour sceurté de entretenir et acomplir certaines promesses et convenances faictes par le dit Henry au dit Thomas Bourg touchant la reddition de la ville du Mont Saint Michiel ou pour restituer la somme de mil escus d'or i que le dit Thomas en avoit receuz du dit receveur gênerai et qu'il bailla aii dit Henry pour la cause dessus dicte , et pour avoir trouvé son vivre et neccessitez, le dit temps durant, dont il a esté ordonné et tauxé pour chascun mois VI livres tournois; par mandement de monseigneur du Mont Saint Michiel, commissaire etc., donné le xxix^ jour d'avril ccccxxv, cy rendu, et quittance du dit viconte faicte le
xxv'' jour de juing ensuivant ccccxxv xlviii livres
tournois.
(Bibî. Nat., ms. fr. no 44g i, f^ 41.)
I . On verra plus loin (no xxxv". que le duc de Bedford avait ordonnancé cette somme de 1000 écus d'or, salaire d'une infâme trahison, par lettres patentes datées de Paris le 12 avril 1424 (n. st.). Thomas Burgh, capitaine d'Avranches, donna quittance de cette somme le 27 de ce mois, mais elle ne dut être remise à Henri Murdrac que le jour où il livra son neveu comme otage, c^est-àdire le 8 juillet suivant. Dans l'intervalle, les Anglais, qui avaient intérêt à entretenir des relations avec le Mont-Saint-Michel et à se renseigner sur l'état de cette forteresse sans éveiller les soupçons, eurent recours pour cela à l'intermédiaire d'un certain Jean, évêque de Julin (ancien évêché situé sur la rive droite et près de l'embouchure de l'Oder, transféré en 1188 à Gamin, prov. de Poméranie), imposé comme coadjuteur ou plutôt comme suppléant à Jean de Saint-Avit, évêque d'Avranches, devenu suspect aux envahisseurs. A la date du 24 juin 1424, ce persoAnage, que nous n'hésitons pas à considérer comme une sorte d'espion épiscopal, avait réussi à s'introduire au Mont d'où il a daté une lettre de non-préjudice accordée aux religieux en présence de quatre des défenseurs de cette place, deux chevaliers, Guillaume de Nantray et Raoul de Mons, et deux écuyers, Jean de Sainte-Marie et Richard de Clinchamp. En voyant l'évêque de Julin, créature des Anglais, forcer l'entrée du Mont-Saint-Michel sous prétexte de visite pastorale, quelques jours seulement avant la conclusion de l'ignoble marché passé avec Murdrac, à la veille des opérations d'un long siège, il nous est impossible de ne pas concevoir quelques doutes sur la sincérité du suppléant de Jean de Saint-Avit, lorsqu'il écrit qu'il est venu « administrando subjectis ovibus pabula doctrine salutaris et beatissimum archangelum deprecandi causa » (Arch. du dép. de la Manche, fonds de l'évêché d'Avranches).
1424, 23 JUILLET, Rouen
Jean, régent de France, duc de Bedford, mande de faire acheter, jusqu'à concurrence de 8g3 livres 1 5 sous tournois , dans les vicomtes de Coutances et de Carenian, les seules parties du bailliage de Cotentin oii l'on soit sûr de trouver des vivres, l'approvisionnement pour un mois de la garnison de Tombelaine, dont Laurent Haulden, écuyer, est capitaine, et qui se compose de 3o hommes d'armes à cheval et de go archers.
Jehan, régent le royaume de France, duc de Bedford, a nostre très chier et bien amé escuier Hamon de Belkenap i, trésorier et gênerai gouverneur de noz finances en France et en Normendie et a nostre bien amé Pierre Surreau, receveur gênerai des dictes finances, salut et dilection. Pour consideracion de ce que nostre bien amé Laurent Haulden, escuier, cappitaine de Tombelaine, ne les gens d'armes et de trait de la garnison du dit lieu de Tombelaine ne pourroient bonnement avoir ne recouvrer vivres, s'ilz ne les prenoient es vicontés de Coustances et de Carenten et ou pais d'environ, et pour obvier aux fraudes et griefz qui en prenant les diz vivres pourroient estre commis et autres causes et consideracions a ce nous mouvans, voulions, vous mandons et enjoingnons expressément et a chascun de vous, si comme a lui appartendra, que par le bailli de Costentin, appelles et presens avecques lui les vicontés des diz lieux de Costentin et de Carenten, vous faictes prendre sur les habitans des dictes vicontés, par juste et raisonnable pris, des blés, vins, farines, bestail et autres vivres et provisions jusques a la
I. Dans les premiers mois de 1423, Hamon Belknap, écuyer, avait remplacé Richard Wydevile, institué grand sénéchal du duché de Normandie, dans la charge de trésorier et gouverneur général des finances de France et de Normandie, aux gages de 600 livres parisis par an [Bibl. Nat., ms. fr. 4485, fo 160). Le 10 janvier 1424, Belknap se fit donner les biens confisqués d'Alice Malherbe, femme de Jean de la Haye, baron de Coulonces [Arch. Nat., JJ 172, no 545).
