‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 89 sur 144 · Ï SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

Ï SEPTEMBRE

Montre de 6 hommes d'armes et de 14 archers composant l'effectif de la garnison du château de Régnéville, dont 2 hommes d'armes et 8 archers sont employés au siège du Mont-Saint- Michel.

Les monstres des gentz d'armes et archiers de la retenue de messire Wautier Hungerford, chevalier, capitaine de Renierville , prinses par Johan Brynkeley, esquier, lieutenant gênerai de la seneschalsie de Normendie, le xxi jour de septembre l'an M iiiic XXIV.

Hommes d'armes :

William Wolston i, c. 2 ; Robert Brygham, p. 3 5 William

1. William ou Guillaume Wolston, écuyer, lieutenant à Régnéville et receveur de Walter de Hungerford, s'était fait donner, à l'exemple de son maître, une bonne part dans la dépouille des seigneurs de Normandie restés fidèles à la cause française. Par acte daté de Rouen le 29 septembre i43o, il fit hommage à Henri VI des fiefs suivants : 1° Ver, 2» Corbigny, 3" Linverville, 4» Boisroger, en la vicomte de Goutances ; 5» Ravenoville, en la vicomte de Garentanjô" Fréville, 7» Saint-Germain-le-Gaillard, 8» Goberville, en la vicomte de Valognes; 9" Christot, eu la vicomte de Caen (Arch. Nat., P 267 2, n» 453).

2. La lettre c, suivie d'un point, désigne un homme d'armes ou un archer à cheval.

3 . La lettre p., suivie d'un point, désigne un homme d'armes ou un archer à pied.

l6o CHRONIQUE DU MONT-SÂINT-MICHEL

Huet I , p.; Thomas Argentyn, p.; — Thomas Pensax, Waultier Boley, au siège de Mount Saint Michel.

Archiers :

Johan Havey, c; Johan Cook, p.; Johan Boy, p.; Thomas Clobbere, p.; Johan Dotescombe, c; Johan Argenton, c. — William Baduale, Piers Hankeford, William Cotoun, Johan Clerc, Ricart Grayson, Robert Reyson, William Sporiere, Robert Jonessonne, toutz a dit siège de Mount.

(Bibl. Nat., ms. fr. w» 6538, f° 68, n"^ 58 et 5g.)

1424, 3l OCTOBRE, BASTILLE d'aRDEVON

Nicolas Burdeit, bailli du Cotentin, commissaire et capitaine député pour tenir le siège du Mont-Saint-Michel , mande au vicomte de Carentan de payer à Jean Fay, bourgeois de Coutances, un millier de chaussetrapes, 6 livres de clous à latte, 10 livres de fil destiné à faire des cordes d'arbalètes, lesquels objets ont été achetés pour mettre en bon état de défense la bastille d'Ardevon, élevée devant la forteresse du dit Mont-Saint- Michel.

Nicolas Bourdet, chevalier, seigneur de Bonneboz, grant bouteiller de Normendie, bailli de Costentin, commissaire et capitaine de par le roy nostre sire et mon très redoubté seigneur monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bedford, pour tenir le siège du Mont Saint Michiel, au viconte de Carenten, salut. Gomme pour la seurté, tuiscion et deffense de la bastille d'Ardevon devant la ville et forteresse du Mont Saint Michiel, laquelle nous avons fait faire par l'ordenance et commandement du roy nostre dit seigneur et

I. Ce nom est écrit Hewetdans une montre de la même garnison, en date du 9 février 1424 (n. st.).

PIÈCES DIVERSES l6l

de très hault et puissant prince monseigneur le regeht le royaume de France, duc de Bedford, nous aions fait prendre en la ville de Constances, en l'ostel de Jehan Fay, bourgois du dit lieu, un millier de cauquetrapes qui ont esté tauxées et prises a xii livres tournois, vi livres de clou a late pour couvrir en la dicte bastille au prix de xv sous chascun millier, dix livres de fil por faire cordes a erbalaystres, au prix de II sous VI deniers la livre, toutes lesquelles parties se montent en somme toute xvii livres xv sous tournois, si vous mandon que, des deniers de vostre recepte, vous paiez et délivrez lu dit le Faye la dicte somme de xvii livres xv sous tournois et, par rapportant ces présentes ovecque quitance du dit Faye, nous prions et requérons a nos signeurs les gens des comptez du roy nostre sire que la dicte somme ilz alouent en voz comptes et rabatent de vostre dicte recepte, ainsi qu'il appartient. Donné en la dicte bastille le derrain jour d'octobre l'an mil iiiic xxiiii. J. de Mante.

(Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 462, dossier io,3o3, «0 4, au mot Bourdet.)

Rémission octroyée par Henri VI aux deux frères Jean dits Hiirel, communs en biens, l'aîné laboureur, le cadet maître d'école, rançonnés à 3i francs d'or par les Anglais de la garnison d'Essai pour avoir donné asile à un petit enfant de sept à huit ans qui leur avait été confié vers le mois de septembre 1422 par Robin Lorieult tenant le parti des ennemis.

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons a tous presens et avenir nous avoir receu l'umble supplicacion et requeste des parens et amis charnelz de Jehan et Jehan, diz Hurel, frères, communs en biens, noz hommes subgiez n'agaires demourans en la pa-

roisse de Saint Estienne de Courtainnes i ou bailliage d'Alençon, l'un d'iceulx frères, c'est assavoir l'ainsné, soy entremettant du fait de labour, et l'autre povre escollier soy entremettant pour avoir sa povre vie et substentacion de fait d'escolage et de moustrer science et doctrine 2 a son povoir a enfans que père et mère lui vueillent baillier , contenant comme, environ la Purificacion Nostre Dame derrain passée eut deux ans, iceulx frères lors et depuis demourans en la dicte parroisse de Saint Estienne de Courtaines, vint par nuit en l'ostel d'iceulx frères un nommé Robin Lorieult, acompaignè de onze ou douze personnes tous tenans le parti de noz ennemis et adversaires, lequel Lorieult dist aus diz frères ces parolles ou semblables en substance : « Vous, Jehan Hurel, et vous, maistre d'escolle, son frère, je viens yssi devers vous. J'ay un petit enfant de l'aage de sept a huit ans. Il convient que vous le me gardez, nourriciez, gouvernez et doctrinez en vostre escoUe bien et deuement, ainsi que bien faire le saurez, et je le vous desserviray une autre foiz en aucun endroit. » Et sans ce que par le dit Lorieult leur feust bailliè alors ou depuis or, argent ne autre chose pour la nourreture et escollage et despence du dit enfant, iceulz frères, doubtans les maies entreprises du dit Lorieult et ses complices , se chargèrent de la garde du dit eiifant pour Dieu et en euvre de charité, sans ce que depuis le dit bail le dit Lorieult, père du dit enfant, ait conversé ou arresté en aucune manière depuis le dit temps que une foiz ou deux a l'ostel des dis frères en passant son chemin avecques nos diz ennemis et sans arrester ou dit hostel. Depuis lequel temps le dit enfant a tousjours demourè avecques les dis Hurel frères jusques a nagaires que, par intercession et moien d'aucunes personnes leurs haineus et malveillans, le cas dessus dit a esté anoncé a aucuns des gens de la garnison de

t. Auj. Saint-Étienne-sur-Sarthe, section de la commune de Saint- Aubiflde-Courteraie, Orne, arr. Mortagne, c. Bazoches-sur-Hoène.

2. Nous publions ici cette curieuse pièce parcequ'on y trouve la preuve que, malgré la désorganisation résultant de l'occupation anglaise, une petite paroisse de basse Normandie, qui n'est aujourd'hui qu'une section de commune, était pourvue d'une école dont le maître, vivant en communauté de biens avec un laboureur son frère, se chargeait de l'éducation du fils d'un proscrit, Robin Lorieult, resté fidèle à la cause française.

