CCL1II
1445, l3 DÉCEMBRE, WESTMINSTER
Henri VI, en conséquence d'une donation faite à la reine sa femme de toutes les sommes que lui devait son cousin le duc de Somerset au moment de sa mort, mande aux gens de ses comptes et à Jean Stanlawe, écuyer, trésorier et général gouverneur de ses finances en France et en Normandie, de faire recouvrer par ses receveurs ce qui reste apercevoir d'un impôt levé en Normandie par le dit duc de Somerset à l'occasion et sous le prétexte du transport des bagages de son armée.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, à noz amez et feaulz conseilliers les gens de noz comptes à Rouen et à Jehan Stanlawe, escuier, trésorier et gênerai gouverneur de toutes nos finances en France et en Normandie, salut et dileccion. Pour la bonne et singulliere amour que nous avons à nostre très chiere et très amée compaigne la royne et aultres causes et consideracions à ce nous mouvans, nous lui avons donné, octroyé et transporté, donnons, octroyons et transportons par ces présentes les dettes que nous devoit et povoit devoir en France et en Angleterre feu nostre très chier et très amé cousin le duc de Sommercet, au jour de son trespassement, tant à cause et
pour raison de l'armée que derrainement lui ordonnasmes pour icelle mener en noz pais de France et duchié de Normandie comme autrement, en quelque manière que ce soit, à l'occasion de laquelle lui feismes délivrer et paier en Angleterre très grosse somme de deniers, pour convertir et emploier ou paiement des gens d'armes et de trait que lors mena oultre la mer avec lui. Et avec ce, pour ce que ne voulions grever ne chargier noz subgetz de nostre dicte duchié de Normandie ne de noz aultres pais de France à nous obeissans, lui feismes d'abondant délivrer en cetuy nostre royaume, avant son partement, une aultre grant somme de deniers pour paier charioz, charettes, pionniers, manouvriers et aultres gens dessus dis, comme dit est, lesquelz il ne paia aucunement du dit argent d'Angleterre, mais rlst cueillir et lever sur noz subgiez de Normandie et autre part de la mer grosses sommes de deniers soubz umbre des dis charioz, charettes, maçons, charpentiers, pionniers et manouvriers. Et pour ce que nous voulons des choses dessus dictes estre au vray informez pour avoir tele restitucion que selon raison appartendra, voulons et vous mandons et à chascun de vous, si comme à lui appartendra, que par noz vicontes de Normendie et toutes autres personnes, qui ont cuilli et levé, par l'ordonnance de feu nostre dit cousin, à l'occasion dessus dicte, sur nos dis subgiez aucuns deniers, vous vous faictes informer deuement et dilligemment des sommes levées et receues, en contraignant les collectours et receveurs d'icelles à en rendre compte et reliqua par toutes voies deues et raisonnables, ainsi qu'il est acoustumé de faire pour noz propres debtes, et en arrestant et metant en nostre main tous biens meubles, debtes et héritages estans en Normendie et autre part es lieux de par delà à nous obeissans que trouverez estre et appartenir à nostre dit cousin, pour les conserver au prouffit de nostre dicte compaigne, ainsi qu'il appartendra par raison. Et de tout ce que aurez fait et trouvé es choses dessus dictes, nous certifiiez en la plus grant dilligence qu'il vous sera possible. Desquelles choses faire vous donnons povoir, auctorité et mandement especial, mandons et recommandons à tous noz justiciers, officiers et subgietz que à vous es choses dessus dictes obéissent et entendent dilligemment, et vous donnent conseil, confort et aide, se
PIECES DIVERSES îgi
mestier est et par vous en sont requis. Donné en nostre palays de Westmoustier le treiziesme jour de décembre l'an de grâce mil cccc quarante cinq, et de nostre règne le xxime. Par le roy, messire James Ffenys, chevalier, présent. M. de Paris.
(Arch. Nat., sect. hist., K 68, w° /p, /» t.)
CGLIV
Montre d'Owen Tudor, lance à cheval, capitaine de Régnéville, et de la garnison du dit château composée de 4 lances à pied et de iS archers.
Monstres de une lance à cheval et quatre à pié avecques les archiers estans en garnison au chastel de Renierville soubs noble homme OwaynThuder ', cappitainedu dit lieu, sa personne comprinse, prinses pour ce présent quartier finissant à Noël prouchain venant par nous Jehan Simon, lieutenant gênerai de honnourable homme et saige Pierres Osber, viconte de Coustances, et Guillaume Goulet, contrerolleur de la dicte garnison, le xxne jour de décembre l'an mil iiiic et quarante cinq, ainsi que ci après enssuit. Et premièrement.
