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Chronique métrique de Chastellain et de Molinet

Georges Chastellain naquit en 1404. Tous les biographes s'accordent à lui donner la ville de Gand pour berceau. Mais M. Buclion, qui a retrouvé la partie de ses chroniques qu'on n'avait point recouvrée jusqu'ici , a bien voulu nous informer que cet écrivain y déclare qu'il est de la comté d'Alost, extrait des lignages de Gavre et de Masmines. Il avait d'abord embrassé la profession des armes, et avait voyagé en Espagne, en France, en Italie et en Angleterre, où il s'était signalé, en différentes rencontres , par son adresse et par sa bravoure , ce qui lui valut le surnom ^Aventurier, qu'on ne prenait pas alors en mauvaise part. Il s'engagea ensuite au service de Philippe le Bon , duc de Bourgogne , qui le nomma pannetier, conseiller privé, et l'employa dans plusieurs

2 KOTICES

négocialions en qualité (}Corateur ou d'envoyé. Le successeur de ce prince accorda à Chaslellain le litre à'indiciaire ou d'historiographe , et l'arma chevalier au chapitre de la Toison-d'Or , en 1473 , ordre dont il ne fut pas cependant roi d'armes , ainsi que nous l'avons démontré ailleurs ', quoique le contraire ait été souvent répété, entre autres par Walter Scott, qui l'a représenté comme versé dans toutes les subtilités de l'héraldique ^ et , en effet , il possédait à fond cette science , réputée alors une des premières , nommée l'art royal , et dont l'aimable ignorant que Voltaire introduit dans son joli conte de Jeannot et Colin n'avait pas encore prononcé la condamnation 5 mais il n'était pas moins habile en l'art d'écrire et de parler : ses contemporains ne tarissent pas sur son éloge à cet égard. Olivier de la Marche, qui l'appelle ^ou. père en doctrine ; Jean Molinet , son élève ^ Geoffroy de Thory , Guillaume Crétin , Jean Le Maire de Belges, l'abbé de Saint-Chéron , La Croix du Maine, Du Verdier, Etienne Pasquier, Pontus Heuterus , Aubert Le Mire , Valère André , Sweerlius , etc. , sont unanimes , et le proclament , avec exagération sans doute , l'un des plus beaux génies du quinzième siècle. 11 mourut pendant le siège de Neuss , et non pas de Bruges , ainsi que le marque l'imprimeur de M. Buchon, le 20 mars 1474 (v. s.), à l'âge de soixante-dix ans, et fut inhumé dans la chapelle de la Salle-le-Comte à Valenciennes. On a conservé son épitaphe \ Jean Robertet, notaire et greffier du parlement de Dauphiné , composa , à cette occasion , quelques élégies et complaintes dont parle Jean Le Maire.

1 Ilist. de l'ordre de la Toison-d'Or, p. 193.

2 Bibl. Belg.j et les préliminaires de THist. de Jacques de Lalaing.

Les ouvrages de Chaslellain ne sont pas tous connus. En voici une liste aussi complète qu'il nous a été possible :

I. Recollection des merveilleuses advenues en nostre temps. Cette chronique est celle que nous publions. Elle pourrait être intitulée les J'ai vu, comme la satyre qui fit mettre à la Bastille Voltaire , jeune encore , satyre que celui-ci attribue à un certain Lebrun , et dit être imitée de l'abbé Régnier^ en effet, presque toutes les stances de la Recollection commencent par les mots j'ay veu. Elle a été continuée par Molinet , fort maltraité à cette occasion dans les Blélanges tirés d'une grande bibliothèque. C'est cette continuation qui est cause que l'on a inséré toute la pièce dans les Faicts et Dictsàe cet auteur (Paris, 1331, in-fol. et plusieurs fois depuis), et que A.-U. Coustelier l'a placée parmi ses poésies choisies à la suite de la Légende de Pierre Fai- /èz^ (Paris, 1723, in-llâ). M. Buchon , qui l'avait réimprimée dans sa Collection de chroniques françaises , la reproduite à la fin de YHistoire des ducs de Bourgogne avec des notes que nous avons presque toutes conservées en les corrigeant ou completlant. Le texte même que nous donnons , revu sur les manuscrits et les imprimés , est à la fois plus pur et plus entier que dans les éditions précédentes. Il y en a aussi une édition d'Anvers, chez Guillaume Vorsterman, in -4° gothique, sans date. Elle est indiquée dans le catalogue de La Vallière, et M. Brunet en offre la description dans ses Nouvelles recherches bibliographiques , 1 , 311. Pierre Grognet ou Grosnet de Toucy, près d'Auxerre , a imité Chastellain et Molinet dans une pièce de vers intitulée Recollection des merveilleuses choses et nouvelles advenues au noble

royaume de France en nostre temps ^ depuis l'an de grâce 1480 '. En voici quelques vers :

(IbOS) J'ai vu Toiirnay aux Anglois retourner

Laissant François sans plus à eux tourner.

Rodes aussi , la clef des Chresliens , Prise a esté des Turcs et des Payens.

J'ai veu Leulher {Luther) en la foy varier Et puis après follement marier.

II. Chanso7is Georgines imprimez en Vallenchienes par Jehan de Liège , devant le couvent de Saint-Pol , in-4° gothique, sans date. Livre très-rare, attribué à Chastellain dans le catalogue Lang , n» 608 , où il est porté à 6 liv. 8 sh.

