‹ Chronique métrique de Chastellain et de MolinetChapitre 32 sur 72 · V. 278. Variante. Et mis au sacqueman , Buchon , imprimés · texte numérisé non relu

V. 278. Variante. Et mis au sacqueman , Buchon , imprimés

Sacqueman , Roquefort dit que ce mot signifie voleur, pillard , ici c'est le vol, le pillage, le saccagement même.

66 RECOLLECTION.

D'une seuUe personne, Le grand duc de Vertu.

J'ay ung roy de Cecille 290 Veu devenir berger, Et sa femme gentille De ce propre mestier, Portant la pennetière , La houlette et chappeau , 295 Logeant sur la bruyère, Auprès de leurtroppeau.

J'ay veu de Géorgie, Et du hault Orient ,

V. 288. Variante. Le hault duc de Fertu. Ce duc doit être Philippe le Bon. Plus bas, V. 602, Thibaut de Luxembourg est appelé le seigneur de Vertu. Quant aux deux rois qui eurent de si grandes obligations à ce prince, mais non pas simultanément, quoique contemporains, ce sont probablement les rois de France et d'Angleterre.

V. 289. Cette strophe est citée dans les Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, recueil D, p. 517, et l'auteur ajoute que le trait d'histoire qui y est rapporté lui est inconnu. Mais ces bergeries étaient une invention du roipoète René, à qui l'on attribue une idylle intitulée les Amours du berger et de la bergère. Foy. nos notes sur M. de Barante, YIII, 25.

V. 297. Parmi les manusciùls de la bibliothèque de Bourgogne, il en est un sous le no 5893, intitulé : Epistolœ Ducis Georgiœ , imperatoris Trapezuntiœ, régis Persaruni et aliorum principuin Orientis ad ducem Philipptim .

Il se pratiquait alors , comme on l'a fait long-temps après , de grandes friponneries à l'occasion de ces ambassades venues de si loin. Outre qu'elles étaient utiles à des aventuriers , elles donnaient du lustre à la cour du prince , ou disposaient les peuples à payer plus docilement les taxtes et subsides, sous ombre d'une croisade. Ce qui peut rendre celle-ci suspecte, c'est qu'elle était conduite par le patriarche d'Antiochequi, après avoir fait beaucoup de dupes, se retira auprès du duc de Bourgogne et fut employé par lui à différentes né-

RECOLLECTION. 67

De Perse et d'Arménie , 500 Diverse estrange gent, Mesme d'iing infidelle Transmettre au roy Charlon , Pour lui donner querelle Contre le turc félon.

gociations. Du Clercq, sous l'année 1461 (III, lôO), parle au long de cette ambassade, ainsi que Paradin, qui donne même la lettre de David, empercurde Trébizonde. L'envoyé de ce monarque est appelé par Paradin Michel d'Alguri , celui de Perse, Nicolas ou Nicolle, celui de Géorgie, Costopa, de 3Iésopotamie , Manethen , de la Grande Arménie , Morocho , enfin du prêtre Jean , messire Hausse, qui, selon Du Clei'cq, estait merveilleusement g ranci clercq et honastrologien.

Cependant il y avait effectivement des l'elations entre la Belgique et ces contrées. Nous voyons même qu'en 1473, Anselme Adornes de Bruges, fut envoyé au roi de Perse avec une grande suite, mais que la guerre des Turcs mit obstacle à ce voyage. (Custis, Jaer-Boechen der stadt Brugge , II, 166.) En cette même année, dans une réunion solennelle à Bruges, un ambassadeur persan parut à côté de Charles le Téméraire avec ceux des rois de France, d'Angleterre, de Naples, d'Espagne et d'Ecosse, et de la république de Venise. Mais si l'on soutenait que ces relations réelles pouvaient empêcher la fraude, nous rappellerions ce qui se passa sous Louis XIV, et nous invoquerions les rognures des Mémoires de Dangeau publiées par Leraontey. Le 4 novembre 1714 , on envoya M. de Saint-Olon , un des gentilshommes ordinaires, à Marseille, pour y recevoir l'timbassadeur du Sophi. L'annotateur anonyme remarque que cette ambassade fut toujours fort équivoque, et même quelque chose de plus. Ce qu'on crut en démêler de mieux, fut qu'un administrateur d'une des provinces de Perse , comme qui dirait un ancien intendant de Languedoc , avait envoyé ce prétendu ambassadeur pour des affaires de négoce entre des marchands; que, pour se faire défrayer, il contrefit l'ambassadeur de Perse, et que M. de Pontchartrain , dont cette ambassade regardait le département , ne voulut pas dévoiler la friponnerie , pour amuser Louis XIV et lui faire sa cour , en lui laissant croire que le Sophi rendait hommage à sa grandeur. En effet le roi y prit si bien qu'il parut par toute sa conduite à cet égard , qu'il en croyait sa gloire fort rehaussée. Peu d'autres que lui furent abusés ; l'ambassadeur lui-même , bas et insolent , soutint fort mal son personnage. Les suites découvrirent encore plus à plein la fourberie ; mais le roi était mort et Pontchartrain sans portefeuille.

