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Chronique du temps de charles 9. 1572

J'avais lu un assez grand nombre de mémoires et de pamphlets relatifs à la fin du seizième siècle. J'ai voulu faire un extrait de mes lectures , et cet extrait , le voici :

Je n'aime dans l'histoire que les anecdotes , et parmi les anecdotes je préfère celles où j'imagine trouver une peinture vraie des mœurs et des caractères à une époque donnée. Ce goût n'est pas très noble, et, je l'avoue à ma honte, je donnerais volontiers Thucydide pour des mémoires authentiques d'Âspasie, ou d'un esclave de Périclès ; car les mémçires , qui sont des causeries familières de l'auteur avec son lec-

leur, fournissent seuls ces portraits d&Thomme,

VI PRÉFACE

qui m'amusent et qui m'intéressent. Ce n'est point clans Mézerai , mais clans Montluc , Brantôme, d'Àubigné, Tavannes , Lanoue, etc., que l'on se fait une idée du Français au seizième siècle. Le style de ces auteurs contemporains en apprend autant que leurs récits.

Par exemple, je lis dans l'Estoile cette note concise :

« La demoiselle de Châteauneuf , l'une des » mignonnes du roi , avant qu'il n'allât en Po- » logne, s'étant mariée par amourettes avec » Ântinotti, florentin, comité des galères à » Marseilles, et l'ayant trouvé paillardant, le » tua virilement de ses propres mains. »

Au moyen de cette anecdote et de tant d'autres, dont Brantôme est plein, je refais dans mon esprit un caractère , et je ressuscite une dame de la cour de Henri III.

Il est curieux , ce me semble , de comparer ces mœurs avec les nôtres , et d'observer dans ces dernières la décadence des passions énergiques , au profit de la tranquillité , et peut-être' du bonheur. Reste la question de savoir si nous valons mieux que nos ancêtres , et il n'est pas facile de décider ; car , à des temps différens, les idées ont beaucoup varié -au sujet des mêmes actions.

PRÉFACE

C'est ainsi que, vers 1S00, un assassinat ou un empoisonnement n'inspirait pas la même horreur qu'il excite aujourd'hui. Un gentilhomme tuait son ennemi en trahison. Le meurtrier demandait sa grâce, l'obtenait, et reparaissait à la cour sans que personne pensât à lui faire mau- 1 vais visage. Quelquefois même, si l'assassinat était l'effet d'une vengeance légitime , on parlait de son auteur comme on parle aujourd'hui d'un galant homme , lorsque , grièvement offensé par un faquin ? il le tue en duel.

Il me paraît donc évident que les actions des hommes du seizième siècle ne doivent pas être jugées avec nos idées du dix-neuvième. Ce qui est crime dans un état de civilisation perfectionné , n'est que trait d'audace dans un état de civilisation moins avancé , et peut-être est-ce • une action louable dans un temps de barbarie. Le jugement qu'il convient de porter de la même action doit , on le sent , varier aussi suivant les pays; car entre un peuple et un peuple il y a autant de différence qu'entre un siècle et un autre siècle \

* Ne peut-on pas étendre cette règle jusqu'aux individus? Et le fils d'un voleur, qui vole , est-il aussi coupable qu'un homme éduqué qui fait une banqueroute frauduleuse?

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