‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 40 sur 103 · LB VINGT-QUATRE AOUT · texte numérisé non relu

LB VINGT-QUATRE AOUT

Seine, espérant s'y embarquer et se dérober aux coups de leurs ennemis, se trouvaient n'avoir à choisir qu'entre les flots ou les hallebardes des soldats qui les poursuivaient. Cependant, à Tune des fenêtres de son palais , on voyait , dit-on , Charles IX armé d'une longue arquebuse , quigiboyait aux pauvres passants^ Le capitaine, enjambant des corps morts , et s'édaboussant avec du sang , poursuivait son chemin , exposé à chaque pas à tomber victime de la méprise d'un massacreur. Il avait remarqué que les soldats et les bourgeois armés portaient tous une écharpe blanche au bras et une croix blanche au chapeau. Il aurait pu facilement prendre ce signe de reconnaissance ; mais l'horreur q\ie lui inspiraient les assassins s'étendait jusqu'aux marques qui leur servaient à se faire reconnaître.

Sur le bord de la rivière , près du Châtelet , il s'entendit appeler. U tourna la tête , et vit un homme armé jusqu'aux dents , mais qui ne paraissait p^ faire usage de ses armes, portant d'ailleurs la croik blanche à son chapeau , et roulant un morceau de papier entre ses doigts d'un air tout à fait dégagé. C'était Béville. n regardait froidement les cadavres et les hommes vivants que Ton jetait dan§ la Seine par-dessus le pont au Meunier.

— Que diabl» fais-tu ici^ Cfeorge? Est-ce un miracle, ou bien est-ce la grâce qui te donne ce beau zèle , car tu m'as l'air d'aller à la chasse aux huguenots t

— Et toi-même , que fais-tu au milieu de ces misérables?

* D'Àubigné , Histoire ui^iverselle.

218 ClinONIQUE DE CHABLES IX.

— Moi? parbleu , je regarde ; c'est un spectacle. Et sais-tu le bon tour que j'ai fait! Tu connais bien le vieux Michel Comabon , cet usurier huguenot qui m'a tant rançonné 1 . . .

— Tu l'as tué , malheureux !

— Moi ? fi donc ! Je ne me mêle point d'affaires de religion. Loin de le tuer, je l'ai caché dans ma cave , et lui m'a donné quittance de tout ce que je lui dois. Ainsi j'ai fait une bonne action , et j'en suis récompensé. Il est vrai que, pour qu'il signât plus facilement la quittance, je lui ai mis deux fois le pistolet

à la tête , mais le diable m'emporte si j'aurais tiré

— Tiens , regarde donc cette femme arrêtée par ses

jupons à une des poutres du pont. Elle tombera ;

non , elle ne tombera pas ! Peste I ceci est curieux , et mérite qu'on le voie de plus près.

George le quitta , et il se disait en se frappant la tête : — Et voilà un des plus honnêtes gentilshommes que je connaisse aujourd'hui dans cette ville !

Il entra dans la rue Saint-Josse , qui était déserte et sans lumière ; sans doute pas un seul réformé ne l'habitait. Cependant on y entendait distinctement le tumulte qui partait des rues voisines. Tout à coup les murs blancs sont éclairés par la lumière rouge des torches. Il entend des cris perçants , et il voit une femme à demi nue , les cheveux épars , tenant un enfant dans ses bras. Elle fuyait avec une vitesse surnaturelle. Deux hommes la poursuivaient , s' animant l'un l'autre par des cris sauvages , comme des chasseurs qui suivent une bête fauve. La femme allait se jeter dans une allée ouverte , quand un des poursuivants fit feu sur elle d'une arquebuse dont il était anïié. Le coup

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