PRÉFACE. - K XVII
d'Albe : Qu'une tête de saumon vaut mieux que dix mille grenouilles.
Mais si du même coup le roi se débarrassait de l'amiral et du duc de Guise , il est évident qu'il devenait maître absolu. * ?>" p
Voici le parti qu'il dut prendre. Ce fut de faire assassiner l'amiral , ou , si l'on veut , d'insinuer cet assassinat au duc de Guise ; puis de fàire poursuivre ce prince comme meurtrier , annonçant qu'il allait l'abandonner à la vengeance des huguenots. On sait que le duc de Guise, coupable ou non de la tentative de Maurevel, quitta Paris en toute hâte , et que les réformés , en apparence protégés par le roi , se répandirent en menaces contre les princes de la maison de Lorraine.
Le peuple de Paris était à cette époque horriblement fanatique. Les bourgeois organisés militairement , formaient une espèce de garde ; nationale qui pouvait prendre les armes au premier coup de tocsin. Autant le duc de Guise était chéri des Parisiens , pour la mémoire de son père , et pour son propre mérite , autant les huguenots, qui deux fois les avaient assiégés , * leur étaient odieux. L'espèce de faveur dont ces derniers jouissaient , à cause du mariage d'une sœur du roi avec un prince de leur religion ,
XVIÎI PRÉFACE*
redoublait leur arrogance et la haine de leurs ennemis. Bref, il suffisait d'un chef qui se mît à la tête de ces fanatiques , et qui leur dît : Frappez! pour qu'ils courussent égorger leurs compatriotes hérétiques.
Le duc banni de la cour , menacé par le roi et par les protestans , dut chercher un appui auprès du peuple. 11 assemble les chefs de la garde bourgeoise , leur parle d'une conspiration des hérétiques , les engage à les exterminer avant qu'elle n'éclate; et de ce moment seul le massacre est médité. Comme entre le plan et l'exécution il ne se passa que peu d'heures , on explique facilement le mystère dont la conjuration fut accompagnée , et le secret si bien gardé par tant d'hommes, ce qui autrement semblerait bien extraordinaire, car les confidences vont bon train à Paris \
Il est difficile de déterminer quelle part le roi prit au massacre ; s'il n'approuva pas, il est certain qu'il laissa faire. Après deuxjoursde meurtres et de violences , il désavoua tout et voulut arrêter le carnage a . Mais on avait déchaîné les
1 Manuscrit de Sainte-Hélène.
a II attribuait l'assassinat de Coligny et le massacre au duc de Guise et aux princes de sa maison.