somme ou valleur de viii^ iiiixx xiii livres xv sous tournois ou environ que se peuent monter les gaiges et regards du dit cappitainej de trente hommes d'armes a cheval, sa personne en ce comprinse, et de inixx et x archiers, pour le premier moiz du quartier d'an commenchant après Pasques derrain passées, et les baillier et délivrer, pour le dit pris, au dit cappitaine et a ses dictes gens d'armes et de trait ou a leur certain commandement, en deducion et rabat de ce qui leur est et sera deu pour leurs diz gaiges, en faisant paier iceulz vivres par les diz vicontes des deniers de leurs receptes aux personnes de qui ilz seront prins, ou leur faisant déduire et rabatre sur ce qu'ilz doivent ou devront a monseigneur le roy et a nous i, pour quelle cause que ce soit ou puist estre, tellement qu'ilz en doient estre contens. Et par raportant ces présentes que voulions estre garand a vous et autres a qui ce pourra touchier avec monstres ou reveues et quittances sur ce sufïisans , nous voulions et mandons icelle somme de viiic iiiixx xni livres xv sous tournois estre allouée es comptes de vous, du recepveur gênerai ou d'autres qui paie l'aura ou auront par noz très chiers et bien amés les gens des comptes de monseigneur le roy a Paris et partout aillieurs ou besoing sera, sans aucun contredit, non obstant mandement ou deffence a ce contraire. Donné a Rouen soubz nostre seel le xxiii^ jour de juillet l'an de grâce mil iiiic xxiiii. Par monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bedford. R. Veret.
(Bibl. Nat., Quittances, t. 56, w» 3oo.)
I. Cette mesure nous révèle la misère croissante des campagnes de Normandie et spécialement de TAvranchin. On y avait reçu la nouvelle que Jean, duc d'Alençon, et Jean de Harcourt, comte d'Aumale, s'avançaient à la tête d'une armée de secours rassemblée à Tours, à Angers et au Mans (La Roque, Hist. de la maison de Harcourt, IV, i683, i685, 1686), et l'on s'y préparait alors, en faisant la guerre de partisans {Arck. Nat., JJ 173, n»s 18, 52o), à un soulèvement en masse. Ce fut sur ces entrefaites, le 19 juillet 1424, que Bedford supprima la Chambre des Comptes, établie à Caen par le gouvernement anglais, et la réunit à celle de Paris (^Bibl, Nat., ms. fr. n" 4485, t» 408).
1424, AOUT^ Rouen
Lettre de rémission octroyée par Henri VI à Robin Esme, de Beaumont-le- Roger, mentionnant une panique des valets et de quelques hommes d'armes de l'armée anglaise à la bataille de Verneuil et un soulèvement en masse des habitants des villages où les fuyards avaient apporté la nouvelle de cette panique.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, faisons savoir a tous presens et avenir nous avoir receu l'umble supplicacion de Robin Esme, aagié de xl ans ou environ, chargié de femme et enfans, demeurant a Beaumont le Rogier i ou bailliage d'Evreux, contenant comme, le xvni'î jour d'aoust derrain passé qui fut le landemain de la victoire 2 que nostre benoist Créateur nous a voulu de sa grâce envoier devant Vernuel 3 soubz le gouvernement de nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent le royaume de France, duc de Bedford, pluseurs variez, pages et autres gens de lasche courage se feussent partiz de la bataille et compaignie de nostre dit oncle et eussent publié en pluseurs lieux de nostre pais de Normendie que nostre dit oncle estoit desconfit et la bataille perdue pour nous, a l'occasion de laquelle rimeur autres personnes se feussent mises sus, en induisant le dit suppliant et pluseurs autres simples