‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 86 sur 103 · LE VAMPIRE · texte numérisé non relu

LE VAMPIRE

Dans le marais de Stavila , auprès d'une source , est un cadavre étendu sur le dos. C'est ce maudit Vénitien qui trompa Marie , qui brûla nos maisons. Une balle lui a percé la gorge , un yatagan s'est enfoncé dans son cœur ; mais , depuis trois jours qu'il est sur la terre , son sang coule toujours rouge et chaud.

Ses yeux bleus sont ternes, mais regardent le ciel : malheur à qui passe près de ce cadavre ! Qui pourrait éviter la fascination de son regard? Sa barbe a crû , ses ongles ont poussé * ; les corbeaux s'éloignent de lui avec effroi , tandis qu'ils s'attachent aux braves heiduques qui jonchent la terre autour de lui.

Sa bouche est sanglante et sourit comme celle d'un homme endormi et tourmenté d'un amour hideux. Approche , Marie, viens contempler celui pour lequel tu as trahi ta famille et ta nation ! Ose baiser ces lèvres pâles et sanglantes qui savaient si bien mentir. Vivant il a causé bien des larmes ; mort il en coûtera davantage.

* Ce fragment de ballade ne se recommande que par la belle description d'un vampire. Il semble se rapporter à quelque petite guerre des heiduques contre les podestats vénitiens.

* Signes évidents de vampirisme.

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