L'anecdote racontée dans ses mémoires par l'honnête et savant Barthélémy suffit , au reste , pour prouver combien , en certaines i-encontres , il est facile à la mauvaise foi d'éblouir les personnes disposées à la confiance. Voy. Archives, etc. , 111 , 40-43.

68 RECOLLECTION.

505 Le hault duc de Bourgogne Fort bien les recoeillit , Dont l'œuvre assez tesmoigne Quel honneur il leur fist j L'honneur fut si profonde

310 Et de si haultain faict,

Que jusqu'au bout du monde La mémoire s'en fait.

J'ay veu deux , trois commettes Manifester au ciel ; 31 5 Et d'estrange planettes Plus amères que fiel ,

V. 305. Cette strophe et la précédente sont rapportées par Jules Chifflet, ch. Il du Breviaritim histor. incUjti ord. aurei velleris. Ceux qui attachent du prix à l'histoire de nos anciens rapports avec le Levant, apprendront avec satisfaction que l'illustre M. Guizot, en envoyant M. Francisque Michel en Angleterre , l'avait chargé de rechercher les manuscrits de notre Guillaume de Rubruquis, que Louis IX dépêcha en 1253 au Khan des Tartares. M. Francisque Michel prit copie du manuscrit royal 14, c,xiii, qui ne contient que la moitié de la relation de Rubruquis ; puis il se rendit à Cambridge , où , aidé d'un jeune et savant Anglais, membre de cette université (M. Thomas Wright, du Trinity collège)^ il transcrivit le manuscrit du Corpus Christi collège , coté lxvi , qui renferme la totalité de la relation. Il y ajouta, toujours avec l'aide du même collaborateur, les variantes des manuscrits du même dépôt, cotés ccccvii et clxxxi, dont l'un est incomplet comme le manuscrit de Londres , et celui de lord Cumley qu'a publié Hakluy t. Ce travail fut plus tard , avec l'autorisation du ministre , offert par l'intermédiaire de M. de la Renaudière, à la Société de Géographie de Paris, qui s'est empressée d'en ordonner l'impression dans l'un des volumes de ses mémoires. De plus elle a mis à la disposition de M. Francisque Michel le manuscrit de Vossius, conservé à Leyde , dont il donnera les variantes. A la suite de cette édition seront placées les relations de Jean du Plan-Carpin , du moine Sœuulf , et la totalité du voyage aux lieux saints de Bernard le Sage, que Mabillon a déjà publiée d'après un manuscrit de Reims qui n'en contenait que la moitié.

RECOLLECTION. 69

Dont les fins non congnues Sont d'esbahissement , Mais des non advenues 520 N'est nul vray jugement.

J'ay veu , chose inhumaine Et cruelle à la foy !

Tuer à force pleine Gens d'église à desroi ; 525 La cité de Mayence En est tournée en feu , Et à si grefve oultrance Qu'oncques tel mal ne feu.

V. 319. Variante. Et de non advenues ^ Buchon, imprimés. Ce vers signifie qu'on ne peut rien prononcer sur ce qui n'est pas encore arrivé.

On n'exigera pas que Chastellain ait été plus avancé que son siècle. Gemm Frisius, célèbre astronome du siècle suivant, quoique infiniment plus instruit, lisait aussi les choses futures dans le ciel, etnous aurions mauvaise grâce d'en gausser , nous qui avons cru presque à la fin du monde et aux prodiges débités sous le nom d'Herschel ! L'étude du blason avait dû porter Chastellain à l'astrologie judiciaire avec laquelle elle se mêlait intimement. Fuscuni etnigruni Saturno asstgna?it..., dit G. Agrippa, venerem ^irœficiunt purpureoac viridi..,. aïbus color lunœ ascrihitur , etc. Aussi Chastellain, mis en scène par Walter Scott, a soin de demander à Sanglier-Rouge , s'il peut décrire d'après la manière céleste , c'est-à-dire d'après les planètes , telles armoiries qu'il lui plaira choisir.

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