III. Le temple de Jehan Boccace , de la ruine d'ait- Clins nobles malheureuoo, fait par Georges Chastelain son imitateur, avec d'autres pièces dont deux de Jean Bouchet. Paris, Galiot du Pré, 1317, in-fol. gothique. (Un exemplaire sur vélin avec trois miniatures a été vendu 1100 fr. chez Mac Carthy.) Ce traité en prose est adressé à Marguerite d'Anjou , femme de Henri YI , roi d'Angleterre. M. Buchon en a donné un extrait dans sa Notice sur Chastellain , et a transcrit le passage relatif à Jacques Cœur. Les nobles malheureux sont en partie ceux dont les noms se trouvent mentionnés dans la Recollection des merveilleuses. Chastellain commence par Richard II, roi d'Angleterre, puis il passe en revue le duc de Glocester , oncle de ce prince , Guillaume de la Pôle , Marguerite d'Anjou , le roi de Naples Ladislas,

• Auguis. Les Poètes français depuis ^eXIII^ siècle jusqu'à Malherbe ; III, 46b-470.

Robert III et Jacques l^^. rois d'Ecosse , Gilles de Bretagne, Alvare de Lune, Prégent de Coetivi , Jacques Cœur, Ladislas IV, roi de Hongrie et de Pologne, Sigismond, roi de Bohême, Charlotte de Lusignan, reine de Chypre, le bon roi René, le duc de Calabre son fils, Charles duc d'Orléans , et enfin Charles VII , roi de France '.

IV . L'instruction d'un jeune prince pour se gouverner devant Dieu et le monde, en huit chapitres et en prose , imprimée à la suite du numéro précédent. Dans le prologue, l'auteur suppose qu'ayant voyagé en Norwége, et ayant été obligé de relâcher dans un port écarté, il y trouva par hasard un manuscrit en vieux allemand , qu'il fit traduire tant bien que mal et qu'il publia. Ce manuscrit contenait, dit-il, des enseignemens pour le fils d'une reine de Norwége qui vivait en 1231. Dans ces leçons se trouve VOrdène de chevalerie , ou l'histoire de Hugues de Tabarie et du Soudan de Babylone ". Cet ouvrage a une seconde partie composée des Avis d'un père (simple particulier) à son fils.

V. Les épitaphes de Hector, fils de Priain , roy de Troyes, et de Achilles, fils de Péleus, roy des 3Tyrmydons, et les complaùites de ces deux chevaliers , présent Alexandre le Grand. Paris, Jean Saint-Denys, 1525. Ouvrage singulier mêlé de prose et de vers. L'auteur suppose qu'Alexandre ayant été visiter les tombeaux des héros tués devant Troie , l'ombre d'Hector se présente à lui et se plaint de la manière dont Achille , son vainqueur, avait traité son corps. Alexandre , après avoir entendu ses raisons, blâme le fils de Pelée.

' Mél. tirés d'une grande hihl. Recueil D. 303-316. 2 Mél. tirés d'une grande hihl. Ibid.

b NOTICES

VI. Complainte sur la mort de Philippe le Bo7i, avec une épître adressée à Chastel Aérin, roi d'armes de Charles VII. Bibliothèque du roi , à Paris , fonds des Céleslins, n» 670.

VII. Différentes ballades et pièces de vers ^ fonds des Célestins, n"« 208 et 607 suppl., MSS. fr., n«^ 7,686|1, 8,005|3, 9,837|14. M. de la Serna a transcrit quelquesunes de ces poésies à la suite de son Mémoire sur la bibliothèque de Bourgogne, et M. de Paulmy dit qu'il avait dans sa bibliothèque un beau manuscrit des poèmes dévots de Chastellain. Le catalogue qu'a fait Sanderus de l'ancienne bibliothèque de Bourgogne porte : 838, Un songe faict de Georges Chastellain^ 8-42, Poésies de Georges Chastellain. Le Songe est peut-être la pièce que le même Sanderus , dans le catalogue de la cathédrale de Tournay, marque ainsi : Un livre d'une vision faite sur la paix d'entre le roy Louis XI de France et le duc Charles de Bourgoigne , parsemé de plusieurs discours moraux par l'humble Georges.

VIII. Histoire du bon chevalier messire Jacques de Lalain, frère et compagnon de l'ordre de la Toisond'Or, publiée pour la première fois par Jules Chifflet , Paris, 1634, in-4o, fig.,et pour la seconde, par M. Buchon, Paris, 1825, in-8°; elle était en manuscrit chez le chanoine de Villers, à Tournay. C'est sans contredit un des tableaux les mieux colorés et les plus intèressans de la société au XV^ siècle , et je suis surpris que nos faiseurs de marqueterie gothique n'aient pas encore songé à en tirer parti. Ce livre naïf a été mis en vers prétentieux par Jean dEnnelières , sous ce titre : Le chevalier sans reproche Jacques de Lalain , Tournay, Adrien Quinqué, 1633, in-12, fig. ; poème qui n'est

pourtant pas sans intérêt sous le rapport des détails de mœurs et de létat de la langue française en Belgique, à cette époque '. Chaslellain avait profité des mémoires de Lefebvre de Saint-Remy, roi d'armes de la Toisond'Or, auquel on l'a fait succéder sans fondement réel.

IX. Chroniques des ducs de Bourgogne , publiées pour la première fois par M. Buchon , qui, depuis, a recouvré les 146 chapitres dont il n'avait imprimé que la table. 11 faut espérer qu'il en fera jouir le public ; car, quoique l'auteur des 3Iélanges tirés d'une grande bibliothèque affirme que ces mémoires sont peu de chose, et bien qu'ils soient écrits souvent d'un style de rhéteur et de ce ton que nous ferons mieux connaître dans la notice de Molinet, ils ne méritent pas moins de fixer l'attention , et remplissent une lacune importante dans la suite des documens historiques relatifs aux ducs de Bourgogne.

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