EXTRAITS DES REGISTRES CRIMINELS DU PARLEMENT DE PARIS
Lundi 13 décembre 1483, en la Grand'Chambre où étaient messieurs, etc.
A été fait venir M" Olivier-le-Dain, prisonnier en la tour carrée du Palais , à Paris , auquel , après serment par lui fait sur les saints évangiles , de dire vérité , lui ont été lues de mot à mot ses confessions faites par-devant les commissaires commis par le roi, à faire son procès, ès-quelles il a persévéré et dit icelles contenir vérité.
Par arrêt , quatre conseillers sont commis pour l'interroger.
• Un peu moins de cent mille ducats.
18 février 1-484, au conseil, en la Grand'ChamLre , où étaient messieurs M. J. Deïavacquef ie , premier, etc.
3Iessieurs devant nommés ont fait venir devant eux ]\P Olivierle-Dain, prisonnier, auquel, en continuant du jour précédent , ont été lues et jusques enfin ses confessions faites par-devant certains commissaires ordonnes par la cour, lesquelles ainsi lues et par lui bien entendues , il a dit et affirmé par serment, par lui fait sur les saints évangiles de Dieu , de dire vérité , que sesdites confessions sont véritables, etc.
Ensuite il y a une ordonnance pour la régie de ses biens , et ce qui reste à faire pour l'instruction du procès, les témoins qui restent à entendre et à confronter , etc.
Et après , a été mis en délibération lequel des présidens assisterait à faire les confrontations , les commissaires audit procès ; à quoi M'' Jean Delavacquerie , premier président en ladite cour , s'est excusé d'être présent ne assister audit procès , et a dit , que ledit M° Olivier est chargé d'avoir fait pendre et étrangler le bâtard de Landais , de son autorité , lequel était son parent , et par ce, ne se devait trouver audit procès, et ce fait, s'est retiré ledit premier président ; et a été mise la matière en délibération ; finablement , par la cour a été dit que le premier président peut bien être et assister à ce qui sera nécessaire faire audit procès et jusqu'à opiner en icelui , ce qu'il ne sera tenu faire si bon ne lui semble ; et pour assister et être présens avec les commissaires , à faire lesdites confrontations, ladite cour a commis et commet M'^'SIathieu de Nanterre et Guillaume de Corbie , présidens en ladite cour , ou l'un deux, pour ce fait et rapporté , être procédé au jugement du procès.
Lundi 26 avril 148-4, après Pâques. — Vu par la cour le procès fait , tant en icelle que pai'devant certains commissaires à ce ordonnés et commis par le roi, à l'encontre de M^ Olivier-le-Dain , barbier et valet de chambre du feu roi Louis dernier trépassé , avec les confessions dudit Le-Dain , faites tant en ladite cour que pardevant lesdits commissaires , et depuis recollés en ladite cour, tout considéré ;
Délibéré et conclu par ladite cour a été , qu'il sera procédé au jugement dudit procès , tant civil que criminel , en ce qui est prêt à juger , sans attendre la vérification des autres cas , desquels il est chargé.
Dti sar.iedi, 13 viai 1-48-i. — Sur ce que en certaines lettres missives écrites par M" Olivier-le-Dain , le dixième jour de décembre , à M^ Pierre de la Dehors , lors lieutenant criminel de la prévôté de Paris , par lesquelles il lui écrit entre autres choses , qu'il fera bien dire la vérité à W Jacques Chambellan et à M" Jean Angenoust, conseillers du roi en ladite cour, lesquelles vues par ledit Chambellan , il s'est excusé en pleine cour de dire et opiner dudit procès, et requit qu'il fût déchargé du rapport dudit procès, etc. Délibéré et conclu a été par ladite cour , que ledit M" Jacques Chambellan ne sera déchargé dudit procès et opinera en icelui , nonobstant lesdites lettres et requête par lui faites.
Jeudi, 20 mai 1-484. — Au conseil, en la Grand'Chambre , à juger par la cour le procès fait à l'encontre de M'' Olivier-le-Dain, prisonnier en la chambre carrée des hautes galeries de la Conciergerie du Palais , à Paris , par ordonnance de ladite cour , se sont assemblés en la Grand'Chambre, messieurs les lais (conseillers laïcs) qui suivent :
MM. de Nanterre, M. Thib. Baillet, M. J. Chambellan, rapporteur, et vingt-six conseillers.
