‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 25 sur 103 · LE BEN DEZ- VOUS · texte numérisé non relu

LE BEN DEZ- VOUS

— Monsieur, votre grande vaillance m*a fait oublier la réserve habituelle de notre sexe ; j*ai voulu voir un cavalier accompli, et je le trouve tel que la renommée le publie.

Mergy rougit et s'inclina. — Aurez-vous donc la cruauté , madame , de conserver ce masque , qui , comme un nuage envieux , me cache les rayons du soleil? (Il avait lu cette phrase dans un livre traduit de l'espagnol.)

— Seigneur cavalier , si je suis contente de votre discrétion, vous me verrez plus d'une fois à visage découvert; mais pour aujourd'hui contentez-vous du plaisir de m' entretenir.

— Ah ! madame , ce plaisir, tout grand qu'il est , ne me fait désirer qu'avec plus de violence celui de vous voir.

D était à genoux , et semblait disposé à soulever le masque.

— Poco a poco • ! seigneur Français ; vous êtes trop vif. Rasseyez-vous , ou je vous quitte à l'instant. Si vous saviez qui je suis, et ce que j'ose pour vous voir, vous vous tiendriez pour satisfait de l'honneur seul que je vous fais en venant ici.

— En vérité , il me semble que votre voix m'est connue.

— C'est cependant la première fois que vous l'entendez. Dites-moi , êtes-vous capable d'aimer avec constance une femme qui vous aimerait? . . .

— Déjà je sens auprès de vous...

— -Vous ne m'avez jamais vue, ainsi vous ne

•Tout doux!

pouvez m' aimer. Que savez-vous si je suis belle ou laide ?

— Je suis sûr que vous êtes charmante. L'inconnue retira sa main , dont il s'était emparé ,

et la porta à son masque . comme si elle allait Tôter.

— Que feriez- vous , si vous alliez voir paraître devant vous une femme de cinquante ans , Isiide à faire peur?

— Cela est impossible.

— A cinquante ans on aime encore. (Elle soupira, et le jeune homme frémit.)

— Cette taille élégante , cette main que vous essayez en vain de me dérober , tout me prouve votre jeunesse.

Il y avait plus de galanterie que de conviction dans cette phrase.

— Hélasj

Mergy commença à concevoir quelque inquiétude.

— Pour vous autres hommes Tamour ne suffit pas. Il faut encore la beauté. (Et elle soupira encore.)

— Laissez-moi , de grâce , ôter ce masque. . .

— Non , non ; et elle le repoussa avec vivacité. Souvenez-vous de votre promesse ! Puis elle ajouta d'un ton plus gai : Je risquerais trop à me dénmsquer. J'ai du plaisir à vous voir à mes pieds , et si par hasard je n'étais ni jeune ni jolie... à votre gré du moins. . . peut-être me laisseriez- vous là toute seule.

— Montrez-moi seulement cette petite main. Elle ôta un gant parfumé , et lui tendit une main

blanche comme la neige.

— Je connais cette main ! s'écria-t-il ; il n'y en a qu'une aussi belle à Paris.

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