‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 90 sur 103 · VU · texte numérisé non relu

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» Moi , je ne crains point qu'il me soit infidèle : une » tente de feutre , un logis de bois ou de pierre est " une maison moins close qu'une bouteille de verre. »

Et de Trebigne et de tous les environs les gens sont accourus pour voir cette merveille ; et , si elle demandait une perle , une perle lui était apportée.

Voulait-elle des sequins pour mettre dans ses cheveux*, elle tendait sa robe et en recevait de pleines poignées. Si elle eût demandé la couronne ducale » elle l'aurait obtenue.

L'évêque , ayant appris la merveille , en a été irrité. Il a voulu chasser le démon qui obsédait la belle Khava , et il lui a fait arracher sa bouteille chérie.

— " Vous tous qui êtes chrétiens , joignez vos priè- •* res AUX miennes pour chasser ce noir démon! ** Alors il a fait le signe de la croix et a frappé sur la fiole de verre un grand coup de marteau.

La fiole s'est brisée : du sang en a jailli. La belle

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Khava pousse un cri et meurt. C'était bien dommage qu'une si grande beauté fût ainsi victime d'un démon *.

* Les femmes attachent des seqains à leurs cheveux , qa'etles portent en natte» ContMint sur les épaules. €ette mode est snrtoui adoptée danv les cantons limitroptrâs des provinces turques.

* Je trouve, dan» }te Monde enchanté du fameux docteur Bafthasar Bekker, nne histoire qu! a beaucoup de rapport avec ceOe^i :

* Environ Tan 169T, Dieu permit qu'aux prières des fidèles il

• apparût un certain esprit (Ton ne pouvait dire au commence- » ment s'il était noh" ou blanc) qui a fait apostasier plusieurs » personnes. Il y avait une certaine flBe appelée Bietka, qui était » recherchée par on jeune homme appelé Zacharîe. Ils étalent Tun » et Tautre natife de Wieclam, et y avaient été élevés. Ce Jeune » homme donc, nonobstant qull fût ecclésiastique et qu'il aspirât » à la prêtrise . ne laissa pas de s'engager et de donner une pro- » messe de mariage,- mais, son père l'ayant détourné de ce des- » sein par la considération du rang qu'il tenait dans rÉgflse, et

• voyant ainsi qu'il ne pouvait venir à bout de son entreprise, il » s'abandonna à la mélancolie, de telle sorte qu'il attenta à sa

• propre yie , et s'étrangla. Peu de temps après sa mort, il ap- » parut un esprit à cette jeune fille qui feignit d'être l'âme de ce » Zacbarie qui s'était pendu , et qui lui dit qu'il était envoyé de » Dieu pour montrer le déplaisir qu'il avait de son crime, et que, » comme elle avait été la principale cause de sa mort, il était » venu pour s'unir à elle et pour accomplir sa promesse. Ce bel I» esprit sut si bien cajoler cette pauvre créature en lui promettant » de l'enrichir, qu'il lui persuada qu'il était l'esprit de son amant » défunt , tellement qu'elle se fiança avec lui. Le bruit de ce nou- » veau mariage de Bietka avec l'esprit de Zacharie se répandant » tous les jours de plus en plus dans toute la Pologne, tous les » curieux y accoururent de toutes parts.

» Plusieurs des nobles qui ajoutaient foi aux paroles de cet es- » prit firent connaissance avec lui , et il y en eut même qui le » menèrent chez eux. Par ce moyen Bietka amassa beaucoup » d'argent, d'autant plus que l'esprit ne voulait rendre aucune >» réponse, ni parler à personne, ni prédire la moindre chose, n que par son consentement. Il demeura un an entier dans la

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» maisoo du sienr Trepka, intendant de Cracovie; de là, allant » de maison en maison, il Tint à la fin demearer chez uoe eer- » taine dame veuve appefée Wlodkow, où, pendant deux ans » qu'ils y séjournèrent , Tesprit mit en œuvre toute son adresse » et pratiqua tous les tours qu'il savait foire.

» Voici les principaux. Il donnait assurance des choses passées » et présentes. Il élevait adroitement la religion romaine , et enfin » il déclamait contre les évangéliques, et assurait qu'ils étaient » tous damnés. Il ne voulait pas même qu'aucun d'eux approchât » de lui ; car il estimait qu'ils étaient indignes de converser avec » lui ; mais il le permettait à ceux dont il était assuré qu'ils ne se » souciaient pas tant de la religion que de la nouveauté , et par » ce moyen il en attrapa plusieurs qu'il fit rentrer dans le pa- » pisme. Jusqu'ici personne n'avait su que cet esprit était le » diable, et on ne l'aurait pas encore aigris, si , dans l'année du » jubilé 1600, certains Polonais, étant allés en Italie, n'eussent » répandu le bruit de l'esprit de Zacharie parmi le peuple. Ce » qu'un certain Italien, qui exerçait l'art magique, ayant appris, » comme il y avait cinq ans que cet esprit qu'il tenait enfermé lui • était échappé , il s'en alla en Pologne trouver cette dame Wlod- » kow , et demanda , au grand étonnement de tous les assistants, » que ce diable qui lui avait déserté lui fût rendu ; ce que la dame » lui ayant accordé, il renferma de nouveau cet esprit malin dans » une bague et le reporta en Italie; lequel diable, au dire de cet » Italien , aurait causé de grands malheurs en Pologne s'il l'y eût » laissé. »

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