PIÈCES DIVERSES l63

nostre ville et chastel d'Essay i, disans que les dis frères avoient gardé, nourry et gouverné, recellé et tenu a l'escolle par l'espace de deux ans ou plus un enfant d'un homme tenant nostre parti contraire. Et donc sans arrest, impétueusement et de félon courage, iceulx gens de nostre dicte garnison d'Essay vindrent en l'ostel des diz frères, la nuitée des Mors derrain passée, en laquelle ilz trouvèrent l'un d'iceulx frères, c'est assavoir le dit laboureur, lequel ilz prindrent, lièrent et menèrent a telle loy que par leur dure contrainte et oppression il leur promist paier la somme de xxxi francs d'or, sans le mener devers les gens de nostre justice... Si donnons en mandement par ces présentes aux bailliz de Caen et d'Alençon... Donné a Paris ou mois de novembre l'an de grâce mil ccccxxiiii, et de nostre règne le tiers. Ainsi signé. Par le roy, a la relacion du Conseil. Oger.

(Arch. Nat., sect. hist., JJ iy3, n" ig, p lO.)

1424, 10 NOVEMBKE

Nicolas Burdett, bailli du Cotentin, commissaire et capitaine chargé par le roi et par le régent de France de faire le siège du M ont- Saint-Michel, mande au vicomte de Carentan de payer le coût des accessoires de six arbalètes à haussepied et aussi de deux chaînes destinées au pont-levis d'une bastille nouvellement construite à Ardevon en vue du blocus du dit Mont- Saint-Michel.

Nicolas Burdet, chevalier, sire de Bonnebos, grant boutillier de Normendie, bailli de Costentin, commissaire et

I. Essai, Orne, arr. Alençon, c. le Mesle-sur-Sarthe. Le capitaine delà garnison anglaise d'Essai était alors Richard Ghetin, écuyer {Bibl. Nat., ms. fr. n" 4485, fos 84, 107), qui fut remplacé le !'=>' novembre 1424 par Guillaume Oldalle, chevalier {Ibid., ms. fr. n" 4491, f" 82), et cette garnison se composait de 6 hommes d'armes, dont 3 à cheval et 3 à pied, et de 18 archers. 11 y avait

cappitaine de par le roy nostre souverain seigneur et de par très hault et très puissant prince et mon très redoublé seigneur monseigneur le régent le royaulme de France, duc de Bedford, pour tenir par la terre le siège devant la place et forteresse du Mont Saint Michiel, au viconte de Carenten ou [a son lieutenant], salut. Comme, pour la fortifficacion d'une bastille que avons fait faire a Ardevon devant la dicte place du Mont, par le commandement et ordonnance du roy nostre dit seigneur et de mon dit seigneur le régent, pour subjuguer et mettre en l'obéissance du roy nostre dit seigneur la dicte place du Mont, nous avons fait faire et forgier du fer du roy nostre dit seigneur a Jehan de la Haie, mareschal, deux caynes avecques plusieurs boiteaux, chevillez et liens au pont levant d'icelle bastille, et aussi six chevillez et six cros pour le fait de six tabletes a tendre arbalestes a hauchepié, lesquelles choses nous avons tauxées, eu sur ce le rapport de plusieurs ouvriers et gens en ce recongnoissans, a la somme de douze livres dix solz, sy vous mandons et enchargeons de par le roy nostre dit seigneur que, des deniers de vostre recepte, vous paiez et délivrez au dit mareschal la somme de xii livres x solz devant dicte et, par rapportant ces présentes avecques quittance suffisante du dit, nous requérons a nos seigneurs les gens des comptes du roy nostre dit seigneur a Paris que icelle somme ilz vous allouent en vos prochains comptes et rabatent de vostre dicte recepte, ainssi qu'il appartendra. Donné pour tesmoing de ce soubz le petit seel aux causes du dit bailliage, le x^ jour de novembre l'an mil inic xxiiii. J. de Mante.

{Bibl. Nat., Quittances, t. 56, n° 345.)

tout près d'Essai, à Montperroux (Orne, arr. Alençon), une importante confrérie de Notre-Dame dont les statuts nous ont été conservés avec la liste des membres de cette confrérie depuis la fin du xiv» siècle, et l'on y voit figurer les noms des capitaines anglais d'Essai {Arch. Nat., K 1200).

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