1. L'endenture en vertu de laquelle Henri VI institua Owen « Tudur » ou Tudor, écuyer, garde et capitaine des château, lieu et place forte de Régnéville, est datée de Rouen le 20 décembre 1444 [Bibl. Nat., Quitt., t. 82, n" 5i23). Guillaume Mineurs, écuyer, qui avait consenti à se désister de cette capitainerie en faveur d'Owen Tudor, reçut à titre de dédommagement une somme de 3oo livres tournois (Ibid., n" 5 120).
Lances :
Owayn Thuder, cappitaine, lance à cheval. Guillaume Thorp, Guillaume Goulet, Richart Robert, Thoumas Browe, lances à pié.
Archiers :
Jouhan Templier. Jouhan Creston. Jouhan Handoyn. Jehan Warde. Davy Flyngth. Thoumas Breton. Clément Ovreton. Emesfrey Gyton. Jouhan Grynelef. Rogier Bryd. Jouhan Allecot. Guillaume Portier. Richart Conq. Richard de Ver. Thoumas Wentewarde.
Tous lesquelz dessus nommés, lances et archiers, nous certifiions à tous à qui il appartient estre montés, armés et habilliés bien et suffisamment, chascun selon son estât, tesmoing nos signes manuelz le dit xxne jour de décembre l'an dessus dit mil jiiic xlv. Simon. Goullet.
(Arch. Nat., sect. hist., K 68, n° i2z3J
1446 (n. st.), mars, chinon
Charles VII, à la requête de son cousin Jean de Lorraine, capitaine de Granville, affranchit des aides pour la guerre ainsi que de toutes tailles, subventions et redevances ceux qui viendront habiter un lieu de la dite place de Granville, dit le Roc, lieu fortifié pour la première fois par les Anglais huit ans environ auparavant, repris depuis quatre ans par les Français et où il n'y avait naguère qu'une église paroissiale sous l'invocation de Notre-Dame, but d'un très ancien pèlerinage.
Charles etc., savoir faisons etc., que comme à l'occasion des guerres et divisions qui puis quarante ans ença ont esté
PIÈCES DIVERSES Ig3
en nostre royaume plusieurs citez, villes, forteresses, passaiges et pors de mer soient cheuz et tournez les ungs en diminucion et les autres en ruyne et desercion, et mesmement en nostre pais et duchié de Normandie, -duquel noz anciens ennemys et adversaires les Anglois détiennent et occuppent grant partie, et lesquelz, par forme de nouvelle habitacion et creacion de ville, ayent puis huit ans ' ença ou environ commandé à eddiffier, fortifier et emparer une place et champ séant sur ung roich, presque tout environné de mer, ouquel n'avoit aucun ediffice ou habitacion, fors seulement une église parroissial très dévote fondée en honneur et révérence de Nostre Dame, la dicte place nommée Grantville 2, que l'on dit estre ung des plus anciens pelerinaiges de nostre dit pais de Normandie et où sont advenuz et adviennent souvent de beaulx et apparens miracles. En laquelle parroisse souloit avoir plusieurs villaiges, bourgades et hameaulx appartenans à la dicte parroisse, ouquel champ nos diz ennemys firent lors ville et chastel comme en la plus forte et avantaigeuse place et clef de pays par mer et par terre que l'en peust choisir et trouver affin de tenir le dit pays de Normandie et les marches voisines en subgeccion ; laquelle place, puis quatre ans ença, ait esté par aucunes gens de guerre de nostre party mise et reduicte en nostre obéissance ; et depuis, à ce que nos diz ennemys ne trouvassent manière, par puissance, par amblée ne autrement, de la mettre hors de noz mains, et pour obvier aux dommaiges et inconveniens qui par la perdicion d'icelle se peussent estre et pourroient ensuir à nostre dit royaume et seigneurie, ayons fait emparer et fortiffier la dicte place et icelle fait pourveoir de gens de guerre, de vivres, d'artillerie et autres choses propices, convenables et neccessaires; et il soit ainsi que nostre chier et amé cousin Jehan de Lorraine, capitaine de par nous de la dicte place de Granville, et les chevaliers, escuiers et autres gens de guerre, estans illec soubz lui en garnison, et pareillement les manans et habitans du dit lieu
i. La pièce est datée de mars 1446 (n. st.), ce qui ferait remonter la fondation de Granville ou du moins de la ville haute appelée aussi le Roc par les Anglais à 1438.