Et, pour ce faire, ont commencé de lire, voir et visiter ledit procès, et y ont procédé et continué par plusieurs journées, diligemment, curieusement, et jusqu'en fin et accomplissement de ce que dit est ; et après , sans intervalle , mesdits seigneurs les jugeans , pour y asseoir jugement , ont commencé de délibérer et opiner entre eux , et de ce faire y ont procédé et continué , aussi par plusieurs journées, en toute diligence et jusqu'au jour de mercredi dernièrement passé , 19 mai, que mesdits seigneurs lesjugeans finirent et accomplirent de délibérer et opiner ; et ledit jour incontinent, recoUigèrent leurs délibérations et opinions, et icelles recoUigées, conclurent et arrêtèrent le jugement et arrêt sur ledit procès ; et le lendemain , jourd'hui 20 , au matin , en ladite Grand'Chambre et en leur présence, le dictuni dudit jugement et arrêt fut lu , à plusieurs fois et finablement par eux accordé , selon la forme et teneur qui est ici enregistrée :
Vu par la cour les informations faites , tant , par ordonnance du roi comme de ladite cour , et autrement , à l'encontre d'Olivier-le- Dain, dit le Mauvais, prisonnier en la conciergerie du Palais, à Paris , pour raison de plusieurs grands crimes et délits et maléfices,
ADDITlOîSNELLES, 131
à plein déclarés en son procès, par lui commis el perpétrés ; le procès contre lui fait, tant par certains commissaires, ordonnés et députés par le roi , comme depuis en ladite cour, en laquelle il a été emmené par ordonnance d'icelle et interrogé , tant sur lesdites informations , comme sur plusieurs complaintes qui ont été baillées par écrit devers lesdits commissaires , et en ladite cour , par plusieurs complaignans, en grand nombre ; plusieurs lettres dudit Olivier, qu'il a connues et confessées être signées de sa main ; ensemble ses confessions volontaires, confrontations être faites, et tout considéré :
Il sera dit que ladite cour a condamné et condamne ledit Olivier-le-Dain à être pendu et étranglé , au gibet de Paris , et a déclaré et déclare tous et chacuns ses biens confisqués, sur lesquels biens , préalablement et avant qu'aucune délivrance soit saisie de ladite confiscation , seront restituées et satisfaites les parties intéressées , en la forme et manière qu'il s'ensuit , c'est à savoir : Jean de Gendun , de la somme de -480 écus d'or. (Il est condamné à près de cent restitutions de sommes exigées de particuliers et de communautés , d'héritages , bardes et meubles , et les actions réservées à plusieurs autres prétendant des restitutions, concluent le procureur-général du roi et l'évêque de Paris , prétendant droits dans les biens de Le-Dain, pour la confiscation.)
Et , le lendemain après , fut mis en délibération par mesdits seigneurs , si on avertirait le roi dudit arrêt , premièrement que le faire exécuter. Sur quoi délibéré et conclu a été par la cour, que ledit arrêt serait exécuté selon sa forme et teneur , sans aucunement en avertir, vues ses lettres et missives à icelle cour écrites, et ce fait cedit jourd'hui , après sept heures du matin , par ordonnance de ladite cour , pour dire et prononcer audit Olivier-le-Dain le jugement et arrêt.
