‹ Chronique du temps de charles 9. 1572Chapitre 27 sur 41 · AMPHITRYON · texte numérisé non relu

AMPHITRYON

Ah ! de grâce , cessons , Alcmène, je vous prie, Et parlons sérieusement.

Molière, Amphitryon.

Deux jours se passèrent sans messages de la feinte Espagnole. Le troisième, les deux frères apprirent que madame de Turgis était arrivée de la veille, et qu'elle irait certainement faire sa cour à la reinemère, dans la journée. Us se rendirent aussitôt au Louvre, et la rencontrèrent dans une galerie, au milieu d'un groupe de dames avec qui elle causait. La vue de Mcrgy ne parut pas lui causer la moindre émotion. Pas la plus légère rougeur ne colora ses joues ordinairement pâles. Aussitôt qu'elle l'aperçut,

l'aveu .

elle lui fit un signe de tête, comme à une ancienne connaissance, et après les premiers complimens, elle lui dit en se penchant à son oreille : — Maintenant, je l'espère, l'opiniâtreté huguenote est un peu ébranlée. Il fallait des miracles pour vous convertir.

— Comment ?

— Quoi ! n'avez-vous pas éprouvé par vous-même les surprenans effets du pouvoir des reliques?

Mergy sourit d'un air incrédule.

— Le souvenir de la belle main qui m'a donné cette petite boîte, et l'amour qu'elle m'a inspiré, ont doublé mes forces et mon adresse.

En riant elle le menaça du doigt.

— Vous devenez impertinent, M. le cornette.

Savez-vous bien à qui vous tenez ce langage ?

Tout en parlant elle ôla son gant pour arranger ses cheveux , et Mergy regardait fixement sa main , et de la main il reportait ses regards aux yeux si vifs et presque méchans de la belle comtesse. L'air étonné du jeune homme la fit rire aux éclats.

— Qu'avez-vous à rire?

— Et vous, qu'avez-vous à me regarder ainsi d'un air étonné?

— Excusez-moi; mais depuis quelques jours je ne rencontre que des sujets d'étonnement.

— En vérité! cela doit être curieux. Contez-nous donc bien vite quelques-unes de ces choses surprenantes qui vous arrivent à chaque instant.

— Je ne puis vous en parler maintenant, et dans ce lieu; d'ailleurs, j'ai retenu certaine devise

l'aveu.

espagnole , que Ton m'a apprise il y a trois jours.

— Quelle devise ?

— Un seul mot : Callad.

— Qu'est-ce que cçla veut dire?

— Quoi! ne savez-vous pas l'espagnol? dit-il en l'observant avec la plus grande attention. Mais elle supporta son examen sans laisser paraître qu'elle comprit un sens caché sous ses paroles, et même les yeux du jeune homme, d'abord fixés sur les siens, se baissèrent bientôt, forcés de reconnaître la puissance supérieure de ceux qu'ils avaient osé défier.

— Dans mon enfance, répondit-elle, d'un ton d'indifférence parfaite, j'ai su quelques mots d'espagnol, mais je pense maintenant les avoir oubliés. Ainsi parlez-moi français si vous voulez que je vous comprenne. Voyons, que chante votre devise?

— Elle conseille la discrétion , madame.

— Par ma foi! nos jeunes courtisans devraient prendre cette devise; surtout s'ils pouvaient venir à bout de la justifier par leur conduite. Mais vous êtes bien savant, M. de Mergy? Qui vous a donc appris l'espagnol ! Je gage que c'est une dame.

Mergy la regarda d'un air tendre et en souriant.

— Je ne sais que quelques mots d'espagnol, dit-il à voix basse , et c'est l'amour qui les a gravés dans ma mémoire.

— L'amour, répéta la comtesse d'un ton de voix moqueur. Comme elle parlait fort haut, plusieurs dames tournèrent la tête à ce mot, comme pour demander de quoi il s'agissait. Mergy, un peu piqué

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