‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 46 sur 103 · LA NOUE · texte numérisé non relu

LA NOUE

FOEMESTE.

Câp de yoa ! cet bomine ne se mouche pas du talon.

D'AuMOMé, le Baron 4ê FœtusU.

Les assiégés venaient de faire une sortie heureuse contre les ouvrages avancés de Farmée catholique. Ils avaient comblé plusieurs toises de tranchées , culbuté des gabions et tué une centaine de soldats. Le détachement qui avait remporté cet avantage rentrait dans la ville par la porte de Tadon. D'abord mardiait le capitaine Dietrich avec une compagnie d'arquebusiers, tous le visage échauffé, haletants et demandant à boire , marque certaine qu'ils ne s'étaient pas épargnés. Venait ensuite une grosse troupe de bourgeois, parmi lesquels on remarquait plusieurs femmes qui paraissaient avoir pris part au combat. Suivait une quarantaine de prisonniers , la plupart couverts de blessures et placés entre deux files de soldats qui avaient beaucoup de peine à les défendre de la fureur du peuple rassemblé sur leur passage. Environ vingt cavaliers formaient T arrière-garde. La Noue , à qui Mergy servait d'aide de camp , marchait le dernier. Sa cuirasse avait été faussée par une balle , et son cheval était blessé en deux endroits. De sa main gauche il tenait encore un pistolet déchargé , et , au moyen d'un crochet qui sortait , au lieu de main ,

de son brassard droit , il gouvernait la bride de son cheval.

— Laissez passer les prisonniers , mes amis ! s'écriait-il à tous moments. Soyez humains , bons Rochelois. Us sont blessés, ils ne peuvent plus se défendre : ils ne sont plus ennemis.

Mais la canaille lui répondait par des vociférations sauvages : Au gibet les papistes ! à la potence ! et vive La Noue !

Mergy et les cavaliers , en distribuant à propos quelques coups du bois de leurs lances , ajoutèrent à l'effet des recommandations généreuses de leur capitaine. Les prisonniers forent enfin conduits dans la prison de la ville et placés sous bonne garde dans un endroit où ils n'avaient rien à craindre des fureurs de la populace. Le détachement se dispersa , et La Noue , accompagné de quelques gentilshommes seulement , mit pied à terre devant l'hôtel de ville au moment où le maire en sortait, suivi de plusieurs bourgeois et d'un ministre âgé nommé Laplace.

— Eh bien ! vaillant La Noue , dit le maire en lui tendant la main , vous venez de montrer à ces massacreurs que tous les braves ne sont pas morts avec M. l'Amiral.

— L'affaire a tourné assez heureusement, monsieur, répondit La Noue avec modestie. Nous n'avons eu que cinq morts et peu de blessés.

— Puisque vous conduisiez la sortie , monsieur de La Noue , reprit le maire , d'avance nous étions sûrs du succès.

— Eh ! que ferait La Noue sans le secours de Dieu ? s'écria aigrement le vieux ministre. C'est le Dieu fort

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qui a combattu pour nous aujourd'hui ; il a écouté nos prières.

— ^ C'est Dieu qui donne et qui ôte la victoire à son gré, dit La Noue d'une voix calme, et ce n'est que lui qu'il faut remercier des succès de la guerre. Puis , se tournant vers le maire : — Eh bien ! monsieur , le conseil a-t-il délibéré sur les nouvelles propositions de Sa Majesté?

— Oui , répondit le maire ; nous venons de renvoyer le trompette à Monsieur en le priant de s'épargner la peine de nous adresser de nouvelles sommations. Dorénavant ce n'est qii'à coups d'arquebuse que nous y répondrons.

— Vous auriez dû faire pendre le trompette , observa le ministre ; car n'est-il pas écrit : Quelques méchants garnements sont sortis du milieu de toi, qui ont

voulu séduire les habitants de leur ville Mais tu

ne manqueras point de les faire mourir : ta main se7'a lapremière sur eux , et ensuite la main de tout le peuple. La Noue soupira et leva les yeux au ciel sans répondre.

— Quoi ! nous rendre ! poursuivit le maire , nous rendre quand nos murailles sont encore debout , lorsque l'ennemi n'ose même les attaquer de près , tandis que tous les jours nous allons l'insulter dans ses tranchées! Croyez-moi, monsieur de La Noue, s'il n'y avait pas de soldats à la Rochelle , les femmes seules suflSraient pour repousser le& écorcheurs de Paris.

— Monsieur, quand on est le plus fort , il faut parler avec ménagement de son ennemi , et quand on est le plus faible...

— Eh ! qui vous dit que nous somn^es les plus fai-

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blesî interrompit Laplace. Dieu ne combat-il pas pour nous? Et Gédéon avec trois cents Israélites n'était-il pas plus fort que toute Tarmée des Madianites ? -— Vous savez mieux que personne, monsieur le maire , combien les approvisionnements sont insuffisants. La poudre est rare, et j'ai été contraint de défendre aux arquebusiers de tirer de loin.

— Montgomery nous en enverra d'Angleterre , dît le maire.

— Le feu du ciel tombera sur les papistes , dit le ministre.

— Le pain enchérit tous les jours, monsieur le maire.

— Un jour ou l'autre nous verrons par^tre la flotte anglaise , et alors l'abondance renaîtra dans la ville.

— Dieu fera tomber la manne s'il le faut! s'écria impétueusement Laplace.

— Quant au secours dont vous parlez, reprit La Noue , il sufiBt d'un vent de sud de quelques jours pour qu'il ne puisse entrer dans notre port. D'ailleurs il peut être pris.

— Le vent soufflera du nord! Je te le prédis, homme de peu d© foi , dit le ministre. Tu as perdu le bras droit et ton courage en même temps.

La Noue paraissait décidé à ne pas lui répondre. Il poursuivit, s' adressant toujours au maire.

— Quand nous perdons un homme , c'est pour nous plus que si l'ennemi en avait perdu dix. Je crains que, si les catholiques pressent le siège avec vigueur , nous ne soyons contraints d'accepter les conditions plus dures que celles que vous rejetez maintenant avec mépris. Si, comme je l'espère, le roi veut bien se con-

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