Je, Hugues Alligret, greffier criminel en icelle cour, me suis transporté ès-prison de ladite Conciergerie , et illec ait fait amener pardevant moi ledit Olivier-le-Dain , auquel , après que je lui ai dit et fait les remontrances accoutumées en tel cas, avant que prononcer, lui ai dit et prononcé ledit jugement et arrêt, lequel m'a répondu puisqu'il plaisait à Messieurs, que bien et que je lui baillasse confesseurs ; par ce lui ai baillé deux notables religieux cordeliers, et lui ai dit, présens sesdits confesseurs et plusieurs
autres, comment il voit par ledit jugement et arrêt, que étaient ordonnées lesdites restitutions , lesquelles se prendraient sur ses biens ; mais que sesdits biens , dont on avait connaissance , ne pourraient par aventure être suffisans , et que on pouvait présumer , par vraie présomption , qu'il en avait aucuns autres de la valeur et estimation desquels on n'avait aucune connaissance , et que si , pour faute de ne vouloir déclarer à plein sesdits biens , lesdites restitutions demeuraient à faire , il se mettait , en recevant la mort selon ledit jugement, en un danger et péril irréparable; mais toutes ces choses cessantes , il m'a dit qu'il n'avait autres biens que ceux qu'on lui avait pris , et aussi qu'il n'avait autre chose à dire qu'il avait fait par ci-devant. Et encore je remontrai audit Le-Dain , comment Jean Aux-Deux-Épées, marchand, bourgeois de Paris , avait baillé requête à la cour , pour raison de deux mille livres qu'il disait avoir à cause de la société d'entre lui et un sien facteur , et lui avoir été ôtée par icelui Le-Dain , à ce qu'il en fit restitution ; car, comme disait ledit aux Deux-Epées , par ladite requête, sondit facteur était trépassé, et son héritier en poursuivait icelui Aux-Deux-Epées, pour en avoir restitution. Sur quoi ledit Le-Dain m'a répondu , qu'il ne les y avait point ôtés , et que s'il en avait eu aucune chose , c'était au moyen du don que le roi lui en avait fait ; et sur ce , je lui ai remontré que s'il avait eu , par le moyen dudit don , ce avait été par rapport non véritable qu'il en avait fait audit feu roi , au moyen duquel il avait eu ledit don ; que, nonobstant icelui don, il était tenu de faire restitution, et que si ainsi ne le faisait, ses confesseurs, qui étaient illec présens, lui remontreraient le grand péril et danger où il se mettait envers Dieu; mais finablement, pour toute dernière réponse, il me dit que ce qu'il en avait eu , ce avait été par le moyen de feu Laurent Hcrblot, et atant se départit de moi et pareillement je lui délaissai en ladite chapelle avec sesdits coiafesseurs , en délaissant tant huissiers que sergens à l'huis de la chapelle , pour la garder , et m'en suis retourné en ladite cour ; de laquelle , environ l'heure de dix heures , suis revenu en ladite Conciergerie , et en ladite chapelle, en laquelle je trouvai ledit Olivier-le-Dain avoir achevé de s'être confessé , et lui ai demandé s'il avait rien délaissé ou oublié à dire qui fût à la charge de sa conscience ; que s'il le faisait , il se mettait en im danger irréparable , lequel a répondu qu'il n'avait
autre chose à me dire; et après, lui demandai s'il avait été pour consentant ès-causes de l'emprisonnement de M'' Etienne Dubois , conseiller du roi en ladite cour, au moyen duquel il avait souffert tant de misères et de persécutions par long-temps ; lequel semblablement m'a répondu qu'il n'en fut oncques consentant , mais que audit Dubois et à autres de messieurs de ladite cour, il leur avait fait, envers le feu roi, tout le plaisir que possible lui avait été; et atant l'ai livré à Henry, exécuteur de la haute justice, lequel l'a prins, lié, mené dedans la charrette, étant près et audevant de la porte de ladite Conciergerie en la cour du palais , attelée de chevaux , pour être mené à la justice patibulaire , et illec , être exécuté selon ledit arrêt ; et après que a été fait le cri accoutumé, ledit Henry a mené ledit Olivier-le-Dain en ladite charrette, accompagné de ses confesseurs, jusques à ladite justice. Et nous, greffier, huissiers de ladite cour, accompagnés de plusieurs agens royaux , ainsi qu'il est accoutumé de faire , avons suivi jusqu'audit lieu , et en y allant , au-devant de l'église de Saint-Ladre (Saint-Lazare) , hors la porte de Paris, ledit Olivier-le-Dain m'a dit qu'il devait (ce sont de petites dettes qu'il déclare); atant, ledit Henry l'a fait monter à l'échelle , l'a attaché , et icelui pendu et étranglé.
21 mai 1-48-4. — Messieurs , M. J. Delavacquerie , premier, etc.
Trente écus d'or taxés h M" Jacques Chambellan , pour avoir rapporté le procès de M" Olivier-le-Dain, dit le Mauvais, à prendre sur ses biens.
Vu les lettres-patentes du roi, à Messieurs, etc.
Olivier-le-Dain dépendu et enterré au cimetière de Saint-Laurent . Les lettres sont fondées sur ce que Olivier-le-Dain avait longtemps servi le feu roi.