‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 83 sur 103 · LA BELLE SOPHIE · texte numérisé non relu

LA BELLE SOPHIE

étouffer. O mes amies , venez à mon aide , le bey de Moïna veut m'étouffer ! O ma mère , ô ma mère ! venez à mon aide , car il m'a mordue à la veine du cou , et il suce mon sang.

NOTES

* Ce morceau , fort ancien , et revêtu d'une forme dramatique que l'on rencontre rarement dans les poésies lliyriques, passe pour un modèle de style parmi les joueurs de guzia morlaques. On dit qu'une anecdote véritable a servi de thème à cette ballade , et l'on montre encore dans la vallée de Scign un vieux tombeau qui renferme la belle Sophie et le bey de Moïna.

> Le kuum est le parrain de l'un des époux. Il les accompagne à l'église et les suit jusque dans leur chambre à coucher, où il délie la ceinture du marié , qui , ce jour-ià , d'après une ancienne superstition, ne peut rien couper, lier, ni délier. Le kuum a même le droit de faire déshabiller en sa présence les deux époux. Ijonqu'il juge que le mariage est consommé , il tire en l'air un coup de pistolet , qui est aussitôt accompagné de cris de joie et de coups de feu par tous les svati.

' Ce sont les membres des deux familles, réunis pour le mariage. Le chef de l'une des deux familles est le président des svati, et se nomme stari-svat. Deux jeunes gens, appelés diveri, accompagnent la mariée et ne la quittent qu'au moment où le kuum la remet à son époux.

* Pendant la marche de la 'mariée , les svati tirent continuellement des coups de pistolet , accompagnement obligé de toutes les fêtes , et poussent des hurlements épouvantables. Ajoutez à cela les joueurs de guzIa et les musiciennes , qui chantent des épithalames souvent improvisés , et vous aurez l'idée de l'horrible charivari d'une noce morlaque.

<* La mariée , en arrivant à la maison de son mari , reçoit des mains de sa belle-mère ou d'une des parentes ( du côté du mari ) un crible rempli de noix ; elle le jette par-dessus sa tête , et baise ensuite le seuil de la porte.

^ La femme n'a pour dot que ses habits et quelquefois une vache ; mais elle a le droit de demander un cadeau à chacun des svati ; de plus , tout ce qu'elle peut leur voler est de bonne prise* En 1812 , je perdis de cette manière une fort belle montre; heureusement que la mariée en ignorait la valeur, et je pus la racheter moyennant deux sequins.

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